Victoire !

À la toute fin du XIXe siècle, Victoire revient chez elle pour prendre soin de son frère. Après sept ans de couvent – où elle a résisté à toute les pressions, aimant l’étude mais refusant absolument de prendre le voile – la mort de ses parents dans l’incendie de l’église le soir de noël lui donne le courage de revenir chez elle, à Duhamel dans les Laurentides auprès de Josaphat, son frère ainé tant aimé, si étrange…

Plutôt qu’un roman, c’est d’une longue nouvelle qu’il s’agit ici et – avant tout – de la genèse de la genèse car le couple qui se forme ici dans la maison suspendue baignant au clair de lune nourrit toute l’œuvre de Tremblay de son amour interdit. Sous-titré roman élégiaque, Victoire ! est une ode à la nature – celle des Laurentide dans la langoureuse lumière de la fin d’aout –  autant qu’à l’amour pur – amour fou, interdit mais magique aussi, observé qu’il est des tricoteuses invisibles – ces Parques tremblaysiennes – qui ne sont pas encore de la rue Fabre. C’est très beau, lumineux, un peu court peut-être mais sans doute l’auteur a-t-il voulu célébrer ici l’amour naissant avant que ne se referme sur lui les sombres réalités des conventions et de l’intolérance. Élégiaque donc !

Victoire ! – Michel Tremblay – 2020

Lu dans le cadre des prolongations de Québec en novembre (oui je suis en retard) animé par ma très aimée Karine et moi-même catégorie Plus tôt – un futur classique parce que Marcel Tremblay quoi

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L’avenir

Dans une ville en ruine, où le peu d’habitants qui restent semblent abandonnés à eux-même, Gloria s’est installée – posée plutôt – dans la maison de sa fille, abandonnée depuis sa mort. À la recherche de ses petites filles disparues, elle tente de déchiffrer l’abime qui la séparait de son enfant, perdue de vue depuis longtemps, et de comprendre comment la vie a pu les amener à cette absence qui la ronge. Peu à peu du fond de son isolement, elle se surprend à regarder autour d’elle la ville qui croule, les incendies qui flambent, la peur qui rôde, les friches qui avancent et peut-être – fragile lueur – une entraide qui résiste, une communauté qui peu à peu se reconstruit mais où tant d’enfants sont portés disparus…

L’avenir est un roman étrange et fascinant qui reste longtemps en tête. À la croisée de l’uchronie et du réalisme magique, il transpose Détroit dans une réalité francophone parfaitement crédible (probablement plus que la réalité actuelle que je trouve tout bonnement stupéfiante), y campe des âmes moins perdues qu’il n’y parait dans une ville déliquescente mais résistante où  les maisons repoussent sur leurs propres cendres, où les parcs redeviennent forêt, où les arbres et les animaux chuchotent à l’oreille des enfants, où les rivières rongent les chairs ou peut-être les soignent, où les plantes renaissent, où toute une nature meurtrie, dangereuse mais aussi nourricière s’épanouit porteuse de promesses de vie et peut-être d’une nouvelle alliance avec l’humain…

J’ai déjà parlé de Catherine Leroux et des ses merveilleux romans, la Marche en forêt, Le Mur mitoyen et Madame Victoria et (devrais-je le répéter ? oui, trois fois oui) je suis encore et toujours en admiration devant son écriture suprêmement évocatrice et absolument limpide. Elle y ajoute ici une recherche tout à fait singulière et réjouissante dans les langues parlées par ses personnages. Non seulement dans le lexique mais aussi dans l’usage de la grammaire – l’utilisation des temps par les enfants par exemple transcrit de façon étonnante leur absence de tout repère. Si la seconde partie, qui décrit justement le monde des enfants, se mérite à mon sens – peut-être parce qu’elle m’a mise mal à l’aise – les deux autres – la première qui brosse le cadre tranquillement apocalyptique et la troisième qui tisse des liens et laisse entrer la lumière, se dégustent littéralement ; interrogeant notre lecture du monde, nos peurs, nos certitudes et d’une façon singulière nos responsabilité et nos devoirs à l’égard des générations à venir. Lumineux !

L’avenir – Catherine Leroux – 2020 – Alto

L’avis de Karine

Un très bel article où Catherine Leroux explique ses recherches et ses choix pour créer les langages oraux de son roman  Forger la langue de Fort Détroit

Le merveilleux film de Florent Tillon sur Détroit qui a inspiré Catherine Leroux et que je vous recommande Détroit Ville sauvage

Lu dans le cadre du trépidant Québec en novembre organisé et animé par la très magnifique et ultimement trépidante Karine et moi-même, catégorie On jase de toi – livre paru en 2020

Publié dans Québec en novembre, roman québécois | 6 commentaires

Kukum

“Pourquoi rentres-tu si tard Almanda ? C’est dangereux la nuit. Tu pourrais tomber sur des sauvages.”

Almanda, 15 ans, est née dans la lointaine Irlande. Arrivée toute petite, et déjà orpheline, au Québec, elle a été recueillie par charité et élevée dans une ferme non loin du lac Saint-Jean. Attachée jour après jour aux tâches immobiles de la ferme, Almanda rêve des forêts qui s’étendent sans limite au delà de l’immense lac… Et puis l’imprévu. Un canot qui glisse silencieusement sur la rivière, des yeux noirs qui la regardent, un jeune homme qui semble avoir tout le temps du monde à sa disposition. Et il revient, jour après jour apprenant peu à peu à connaitre cette étrange fille blonde. Almanda a senti l’appel de l’horizon. Elle sait que si Thomas le lui demande, elle le suivra jusqu’au bout de ce monde inconnu qu’il lui raconte…

Kukum signifie grand-mère en innu-aimun et la kukum de cette histoire, Almanda Siméon, c’est l’arrière grand mère de Michel Jean, la mère de l’Hirondelle d’Elle et Nous –  ce magnifique roman dont j’ai déjà parlé. Et cette Kukum, empruntant la voix de son arrière petit fils, nous conte sa vie, longue, pleine, heureuse, tragique et passionnante.  Car bien sûr ce monde nouveau qu’Almanda s’est choisi et qui l’a adoptée sans réserves est à l’aube de bouleversements aussi terribles qu’inéluctables. Mais la fin des choses ne leur enlève pas leur beauté et Michel Jean restitue à travers la mémoire de cette femme hors du commun toute la richesse d’une vie avec ses joies et ses peines mais aussi l’histoire d’un peuple et d’un territoire, Nitassinan – notre terre.

Ce qui me touche tout particulièrement dans Kukum comme dans Elle et Nous, au delà de l’intérêt bien réel de lu récit, c’est l’intrication des histoires, des destins, des peuples et des territoires. Jeannette Gagnon – Hirondelle – était une innu, mariée un québécois francophone mais sa mère – Almanda –  était née en Irlande, avait été élevée comme une francophone avant de choisir une autre vie. Premiers peuples, francophones, irlandais, d’autres encore, ont fait l’histoire du Québec, parfois séparément mais souvent ensemble. En lisant les romans de Michel Jean, il me semble que la réconciliation est enfin là. Un très beau roman, à l’écriture fluide et fraîche comme l’eau vive. Une bouffée d’air frais !

Kukum – Michel Jean – 2019 – Libre expression – 2020 – Dépaysage

PS : étudiante en Anthropologie à Montréal à la fin des années 80 (et oui, je sais enrouler une bande magnétique avec un crayon), j’ai eu la chance de suivre les cours de Rémi Savard, qui a consacré sa vie à la culture innu et a toujours été un grand défenseur des droits des premières nations. Je sais, ça n’a pas grand chose à voir mais j’avais envie d’en parler.

Lu dans le cadre du palpitant Québec en Novembre animé par la non moins palpitante et suprêmement passionnante Karine et moi-même – Catégorie Arnaq (un roman d’un auteur autochtone) mais il aurait très bien pu convenir aux catégories Grand champion (prix France Québec 2020), Place de la république (édité en France par Dépaysage) et Tu m’aimes-tu (croyez moi, il y a d l’amour dans ce livre)

Publié dans Québec en novembre, roman québécois | 12 commentaires

Les chars meurent aussi

Laurie rêve d’un char, Laurie a dix-huit ans, des rêves plein la tête, du courage au coeur, des parents bienveillants et la vie devant elle. Et bientôt elle l’aura cette voiture, pas neuve entendons-nous, mais elle l’aura et pendant quelques mois en sa compagnie, elle traversera cette zone d’ombre qui fait de l’enfance un souvenir et de nous des adultes…

Quelle plaisir de retrouver la plume délicieuse  de Marie-Renée Lavoie et plus encore dans cette très tendre chronique du passage à l’âge adulte d’une jeune fille en fleur. Car elle a tout pour elle Laurie, de l’intelligence, du coeur, l’amour des livres (les partage de lecture entre elle et sa mère sont irrésistibles de drôlerie et de références). À part l’argent peut-être, mais elle ne le voit pas comme ça. Pour elle, sa famille appartient à la classe moyenne, elle peut travailler et puis elle connaît tellement plus malheureux qu’elle, dont une petite fille totalement livrée à elle-même et qu’elle fait voyager autour du monde en tapis volant. Et puis il y a son quartier, Limoilou, le quartier d’en bas, celui-là même où se déroulait La Petite et le Vieux – et tiens justement au détour d’une porte de Bingo, on la croise la petite Jo : jubilation, j’écris ton nom !

C’est savoureux, tendre, vraiment drôle – la verve et les dialogues de l’autrice sont toujours aussi hauts en couleur, émouvant aussi car il n’y a pas de passage à l’age adulte sans perte, et Laurie en connaîtra de cruelles mais on aimerait y rester dans ce livre tiens, même après que cette toute nouvelle jeune femme en soit partie pour vivre sa vie. Délicieux !

Les chars meurent aussi – Marie-Renée Lavoie – 2018 – XYZ

l’avis de Hélène 

Lu dans le cadre du frétillant Québec en novembre, animé par la non moins frétillante Karinette et moi-même – catégorie Tu m’aimes-tu, un livre avec de l’amour à l’intérieur.

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Querelle de Roberval

À Roberval, la scierie est en grève. Les ouvrières et les ouvriers sont bien d’accord : il faut qu’on entende leurs demandes. On étant leur patron ou plutôt le fils de l’ancien patron – il y a une nuance. De son côté, ce dernier, tout en protestant haut et fort, se félicite de la situation, bien décidé à faire de cette grève – qui vire vite au Lock out – une occasion d’engranger un peu plus de profit. Mais à mesure que le conflit s’enlise, le mécontentement monte, mue, fermente en une spirale de violence qui tient plus de la dynamite que du conflit policé. Les individualités s’affrontent, les heurts se multiplient. Et au milieu de cette ville en ébullition, se promène Querelle. Personnification du refus de cet ordre établi qui entend se maintenir et se reproduire dans l’opulence, arrimant les sans-grades dans la misère, verrouillant les destins, oubliant parfois que la violence feutrée des officines peut en engendrer d’autres d’une férocité confinant à la folie…

Il est bien difficile de parler de ce roman étonnamment corrosif. L’histoire de cette grève somme toute banale dégénérant en un déchainement de violence est un modèle du genre.  On sent le malaise grandir, les propos s’enliser, les actes s’aggraver – On accompagne les acteurs, plus ou moins sincères dans leur engagement, plus ou moins raccords entre eux,  plus ou moins antipathiques – car non l’auteur n’épargne pas ses personnages, ce n’est rien de le dire, ni ses lecteurs en fait, Kevin Lambert n’a pas l’air du genre à se freiner et il pousse à la déflagration jusqu’à la catharsis ultime. C’est violent, cru, engagé, très bien vu et d’une totale cruauté. Cela m’a rappelé – dans une variante tellement moins extrême – ces fameux “déchainements de violence ” qui avait coûté une chemise de prix à l’un des directeurs d’une grosse entreprise française que je ne nommerais pas. J’avais trouvé les protestations outragés des victimes et de leurs amis politiques contre ces “inqualifiables actes de violences” assez comiques dans leur absolue hypocrisie – comme si priver les gens de leur emploi n’était que douceur et bénévolence et qu’il était impensable que les exclus se révoltent un jour (où que les têtes se remettent à tomber comme disait le grand HK*). Non que j’approuve. La violence me terrifie d’où qu’elle vienne et quelque forme qu’elle prenne mais il y a des déflagrations que l’on sent venir (bien que ce roman nous réserve quelques surprises en la matière).

Dans un autre veine, j’ai aussi beaucoup pensé à l’aquarium de Balbec et au divin Marcel qui décrivait si bien sur le mode plaisant les formes que peut prendre l’exclusion et ce qui pourrait en découler…

Et le soir ils ne dînaient pas à l’hôtel où, les sources électriques faisant sourdre à flots la lumière dans la grande salle à manger, celle-ci devenait comme un immense et merveilleux aquarium devant la paroi de verre duquel la population ouvrière de Balbec, les pêcheurs et aussi les familles de petits bourgeois, invisibles dans l’ombre, s’écrasaient au vitrage pour apercevoir, lentement balancée dans les remous d’or, la vie luxueuse de ces gens, aussi extraordinaire pour les pauvres que celle de poissons et de mollusques étranges (une grande question sociale, de savoir si la paroi de verre protégera toujours le festin des bêtes merveilleuses et si les gens obscurs qui regardent avidement dans la nuit ne viendront pas les cueillir dans leur aquarium et les manger).

Quant au personnage de Querelle, j’avoue qu’il reste une énigme pour moi. Je sens bien qu’il symbolise quelque chose, un autre genre de lutte contre l’ordre établi comme je le disais plus haut mais je ne suis pas sûre d’avoir bien saisi les intentions de l’auteur. (j’ai même été lire le Querelle de Brest de Jean Genet et regarder le film de Fassbinder ; ce qui était fort intéressant (et kitsch pour le film) mais je ne vois toujours pas vraiment le lien). Ceci étant, cela ne m’a pas vraiment gênée. Parfois il faut se laisser porter par l’écriture, accepter les zones d’ombres et jouir du moment. Car Querelle de Roberval est un roman fascinant, à la construction provocatrice, au style cru et brutal mais d’une indéniable puissance qui saupoudre l’horreur de poésie (à moins que ce ne soit l’inverse), le tout au service d’une peinture impitoyable de la violence sociale et de ses conséquences. À couper le souffle !

Querelle de Roberval – Kevin Lambert – 2018 – Héliotrope – 2019 – Le Nouvel Attila

*On lâche rien – HK et les saltimbanks

** À L’ombre des jeunes filles en fleurs – Marcel Proust –

L’avis de Karine

Lu dans le cadre du toujours bouillonnant Québec en novembre animé par ma très aimée Karine et moi même catégorie L’Amérique pleure – un livre engagé (mais il allait aussi dans Place de la république puisqu’il a été republié en France)

Publié dans Québec en novembre, roman québécois | 12 commentaires

Faire les sucres

Marion et Adam ont tout pour être heureux, amour, réussite, argent, et même la célébrité pour Adam. Un incident de vacances va faire basculer leur vie, faisant exploser les carapaces de non-dit, d’hypocrisie et de faux-semblant que ces deux quarantenaires très privilégiés s’étaient édifiées couche après couche et qui leur servaient d’armure mais aussi de béquilles…

Faire les sucres est le récit d’une triple crise, celle d’un couple mais aussi de deux individus qui brusquement ne se reconnaissent plus. Fanny Britt explore ces rôles et ces apparences qui nous protège du monde extérieur mais aussi de nous-même. Et c’est plutôt réussi, la déliquescence du couple est bien menée et sonne juste. Les personnages nous font grincer des dents mais en même temps leurs fêlures nous parlent. Les prises de conscience de Marion sont même assez sympathiques, c’est toujours bon de voir une femme s’émanciper. Dommage que cette émancipation soit vue comme un reniement de soi et un virage vers un comportement vu comme “masculin” mais qui me semble simplement égoïste et immature – je ne parle pas de ses aventures bien sûr mais de son désintérêt des autres comme si la sollicitude qui la caractérisait jusque là  n’avaient été que comédie. Cela dit pour l’immaturité, quasiment tous les personnages de ce roman peuvent se donner la main. Un roman intéressant et bien ficelé donc, qui traite d’une sujet prenant – la tyrannie des apparences – et dont les pages tournent facilement, mais un tantinet caricatural à mon goût, avec des personnages un peu trop superficiels même si j’ai conscience que c’était probablement l’intention de l’autrice. Vif !

Faire les sucres – Fanny Britt – 2020 – Le cheval d’Août

PS : le titre renvoie à l’érablière qu’Adam achète sur un coup de tête et qu’il décide d’exploiter avec l’aide des anciens propriétaires des lieux… La période des sucres, c’est quand les jours réchauffent alors que les nuits restent froides et que la sève des érables coule… soupir, des siècles que je ne suis plus allée dans une cabane à sucre !

Lu dans le cadre du très pétillant Québec en novembre, animé par la très délicieuse Karine et moi-même, catégorie On jase de toi, livres publié en 2020

Publié dans Québec en novembre, roman québécois | 6 commentaires

Je me suis faite belle

Je me suis faite belle
pour qu’on remarque
la moelle de mes os,
survivante d’un récit
qu’on ne raconte pas

Joséphine Bacon
TshissinuashiTakana
Bâtons à message

Québec en novembre – Catégorie Arnaq

 

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La Bête à sa mère

“Ma mère se suicidait souvent. Elle a commencé toute jeune, en amatrice.”

Et bien sûr, rapidement c’est le petit garçon qui appelle les secours. À sept ans, le narrateur – dont on ne saura pas le nom – est séparé de la dite-mère et entre dans le système des familles d’accueil plus ou moins accueillantes et des services sociaux plus ou moins sociaux. Il commence aussi un parcours de vie à la marge – au sens propre. Car il vit et vivra toujours en marge des autres, en marge de la société, en marge des sentiments, en marge du travail, en marge de la délinquance jusqu’à ce qu’il bascule…

Voici une lecture que j’étais persuadée d’adorer mais disons que si la rencontre s’est bien faite, elle fut douloureuse . Oh c’est un livre excellent à n’en pas douter. Outre cet incipit qui mérite d’être inscrit dans le grand livres des débuts légendaires, la plume de l’auteur est puissante, drôle, poétique même… Le roman est littéralement farci de références – littéraires, philosophiques, cinématographiques et j’en passe –  plus ou moins amalgamées, digérées, déformées par l’esprit distordu du narrateur. Et j’adore les références, c’est documenté. Oui c’est drôle. Vraiment. Et bien écrit et réaliste aussi… et c’est là que mon petit cœur tout mou a eu des ratés. J’avais pourtant bien supporté de me balader dans l’esprit bizarroïde et sanglant du Dexter de Jeff Lindsay mais (et je m’en rends compte maintenant) on lui trouvait quelques excuses au Dexter ; la bête n’en a pas. (et sinon c’est quand même beaucoup mieux écrit que Lindsay hein). Du fait de l’incipit, on pourrait croire que la bête est le produit d’un système malade, ou une victime de la société, mais en fait je n’ai jamais vu une victime en lui – même jeune. En d’autres temps, on aurait dit que c’était le mal simplement. Là disons qu’il s’agit d’un être absolument dépourvu d’empathie et que son intelligence ne lui permet pas de feindre – une bête au sens médiéval du terme, fascinée par le mal plutôt que soumise à ses pulsions. Son parcours est tout de préméditations, de planification, d’égotisme et d’analyses – tranches de considérations sur la vie –  passées au mixeur de son cerveau malade.  Être dans sa tête m’a été une grande perturbation (et m’a causé une très jolie panne de lecture). Pas tant parce qu’il m’a horrifiée ou rebutée mais bien parce qu’il m’a terrorisée. (j’ai encore peur à l’heure où je vous parle) et face à une terreur pareille même la plume truculente de David Goudreault ne saurait me convaincre d’aller plus loin.  Terrifiant !

La Bête à sa mère – la bête intégrale 1 – David Goudreault – 2016 – Stanké – 2018 – 10/18

Les avis moins terrifiés de karine et Anne

Lu dans le cadre du sublimissime Québec en novembre catégorie Grand champion ou Place de la république ou Nos joies répétitives, j’hésite…

 

 

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L’Annexe

Être une espionne – une agente secrète, une tueuse à gage, qu’importe – impose des règles : ni goûts affichés, ni personnalité marquée, ni habitudes d’aucune sorte. Seulement Anna, entre deux missions, ne peut s’empêcher d’aller méditer dans l’Annexe, ce grenier amstellodamois ou deux familles juives s’enfermèrent en 1942 pour tenter d’échapper à l’extermination. Celle-ci les rattrapa mais il en resta un surprenant journal, une œuvre littéraire à la fois de jeunesse et d’enfermement qui marqua la littérature d’après-guerre et rendit célèbre le nom d’Anne Franck. En quoi Anna, courant d’air humain, qui a renoncé à toute empreinte sur le monde se sent-elle concernée par ce journal ? telle est la question, ou plutôt l’une des questions. Car méditant pour la énième fois dans l’Annexe, elle se rend compte qu’elle est suivie et à partir de là, bascule dans le système de protection de son organisation. Quelque chose comme le statut de témoin protégé mais en pire car elle se retrouve enfermée dans un appartement avec huit colocataires dans la même situation sous la garde d’un majordome aussi extravagant que fantasque, Celestino prétendument cubain et sincèrement épris de littérature. Sans doute la seule chose sincère chez lui car dans cette appartement soit disant protégé et réellement étouffant – comme l’était l’Annexe d’Anne Franck – le mensonge et la mort rôdent de concert…

Le journal d’Anne Franck est une source inépuisable d’inspiration pour les écrivains semble-t-il, Philippe Roth, dans l’écrivain des ombres avait fantasmé une vie pour cette jeune enfermée que l’écriture sauva de l’ennui sinon des hommes. Chez Catherine Mavrikakis, la fascination tourne essentiellement autour des liens entre enfermement et littérature ; liens nombreux sans doute, et divers car là où Anne s’évadait dans les pages de son journal, Anna s’enferme dans la littérature des autres. Analysant ce qui l’entoure à travers une grille obstinément littéraire, elle y croise les Tourgueniev, Meursault, Morel mais aussi Moortj le chat des Franck ; Célestino en fait son Albertine à moins que ce ne soit sa Valentina selon qu’il se sent plus Proust que Puig*. Réalité ou fantasme, la littérature brouille les pistes et le lecteur se perd un peu dans cette danse de mort et de références. Alors certes cela se lit fort bien. Si elle perd un peu en puissance, l’écriture de Catherine Mavrikakis reste évocatrice et limpide, la construction – joyeuse déconstruction plutôt des codes du roman d’espionnage – est aussi leste qu’entraînante – du moins au début. En revanche, à force de dissimuler ses personnages sous des couches de mensonges, logorrhées et faux-semblants, elle peine à nous intéresser à leur sort. On s’en moque un peu d’Anna et Celestino, il faut bien le dire, et c’est là à mon sens, la faiblesse de ce roman. Littéraire !

L’Annexe – Catherine Mavrikakis – Héliotrope 2019 – Sabine Wiesperer 2020

*Le baiser de la femme-araignéeest un roman argentin de Manuel Puig  publié en 1975 racontant un huis clos entre deux prisonnier dans une geôle argentine – en tout cas, ça m’a donné envie de le lire, mais plus tard quand on aura enfin le droit de sortir

PS : car vous aurez remarqué que ce roman sur l’enfermement vaguement volontaire est tout à fait d’actualité

Lu dans le cadre du très fabuleux Québec en Novembre, catégorie “J’aurais voulu être un artiste”: livre avec de l’art à l’intérieur

déjà chroniqués de Catherine Mavrikakis

Publié dans Québec en novembre, roman québécois | 10 commentaires

Québec en novembre – Ouverture et récap

Aujourd’hui, 1er novembre, fête de tous les saints, veille de la fête des morts et lendemain de Samain (tout un moment!), c’est la début du très attendu, très agréable et très recommandable Québec en novembre – grand festival bloguesque de la littérature québécoise organisé par la très magnifique et ultimement glamourissime karine et moi-même. Je le rappelle, une seule participation suffit (ou 30 c’est comme vous voulez). J’ai tout expliqué ici en long et en large.

Je mettrai donc ici (si tout va bien) le récapitulatif des liens que vous voudrez bien mettre en commentaire sous ce billet ou chez Karine, dans les catégories (et chansons) ad hoc (idéal pour de futurs fouinages à la recherche d’idées québécoises de lecture). Challenge : réussira-t-on cette année à tenir à jour nos récaps tout au long du mois, tadaaaaam, c’est ce que vous saurez en suivant nos aventures novembresques et québécoises.

À vos marques donc, et que la lecture québécoise soit !

1. On jase de toi – Noir silence :Un livre sorti en 2020.

Karine – L’avenir – Catherine Leroux

Yueyin – L’avenir – Catherine Leroux

Karine – École pour filles – Ariane Lessard

Malice – Traverser l’autoroute – Julie Rocheleau et Sophie Bienvenu

Cuné – Faire les sucres – Fanny Britt

Yueyin – Faire les sucres – Fanny Britt

Kathel – Le lièvre d’amérique – Mireille Gagné

Hélène – Le lièvre d’Amérique – Mireille Gagné

Karine – Le lièvre d’Amérique – Mireille gagné

Pativore – le lièvre d’Amérique – Mireille Gagné

Hélène – La route du Lilas – Eric Dupont

2. L’amérique pleure – Les cowboys fringants Un roman engagé.

Hélène lecturissime – Niirlit – Juliana Léveillé-Trudel

Mark & Marcel – Nirliit – Juliana Léveillé-Trudel

Pativore – Lac Mégantic, la dernière nuit – Marie-hélène rousseau, Marie-Eve Lacas et Myriam Roy (BD)

Ennalit – Lac Mégantic, la dernière nuit – Marie-hélène rousseau, Marie-Eve Lacas et Myriam Roy (BD)

Isally – Ukraine à fragmentation – Fredérick Lavoie

Blue – Querelle de Roberval – Kevin Lambert

Yueyin – Querelle de Roberval – Kevin Lambert

Karine – Automne rouge – André-Philippe Côté et Richard Villerand (BD)

Ingamnic – Royal – Jean Philippe Baril-Guérard

Karine – Le Mamouth – Pierre Samson

Pativore – Rêver de liberté – Raif Badawi

Ennalit – Pourquoi les filles ont mal au ventre – Lucile de Pesloüan et Geneviève Darling

Les bouquineuses – Sauvagine – Gabrielle Filteau-Chiba

3. Grand champion – Les trois accords Un livre ayant gagné un prix littéraire.

Argali – Le plongeur – Stéphane Larue

Karine – Ténèbre – Paul Kawczak

Claire – Les fous de Bassan – Anne Hébert

Inganmic – Le poids de la neige – Christian Guay-Poliquin

Anne – La femme qui fuit – Anais Barbeau Lavalette

Ennalit – La déesse des mouches à feu – Geneviève Pettersen

4. Arnaq – Elisapie Un roman d’un auteur autochtone.

Karine – Jasette littérature autochtone avec Michel Jean

Yueyin – Je me suis faite belle – Joséphine Bacon (bâtons à message – Tshissinuatshitakana) (poème)

Isally – Manikanetish – Naomi Fontaine

Argali – Kuessipan – Naomi Fontaine

Inganmic – Shuni – Naomi Fontaine

Yueyin – Kukum – Michel Jean

Hélène – Kukum – Michel Jean

Karine – Croc fendu – Tanya Tagaq

5. Tu m’aimes-tu – Richard Desjardins Un roman où il y a de l’amour.

Chloé – Coeur vintage – Emilie Bibeau

Argali – Le dernier mot – Carolyne Roy-Element et Mathilde Cinq-Mars (BD)

Hélène – Les chars meurent aussi – Marie-Renée Lavoie

yueyin – les chars meurent aussi – Marie-Renée Lavoie

Mark & Marcel – Le Survenant – Germaine Guèvremont

Ennalit – La délivrance – Jennifer Tremblay

Sylire – La Délivrance – Jennifer Tremblay

Nadège – Habiller le coeur – Michèle PLomer

Les bouquineuses – Habiller le coeur – Michèle Plomer

Isally – C’est dans le désert que les bombes font le plus de bruit – Mathieu Simard

6. Martin d’la chasse galerie – La bottine souriante Un roman SFFF.

Karine – Émeraude – Gemme 1 – Geneviève Boucher

Karine – Les cousines vampires – Alexandre Fontaine-Rousseau – Cathon

Karine – La Balance et le Sablier – Les pierres et les roses – Elizabeth Vonarburg

7. Fracture du crâne – Ariane Moffat Un roman issu de la diversité ou dans lequel on parle de la diversité.

Karine – Ceci n’est pas une histoire de dragon – Mathieu Handfield

Anne – Moi aussi j’aime les hommes – Simon Boulerice et Alain Labonté

Isally – Gamètes – Rebecca Deraspe

8. Plus tôt – Alexandra Strélisk Un classique québécois ou un futur classique selon vous.

Mark&Marcel – Un objet de beauté (chronique du plateau Mont Royal 6) – Michel Tremblay

Hélène – L’homme de la Saskatchewan – Jacques Poulin

Aifelle – L’homme de la Saskatchewan – Jacques Poulin

Yueyin – Victoire ! – Michel TremblayVictoire !

9. Place de la République – Coeur de pirate  Un roman qui a traversé l’océan.

Anne – Abattre la bête – David Goudreault

yueyin – La bête à sa mère – David Goudreault

Karine – Comment je en suis pas devenu moine – Jean-Sébastien Bérubé

Bluegrey – Tarmac – Nicolas Dickner

Claire – Oyana – Eric Plamondon

10 . Nos joies répétitives – Pierre Lapointe  Une oeuvre qui fait partie d’une série.

Eimelle – Le magasin général 6 ; Ernest Latulippe – Loisel et Tripp (BD)

Eimelle – Le magasin général 7 ; Charleston – Loisel et Tripp

Malice – Paul – Michel Rabagliati (BD)

Caroline – Paul à Québec – Michel Rabagliati

Argali – J’irai danser si je veux (Autopsie d’une femme plate) – Marie-Renée Lavoie

Eimelle – En plein coeur – Gamache 1 – Louise Penny

Karine – En plein coeur – Gamache 1 – Louise Penny

Eimelle – Sous la glace – Gamache 2 – Louise Penny

Anne – Sous la glace – Gamache 2 – Louise Penny

Ennalit – Défense de tuer – Gamache 4 – Louise Penny

Aifelle – La nature de la bête – Gamache 11 – Louise Penny

Hélène – Le beau mystère – Gamache 8 – Louise Penny

Eimelle – le mois le plus cruel – Gamache 3 – Louise Penny

Isally – En 1837, j’avais 17 ans – Le Feu Tome 4 – Francine Ouellette

11. J’aurais voulu être un artiste  Un roman dans lequel il y a de l’art.

yueyin – L’Annexe – Catherine Mavrikakis

Karine – Bon chien – Sarah Desrosiers

Karine – Et j’ai crié sur les murs de ta ville – Maé Sénécal

Isally – Les moments auxquels on s’attache – Amélie Panneton

12. Dans la nuit qui tombe – Karim Ouellet  Un polar/thriller/roman d’horreur/roman noir.

Hélène – Rivière tremblante – Andrée A. Michaud

Ingamic – Rivière tremblante – Andrée A. Michaud

Ennalit – Rivière tremblante – Andrée A. Michaud

Karine – Jasette et papotage sur les polars québécois avec Robert Migneault

Karine – les ananas de la colère – Cathon

Madame lit – Bondrée – Andrée A. Michaud

Isally – Dans son ombre – Chrystine Brouillet

Eimelle – Dans son ombre – Chrystine Brouillet

Argali – De ton fils charmant et clarinettiste – Richard Sainte-Marie

13. Tit-Cul – Les cowboys fringants  Un roman ou un album ou une BD jeunesse.

Malice – les mannequins maléfiques – Du bruit dans les murs

Enalit – Graines de bandits – Yvon Roy

Isally – 21 jours en octobre – Magali Favre

Karine – J’ai appris ça au cirque – Baron Marc-André Levesque

Anne – La curieuse histoire d’un chat moribond – Marie-Renée Lavoie

Argali – Jimmy et le big foot – Pascal Girard

Karine – Fanny Cloutier 2 – Le jour où mon père m’a forcée à le suivre au bout du monde – Stéphanie Lapointe

Karine – L’hivers nucléaire 3 – Cab (bd)

Karine – Les petits garçons – Sophie Bédard (bd)

14. Balade à Toronto – Jean Leloup  Un livre d’un auteur canadien, mais pas québécois.

Anne – Graine de sorcière – Margaret Atwood

Eimelle – Graine de sorcière – Margaret Atwood

Isally – les testaments – Margaret Atwood

Sylire – L’Obomsawin – Daniel Poliquin

Enna – L’Obomsawin – Daniel Poliquin

Gambadou – L’Obomsawin – Daniel Poliquin

Sylire – L’Obomsawin – Daniel Poliquin

Kathel – Washington black – Esi Edugyan

Isally – Louis Riel, l’insurgé – Chester Brown (BD)

Claire – Anne D’Avonlea – Lucy Maud Montgomery

Inganmic – Johnny Appleseed – Joshua Whitehead

15. N’importe quoi – Éric Lapointe  Le titre dit tout.

Aifelle – La héronnière – Lise Tremblay

karine – la pitoune et la poutine – Alexandre Fontaine-Rousseau et Xavier Cadieux

Eimelle – Pancakes moelleux au sirop d’érable

Litterama – Le faucon – Marie Laberge (théatre)

Eimelle – Pouding chômeur au sirop d’érable

Eimelle – gâteau pomme sirop d’érable

Eimelle – Où manger québécois à Tours

Eimelle – Oeufs au sirop d’érable

Claire – Comment ne rien faire – Guy Delisle (BD)

Isally – Les charmes de l’impossible – Karine Glorieux

Pativore – J’étais là (série documentaire animée)

Aifelle – Jolie Louise – Isabelle Boulay (chanson)

Claire – Écoutons la télé

Karine – Vlog semaine 1

Karine – Vlog semaine 2

La vidéo PAL de MH la lectrice 

La vidéo PAL de Cindy 

La vidéo PAL de Maps 

La vidéo PAL de Encore1page

La vidéo PAL de 4e de couverture

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Nota bene : S’il n’y a pas de lien, c’est que les livres sont apparus sur FB et n’ont pas fait l’objet d’un billet publié sur un blog ou sur un autre support durable 🙂

Publié dans Québec en novembre | 82 commentaires