Pour faire le portrait d’un oiseau

Les poésies de Tristan au CE2

Peindre d’abord une cage

avec une porte ouverte

peindre ensuite

quelque chose de joli

quelque chose de simple

quelque chose de beau

quelque chose d’utile

pour l’oiseau

placer ensuite la toile contre un arbre

dans un jardin

dans un bois

ou dans une forêt

se cacher derrière l’arbre

sans rien dire

sans bouger…

Parfois l’oiseau arrive vite

mais il peut aussi mettre de longues années

avant de se décider

Ne pas se décourager

attendre

attendre s’il le faut pendant des années

la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau

n’ayant aucun rapport

avec la réussite du tableau

Quand l’oiseau arrive

s’il arrive

observer le plus profond silence

attendre que l’oiseau entre dans la cage

et quand il est entré

fermer doucement la porte avec le pinceau

puis

effacer un à un tous les barreaux

en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau

Faire ensuite le portrait de l’arbre

en choisissant la plus belle de ses branches

pour l’oiseau

peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent

la poussière du soleil

et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été

et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter

Si l’oiseau ne chante pas

C’est mauvais signe

signe que le tableau est mauvais

mais s’il chante c’est bon signe

signe que vous pouvez signer

Alors vous arrachez tout doucement

une des plumes de l’oiseau

et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Jasques Prévert – Paroles

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20 réponses à Pour faire le portrait d’un oiseau

  1. Soïwatter dit :

    Ah! Prévert!

    Moi aussi il y a maintenant quelques années, plus d’une quinzaine, j’avais dû apprendre cette belle poésie.

  2. Gambadou dit :

    Comme c’est agréable quand ils apprennent des belles poésies.

  3. florinette dit :

    Je la connaissais cette poésie, mais j’ai pris beaucoup de plaisir à le relire !! :-))) Bises et bonne journée !

  4. Karine:) dit :

    J’aime tellement Prévert!  Merci pour ce poème en ce matin ensoleillé!

  5. sylire dit :

    Je me souviens d’avoir appris moi aussi ce poème à l’école !

  6. ALaure dit :

    Un bien beau poème pas évident à apprendre pour nos petits bouts de choux.

  7. Choupynette dit :

    Pfiou! cc’est sacrément long ça comme poésie à apprendre!!! bravo titou!

    • yueyin dit :

      Il l’a super bien dit… ç’aurait été plus simple s’il n’vait pas piqué je ne sais combien de fou rire en disant les « verts feuillages » mais enfin…
      mon fils étant un fondu de Kamelot, ça le faisait irrésistiblement penser à l’épisode piu Arthur se moque des licences poétiques et de la manie des qualificatifs : le gai souriceau, la frisottée moustache, passer moi la blanche sauce etc… note l’épisode est hilarant mais ça a un peu allongé le temps d’apprentissage (par contre on peut lui demander de réciter l’épisode de Kamelot au titou, il est mémorisé nickel avec une centaine d’autres :-))))

  8. toinette dit :

    J’ai mis 10 poèmes de Prévert tirés de « Paroles » mais je n’avais pas mis celui là, une erreur que je corrigerai d’ici peu. C’est bien de se promener sur des blogs et de s’apercevoir qu’on a les mêmes centres d’intéret. Merci pour cette poésie.

  9. Naïk dit :

    Incontournable ! Ce poème a dû être l’une de mes premières rencontres avec « Paroles », recueil que je garde près de moi depuis l’enfance !

  10. Il y a des choses indémodables. Il y a fort longtemps, j’ai aussi appris et sans doute massacré ce pauvre tableau. Merci de me l’avoir fait recroiser, et merci à nos instits de continuer à le faire apprendre.

    J’ai eu l’an dernier, avec Gaby maternelle, le plaisir de réentendre Ballade à la lune de Musset. Des petits bouts de plaisir dans un monde de brute.

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