L’Edda en prose

traceDeTolkienL’Edda en prose ou Edda de Snorri est une transcription et/ou adaptation des principaux mythes scandinaves rédigées au début du XIIIe en vieux norrois par l’islandais Snorri Sturluson. Je parle d’adaptation car, d’une part l’Islande était chrétienne depuis près de 200 ans quand Snorri s’est mis à l’ouvrage, ce qui a forcément influencé la transmission de ces légendes, et d’autre part il est bien possible que l’auteur, prolifique pour son temps, y ai ajouté quelques licences poétiques ou autres. Évidemment d’aucun pourrait penser que la traduction d’un vieux manuscrit poussiéreux et néanmoins nordique serait un tantinet obscure voire ennuyeuse voire sans intérêt. Et bien il n’en est rien.

Du point de vue historique, l’Edda est le plus complet et le plus ancien des écrits mythologiques nordiques. En clair presque tout ce que l’on sait d’Odin, Thor, Loki et consort vient de l’Edda. Du point de vue littéraire c’est un ensemble de fragments d’histoires qui se complètent et se répondent (voire se répètent) aussi facile que plaisant à lire (bon le foisonnement des noms propres peut être un rien désorientant mais on s’y fait.

Au commencement donc, les fils de Bor, Odin, Vili et Vê, tuèrent le vieux géant du givre Ymir :

De la chair d’Ymir

La terre fut créée

De son sang, la mer,

De ses os, les montagnes,

Des ses cheveux, les arbres,

De ces cils, ils firent

Les dieux cléments, Midgard

Pour les fils des hommes.

Vous imaginez bien qu’une cosmogonie qui commence par un démembrement ne peut que tenir ses promesses en matière de grandiose et de sanglant. Viennent ensuite la description des différents dieux et de leurs attributs, la construction d’Asgard, leurs imbroglios familiaux, leurs aventures musclées et bien sûr les démêlés avec Loki. Car comme dans toute mythologie indo-européenne, il faut un côté obscur, incarné ici par ce dieu à la fois espiègle et trompeur,charmantet mauvais.

Tous ces récits ne suivent évidemment pas une chronologie mais plutôt des thématiques. Et ce qui en fait l’originalité, c’est qu’à tout moment, depuis le début du monde, pèse la menace du Ragnarök, le fameux crépuscule des dieux, qui les verra tous mourir au combat quand le loup Fenrir  avalera le soleil et que le monde brûlera. Les allusions répétées à ce grand final donnent à l’ensemble un souffle tragique alors que les épisodes sont bien souvent drôles quoique cruels.

Drôles, je confirme, et même comiques, prenons au hasard le début du chapitre trois du Skaldskapamar « Alors que Thor était parti à l’Est tuer des trolls (pour se distraire sans doute), Odin chevaucha (…) et arriva chez le géant Hrungnir». Suit une sombre histoire de défi « à qui aurait le plus beau cheval, » de poursuite, d’abus de bière, de duel truqué et de père boudeur parce que son fils a offert le cheval du géant à un autre que lui. A l’oppposé, le sixième chapitre raconte l’histoire de Sigurd, du dragon Fafnir, de l’anneau maudit et des Niflungar. Le summum du tragique en matière de destin héroïque que d’ailleurs tolkien a réécrit en son temps.

Ce qui nous amène au fait que l’Edda de Snorri pour l’admirateur (ou l’admiratrice) de Tolkien, recèle un troisième trésor de lecture car ce fut une des sources premières de son imaginaires.  Les parallèles sont nombreux mais citons sa vision des nains et de leurs attribut qui doit beaucoup à la vision norroise. Voici d’ailleurs, selon l’Edda, la liste des premiers nains, dont l’un des plus éminent est Durin :

Niping, Dain

Bifur, Bafur

Ori, Oin

Vig et Gandalf

Vindalf, thorin

Fili, Kili

Bon j’arrête ici la liste, ceux qui ont aimé Bilbo le hobbit et le Seigneur des anneaux les reconnaîtront (j’ai dû personnellement sortir mes sels). D’autres références sont moins littérales, comme l’existence du Dieu manchot Tyr qui accepta de mettre sa main dans la gueule du loup Fenrir, le dragon Fafnir lové sur son trésor, l’anneau maudit de Sigurd, l’importance du frène Yggdrasil, l’arbre-monde. Rien n’est semblable bien sûr mais on sent que l’un s’est nourri nourri de l’autre. Comme il se doit au reste, puisque la mythologie de Tolkien se voulait proprement anglaise et donc puisée aux sources nordiques, germaniques et celtiques qu’il connaissait justement sur le bout du doigt. Une bien belle lecture, fantastique au sens propre, que je recommande aux amateurs du genre. Mythique !

L’Edda – Snorri Sturluson – début XIIIe – traduit du vieux norrois par Francois-Xavier Dillman – l’aube des peuples – Gallimard – 1991

Cette lecture prend place dans le cadre du Middle earth challenge catégorie valar qui avance bien merci…

l’avis d’Isil mon estimée partenaire Valar et néanmoins colectrice

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26 réponses à L’Edda en prose

  1. Ton billet est parfait. J’ai encore plus honte du mien du coup.

  2. Isil dit :

    Et c’est vrai que c’est drôle. J’ai oublié de le dire.

  3. Pimpi dit :

    On sent la lectrice passionnée, là!!!

  4. vilvirt dit :

    Je suis justement en train d’étudier les mythes nordiques – que je trouve passionnants – et j’adorerais me plonger dans l’Edda ! Bravo pour ton billet qui m’a fait très envie !! Il faut absolument que je me le procure !!

  5. Joelle dit :

    C’est noté … j’en avais déjà entendu parler mais je ne savais pas que c’était paru en France !

  6. Le Papou dit :

    ça m’intéresse, ça m’intéresse etc…etc…

    Oh! Madame Yue Yin que vous êtes belle, que vous êtes gentille et que le Papou vous adore quand vous lui prétez un de vos livres

    Niaf niaf

  7. Lystig dit :

    d’où le mot « saga »…

  8. Quel challenge ! Mais où vas-tu trouver toutes ces références ?

  9. Marie dit :

    Fan de Tolkien, ton billet me donne envie de découvrir cet ouvrage. Mais j’ai malgré tout l’impression que c’est une lecture difficile ?!

     

  10. Stéphanie dit :

    c’est la première fois que je regarde dans le dico pour vérifier le sens d’un mot utilisé dans un billet :)

    malgré tout les extraits que vous vous échangez sous facebook et ton billet très intéressant, j’en reste quand même là par contre.

  11. El JC dit :

    Wahou ! Merci, voila une chronique qui ne fait pas couiner qu’Isil ;o) Je vais voir à me le procurer.

  12. Lystig dit :

    en outre, à l’époque, l’Islande était (et ce, juqu’au XXème siècle) une partie d’un royaume … d’où le norrois. L’islandais était comme un patois (je dis bien « comme »), et le fait que la Norvège était partie intégrante du royaume de Danemark (et pas « du » Danemark) explique que les deux langues soient si proches… De même, Suède et Finlande : là, c’est la seconde langue, après le Finnois, qui était appris à l’école (mais pétard des guettes, un Finlandais qui parle suédois, ça a un sacré accent !)

    Saa, ha en god nat !

    • yueyin dit :

      je te crois absolument, en tout !!! hihi c’est un peu du suédois prononcé à la finlandaise pour moi, mais je crois que j’ai saisi l’idée général, en fait je trouve ça passionant mais je m’aventure pour la première fois dans ces contrées nordiques :-)

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