La Chair

Chair-HDSoledad, commissaire d’exposition à Madrid, célibataire de choc, sans enfant par choix et séductrice assumée va avoir soixante ans et comme si ce n’était pas suffisant pour déprimer n’importe quelle femme encore avide de plaire, son jeune amant a décidé de la quitter pour se consacrer à sa femme légitime, jeune et enceinte de surcroit. Déprimée peut-être, mais colère surtout et ce malotru ne s’en tirera pas comme ça… Elle va lui montrer, lui faire regretter, et tout d’abord débarquer à l’opéra – un endroit qu’elle lui a fait connaitre, elle, et où il compte maintenant exhiber sa femme – avec un chevalier servant beau comme un dieu, jeune, exotique, classe, enfin tout. Un escort oui aussi mais c’est un détail d’ailleurs il ne le saura pas l’infidèle. Certes la colère lui revient un peu cher mais c’est un caprice que Soledad a décidé de s’offrir, juste pour un soir évidemment et sans être complètement rassurée et sur ce dernier point, elle a peut-être bien raison…

J’aime Rosa Montero d’amour. Il fallait que ce fut dit quoique je ne trouve pas toujours les mots pour chroniquer ses livres (La Folle du logis était trop fou, Instruction pour sauver le monde trop poignant, L’Idée ridicule de ne jamais te revoir trop tout mais lisez-le toute affaire cessante hein). Ici, il est question de Soledad Alegre – solitude joyeuse, un nom qui lui fait grincer un tantinet des dents – femme haute en couleur, excessive en tout, à qui tout réussit en apparence mais qui se trouve aux prises avec d’infinis questionnements sur son âge bien sûr qui annonce la fin de toute chose, sur son corps qui ne lui est plus fidèle, sur son image qui ne lui correspond plus mais aussi sur le monde, la littérature, la vie, les voies qu’elle n’a pas prises, les choix qu’elle n’a pas fait et sur ce que cela dit d’elle et du regard que les autres posent sur elle. Confrontée à une relation dont elle ne veut pas et qu’elle ne sait comment maitriser, elle se dévoile peu à peu et se révèle différente à ses propres yeux comme à ceux du lecteur – plus dure mais aussi plus vulnérable, plus perturbée mais peut-être plus sensible. Tout cela allègrement entremêlé à de multiples références aux écrivains maudits autour desquels tourne l’exposition qu’elle organise. Un projet réjouissant, vibrant hommage à la littérature et à l’imagination. C’est brillant, rythmé, drôle et pour tout dire ébouriffant. À la toute fin, L’auteure nous demande gentiment de ne pas trop en dire pour ne pas émousser le plaisir du futur lecteur, mission accomplie je pense – vous ai-je parlé de l’intrigue ? J’interroge et je réponds, non – mais l’intérêt pour moi se trouvait ailleurs, dans la plume bouillonnante de l’auteure et dans les interrogations étourdissantes mais si pertinentes de son personnage. Bondissant !

La Chair – Rosa Montero – 2017 – traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse – Metailié

L’avis de Cuné qui m’a donné (encore plus) envie

De la même auteure :
Des larmes sous la pluie
Le poids du coeur

 

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16 réponses à La Chair

  1. Impec’ ton billet ! Et nous sommes plusieurs à avoir trouvé que l’intérêt du livre résidait ailleurs que ce sur quoi l’auteure attirait l’attention… Une petite espièglerie de sa part ?

  2. noukette dit :

    Dévoré, mon premier de l’auteure mais pas le dernier ! J’essaye de trouver les mots tout bientôt 😉

  3. cuné dit :

    Super billet ! Delphine soulève un point auquel je n’avais pas pensé, mais c’est vrai que ça ressemble fort à de l’espièglerie de la part de Rosa Montero :)

  4. keisha dit :

    Ah oui je n’avais pas vu ça ainsi! De toute façon on est des sérieuses, on respecte le souhait de l’auteur!

  5. Violette dit :

    je le lirai, c’est sûr. J’adore cet auteur!

  6. jerome dit :

    Tu donnes envies sans parler de l’intrigue, trop forte ! 😉

  7. Il faut que je le lise d’urgence.

  8. Sandrine dit :

    Oh mais ce texte-là, je vais le lire, j’aime aussi beaucoup Rosa Montero qui réussit dans tous les genres.

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