L’écrivain national

LecrivainNational_CouvBandeHDAinsi le mécénat existait toujours, du moins un genre de mécénat. Le narrateur, Serge donc, auteur sinon célèbre du moins reconnu est invité pour un mois dans le Morvan tous frais payés – meilleur hôtel de la ville – un rien suranné peut-être, vin, vivres et banquets à volonté et même un vélo pour faire bonne mesure. Le tout en échange d’une ou deux séances de signature, d’un feuilleton dans la feuille de chou locale si possible inspiré des charmes du cru et de quelques ateliers d’écriture et interventions en diverses bibliothèque, écoles et autres lieux du genre. Une sinécure en somme ou peu s’en faut. Seulement Serge se sent étrangement décalé dans la petite ville coincée entre plaine et forêt. Devenu pour tous, l’écrivain tout court, voire « notre écrivain national » selon le bon mot du maire, il erre dans la forêt, intrigué par un fait divers local dont on cherche obstinément à le détourner, attiré par une femme qu’on lui conseille d’éviter, sans cesse ailleurs, égaré, en retard, étranger en somme. A se demander si cette sinécure en était bien une…
Serge Joncour mêle ici une plaisante interrogation sur le métier d’écrivain, l’utilité de sa pratique sinon de son art, la place qu’il occupe dans la ville comme dans l’esprit des gens qui lui demande et lui reproche tour à tour de s’inspirer du réel ou de s’en écarter et une peinture croquignolette d’une petite ville où tout le monde se connait et où le moindre fait divers – ici la disparition d’un octogénaire excentrique mais supposément richissime – cache un noeud grouillant de non-dits, de secrets dérisoires ou non et de magouilles diverses, à la fois connus de tous et impossible à découvrir – au sens propre c’est à dire à révéler au monde. J’ai beaucoup aimé l’écriture de Joncour ses forêts boueuses et opaques, ses routes détrempées, ses fenêtres aveugles et si l’histoire en elle-même m’a parfois paru manquer un peu de tenue, les interrogations sur l’utilité d’être écrivain et la pointe de romance qui s’y dissimule font de ce roman une expérience de lecture fort plaisante. Pour un peu, on filerait tester l’hiver morvandeaux en se promettant d’éviter les mairies et les ateliers d’écritures. Folâtre !
L’écrivain national – Serge Joncour – 2014 – Flammarion
l’avis de Cuné que je remercie pour ce joli moment

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

14 réponses à L’écrivain national

  1. Julie dit :

    Et bien tu m’as tentée 🙂

  2. « un fait divers local dont on cherche obstinément à le détourner, attiré par une femme qu’on lui conseille d’éviter »
    Ça me connote.
    Ta présentation, excellente, brève (voir mes articles les plus courts – trop LOL !) suggère que c’est un roman léger, mais agréable. Je retiens, je pèse sous le lourd.

    • yueyin dit :

      La présentation peut être brève mais la phrase me semble longue (la mienne hein) enfin, il en faut de temps à autre 🙂 Sinon oui c’est léger mais agréable et ça, des fois, c’est bien 🙂

  3. C’est en effet un très joli roman !

  4. Jerome dit :

    J’aime bien l’idée. Je connaît un peu la pratique des résidences d’auteur et c’est exactement ça (la feuille de chou, l’hôtel, les ateliers d’écriture et les dédicaces, entre autres).

  5. Karine:) dit :

    Il a étrangement été parachuté dans ma pile celui-là! A lire bientôt, donc!

  6. keisha dit :

    Je suis en train de le lire; C’est tranquillou quand même. L’autodérision est plaisante, heureusement.

  7. Noukette dit :

    Au moins un roman de la rentrée qui ne plombe pas l’ambiance ! 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *