Existence

CVT_Existence_2384.pjpeg« Je me tiens devant la caisse tel qu’en moi-même depuis l’enfance, solide, inamovible, taillé dans un gros bloc de marbre, le marbre de mon QI, de mon diplôme, de mon prestige social, de mes principes de vie. »
Devant la caisse, comme en toute occasion car tel est Jean-Jacques Caton-Mercier, cadre supérieur d’une grande entreprise parisienne, intrinsèquement convaincu de sa supériorité à tous les niveaux, parfaitement imperméable à empathie, totalement imbuvable… Seulement voilà, malgré l’impeccable organisation de sa vie tant professionnelle que familiale, le Caton-Mercier va connaitre l’expérience aussi déstabilisante qu’anodine du ridicule, découvrir sans comprendre qu’il n’est pas universellement admiré et tout à coup voir la belle carapace creuse de sa vie se fendiller, craquer, exploser sous la pression de cet extérieur dont il n’a jamais pensé devoir tenir compte…
Ah quelle farce que ce roman, parfois drôlatique, souvent cruel, toujours grinçant ! Dans la première partie, Eric Reinhardt signe une parodie au vitriol des règles de l’élitisme à la française – ode à une rationalité de pacotille – panachée de cette étrange caractéristique qu’est la distance hiérarchique selon Hofstede* – concession à l’irrationnel. Une petite merveille de finesse qui prétend caricaturer tout en s’inscrivant dans un réalisme hautement irritant. A mesure que l’esprit de son héros – si l’on peut ainsi dire – s’effrite sous la pression de la réalité, le style de l’auteur semble en faire autant, explosant les phrases, les lieux, les personnages, brassant pour finir une pantalonnade des plus burlesques – un peu trop pour moi peut-être. Cette dernière partie m’a semblé moins drôle et ma foi – est-ce mon côté redresseur de tort qui s’exprime – je lui souhaitais bien pire à ce prétendu héros – un début de prise de conscience peut-être – mais tel quel c’est aussi réjouissant que méchant. Acide !
Existence – Eric Reinhardt – 2004 Stock – 2013 Folio

L’avis de Papillon qui m’a donné envie

* Geert Hofstede est un psychologue et anthropologue néerlandais qui a défini, entre autre, une série de dimensions destinées à encadrer la compréhension des différences culturelles dans la manière d’envisager le travail et l’entreprise (je résume) ; la distance hiérarchique est la dimension qui mesure la façon dont les acteurs vivent les différences hiérarchiques. (le « patron » est-il quasiment d’une autre essence ou simplement un collègue avec toutes les étapes intermédiaires possibles)

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8 réponses à Existence

  1. Papillon dit :

    Super billet pour un super roman ! J’ai aimé moi la fin complètement surréaliste. Tout comme je trouve très juste de nous mobtrer colbien le système d’excellence à la française est surtout un système de normalisation des esprits. C’est son roman le plus expérimental. Tu devrais essayer Cendrillon qui va te faire hurler de rire aussi, mais pas que.

    • yueyin dit :

      Ah mais certes je vais continuer… pourquoi pas par Cendrillon 🙂 J’avoue que je me suis méchamment réjouie de voir ce formatage épinglé de si cinglante façon, c’est une chose que je repère trop souvent dans le discours et qui m’horripile au plus au point.

  2. Karine:) dit :

    Si c’est grinçant à souhaits… why not!

  3. Jerome dit :

    L’acidité ça fonctionne très souvent avec moi alors je ne dis pas non 😉

  4. Le Papou dit :

    Je ne comprends même pas tout ton billet…ça calme !
    Le Papou

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