Mansfield park

La très jeune Fanny Price, fille aînée d’une trop nombreuse fratrie, est invitée à vivre à Mansfield Park dans la famille fortunée de sa tante maternelle, lady Bertram. Éduquée comme ses quatre cousins sans qu’on lui laisse jamais oublier sa position subalterne, Fanny se révèle être une jeune fille intelligente et raisonnable mais timide, maladive et très effacée. Seul son cousin Edmund lui montre de la gentillesse et de l’intérêt, les autres, par malveillance, maladresse ou indolence la tenant pour quantité négligeable. Pendant une très longue absence de leur père, les jeunes Bertram pratiquement livrés à eux-mêmes, subissent l’influence de deux jeunes londoniens riches et brillants qui vont profondément marquer leur vie.

Bien que Mansfield Park puisse être considéré comme un roman d’apprentissage relatant les années de formation de Fanny Price, l’histoire est plus centrée plus sur la maison qui donne son nom à l’oeuvre que sur un personnage en particuliers. D’autant que Fanny est trop effacée pour être vraiment attachante. Mansfield Park représente un refuge, un asile de confort, de tranquillité et de bienséance protégeant ses habitants du monde extérieur, qu’il soit brillant et corrompu à la façon de la bonne société londonienne ou bruyant et sale comme l’étroite maison de Portsmouth où Fanny est envoyée « en pénitence » pour avoir refusé les règles du jeu de la vie mondaine. A l’abri de ses murs, Fanny pleine de gratitude, s’est forgé d’excellents principes et un sens moral rigoureux qui lui donnent une certaine clairvoyance. C’est le seul personnage qui ne s’aveugle jamais, voyant toujours très clairement les personnes et les évènements qui l’entourent, cependant elle peine à s’exprimer et à convaincre. Les autres personnages plus vifs, brillants et diserts fardent à plaisir consciemment ou non la réalité, ce qui va les entraîner vers les regrets, la souffrance voire l’exclusion définitive du paradis représenté par Mansfield Park.

Il est bien difficile de rendre compte de ce roman dense et complexe qui mêle de nombreux thèmes chers à l’auteure. Il y aurait tant de choses à en dire, sur l’obéissance et les conventions sociales, les relations familiales, l’éducation des filles, l’esclavage même quoique une bonne partie des références en la matière aient été perdues pour moi, trop pointues et datées pour mes humbles connaissances. Pour autant cette histoire n’a pas la fraîcheur, la drôlerie et le mordant des autres romans de Jane Austen. Certes on retrouve parfois l’acidité malicieuse du ton austenien, lorsqu’il s’agit de la tante Norris par exemple – cette insupportable mouche du coche, mais dans l’ensemble le ton est beaucoup plus sentencieux. L’auteure en narratrice omnisciente ne se faisant pas faute de tirer de longue conclusion morale de tel ou tel événement, procédé qui ne m’avait pas frappé dans ses autres oeuvres. Quant à la construction très théâtrale, elle est proprement fascinante entraînant le lecteur dans une succession de tableaux, souvent symboliques, propres à servir une narration extrèmement efficace. En conclusion si ce n’est pas mon roman préféré de Jane Austen (sauf changement imprévu car qui peut savoir…), j’ai passé un excellent moment dans la campagne du Northamptonshire. Austenien et c’est tout dire !

Mansfield Park – Jane Austen – 1814 – traduit de l’anglais par Denise Getzler – 10/18 – 1982 

PS : Je me demande s’il existe une autre traduction de Mansfield Park (bien qu’évidemment je compte bien le lire en anglais un jour ou l’autre)

PPS : De notre point de vue d’aujourd’hui, le vilain Crawford semble étrangement plus séduisant que le sage Edmund, enfin, je dis ça, je ne dis rien !

Avec un peu d’avance, ceci sera ma première contribution au mois anglais organisé par les sublimement british Cryssilda, Titine et Lou du 15 décembre au 15 janvier (pour une fois que je suis en avance !)

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22 réponses à Mansfield park

  1. chiffonnette dit :

    Pas mon préféré mais j’ai beaucoup aimé le ton, les personnages aussi. Il faudrait vraiment que jel e relise en anglais. Persuasion en VO a été un pur moment de bonheur!

  2. Choupynette dit :

    Un peu en avance, c’est vrai. Mais de si peu… 😀 avec Northanger et Emma, Mansfield park fait partie des derniers Austen qu’il me reste à lire. Il ne me tente pas plus que cela en ce moment.

  3. Joelle dit :

    Je m’étais essayée à cette lecture en anglais mais j’avais calé au bout de la 40ème page ! Je crois que je n’étais pas d’humeur à ce moment-là … j’avais besoin d’une lecture plus nerveuse et rapide mais j’y reviendrai plus tard 😉

  4. Karine:) dit :

    Ah, Mrs. Norris… ce qu’elle a pu m’énerver!  Comme toi, pas mon préféré, mais ça m’a quand même beaucoup plu!

  5. bladelor dit :

    Curieuse de le découvrir. J’ai décidé de m’attaquer à jane en anglais. Même pas peur.

  6. maijo dit :

    Il fait partie de mes achats hongkongais, donc lu uniquement en anglais. Ce n’est pas mon préféré non plus, mais c’est un très beau roman tout de même. Et Edmund, ah Edmund. J’ai un faible pour lui, en fait.

     

  7. Tiphanie dit :

    Ce n’est pas mon préféré non plus mais j’ai beaucoup apprécié cette lecture aussi, même si parfois la naïveté de Fanny m’a un peu agacée!

  8. maijo dit :

    Quoi, Johny Lee Miller? Je ne vois ab.so.lu.ment pas de quoi tu veux parler.

  9. Sara dit :

    Pas mon préféré non plus mais j’ai passé un bon moment aussi. 

  10. Lou dit :

    Je compte en parler pour le mois anglais, j’en suis à la moitié… après il ne m’en restera plus qu’un à découvrir (j’ai volontairement attendu pour me faire encore aujourd’hui quelques surprises :)).

  11. keisha dit :

    Gros hum, en effet, quant aux traductions des romans de JA. Lis en VO, ce n’est pas trop difficile!

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