La nouvelle vie de Kate Reddy

Kate Reddy va avoir cinquante ans et elle le digère mal, très mal. Ses enfants sont en pleine crise d’adolescence, son mari en pleine crise égotiste – il a arrêté de travailler pour se consacrer à la méditation et au vélo, sa mère et ses beaux parents perdent peu à peu leur autonomie, sa maison tombe en ruine et son corps la lâche. Le traitre ! Obligé de retrouver du travail pour faire bouillir la marmite, elle doit – honte suprême – mentir sur son âge pour réintégrer son ancienne boite sous les ordres de jeunes loups beaucoup plus jeunes et moins compétents qu’elle. En théorie, rien de tout cela ne devrait l’atteindre, elle la battante habituée à jongler avec le temps et tout assumer, mais cette fois il y a Perry, petit nom intime de sa periménopause avec son cortège de trous de mémoire – malgré un archiviste mental ronchon prénommé Roy, de bouffées de chaleur, de kilos indécrochables, de crises d’angoisses et cette lassitude qui plombe les jambes et l’esprit…

Quel roman, mais quel roman… Mené tambour battant, drolatique et échevelé, il nous entraine dans une vie très ordinaire avec un point de vue qui tient du burlesque. Pour autant derrière ces situations qui tourne à la farce, ce sont bien des problèmes d’aujourd’hui qui se déroulent, s’exposent et explosent là où en général on se tait. Car qui sait ce que lui réserve Perry avant qu’il ne pointe le bout de son nez. Et grand Tolkien que c’est rafraichissant et que l’on se sent moins seule. Car c’est de cela qu’il s’agit d’une solitude qui ne dit pas son nom, entourée qu’elle est d’une foule avide de prendre mais pas de donner.  Allison Pearson croque avec une exubérance jubilatoire, cette génération de femmes sandwiches coincées entre enfants pas encore tout a fait grandis et parents vieillissants, peinant à trouver à qui parler quand on attend surtout d’elle qu’elles écoutent – heureusement il y a toujours quelques copines mais leur en parler ou pas ? A la limite, je me demande s’il est bien sage de faire lire ce roman à des trentenaires ; elles pourraient paniquer. Mais pour les péri-cinquantenaires, c’est du bonbon… Et si on se régale de situations criantes de vérité (et vous saurez pourquoi autour d’un certain âge il vaut mieux travailler en collant noir opaque qu’en pantalon de lin blanc – réflexion que je m’étais déjà faite), on peut aussi se rassurer en notant toutes les choses qu’on a  mieux négocié que Kate (et ouf il y en a). Bonus, et comme souvent dans les romans d’outre-manche, il y a dans toute cette histoire quelque chose d’universel et pourtant de très british. Jubilatoire !

La nouvelle vie de Kate Reddy – Allison Pearson – traduit (fort bien) de l’anglais par Julie Sibony – Le cherche-midi – 2018

L’avis de cuné qui m’a (encore) donné envie

PS : Et il y a même un soupçon de romance – bon peut être pas crédible crédible mais si on ne peut plus rêver…

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7 réponses à La nouvelle vie de Kate Reddy

  1. rachel dit :

    et bin je t’avouerai deja que le resume ne m’attirait pas…mais ta critique enthousiasme me fait changer d’avis…;)

  2. cuné dit :

    Yes, indeed. (C’est tout :))

  3. jerome dit :

    Pas mon truc mais ma femme adorerait je pense.

  4. gambadou dit :

    un roman jubilatoire sur une tranche d’âge qui me parle ! Je note tout de suite.
    .

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