Le Cœur de l’Angleterre

De 2010 à 2018, à travers l’histoire d’une famille disons élargie, Jonathan Coe nous livre ses chroniques douces amères d’une Angleterre qui ne se reconnaît plus et se cherche en vain. D’aléas politiques en tensions sociales, d’enterrement en divorce, des jeux olympiques de Londres aux émeutes des quartiers périphériques, de la génération des seventies aux millenials, de la capitales des nantis aux campagnes abandonnées, c’est tout un pays, toute une époque qui prennent vie sous nos yeux. L’auteur a un talent fou pour nous faire sourire devant ce qui pourrait bien être tragique, tiquer devant ce qui est objectivement drôle, réfléchir à tout ce qu’on voit tous les jours sans – peut-être – en tenir assez compte. A l’instar de ses personnages, qui mettent bien du temps à réaliser ce qui est en train de se passer autour d’eux.

J’ai une relation en dent de scie avec Jonathan, (s’il me permet de l’appeler ainsi), j’ai adoré certains de ses livres (La Pluie avant qu’elle tombe), en ai détesté d’autres (La Vie très privée de Mr Sim) et jamais pu finir Testament à l’anglaise pour ne pas le citer. Je n’avais cependant jamais été présentée à la famille Trotter, n’ayant lu ni Bienvenu au club ni Le Cercle fermé. Mais cela n’a en rien gêné ma lecture (Si ce n’est que j’ai envie de les lire maintenant) car c’est d’une époque qu’il s’agit – la nôtre – et les personnages sont assez vigoureusement campés pour que l’on comprenne qu’ils ont un passé et voilà tout. Car c’est de leur vie présente qu’il s’agit et Tolkien sait qu’elle est assez complexe comme cela. J’ai été effarée par l’acuité des propos de l’auteur et par les convergences qu’elle révèle dans l’évolution de nos deux pays. Peur et misère qui monte, repli nationaliste, méfiance de l’autre, rejet du politique, impuissance et incompréhension à tous les étages, manipulations douteuses mais trop certaines… Et en toile de fond cette sublime touche de nostalgie à l’anglaise qui étreint mais fait sourire. C’est diablement bien écrit, totalement lumineux tout en étant d’une noirceur certaine, souvent drôle et toujours invitant à la méditation. Superbe !

Le Coeur de l’Angleterre – Jonathan Coe – 2019 – Gallimard

l’avis enthousiaste de Cuné

« Les gens voient qu’il y a des acteurs de la City qui ont quasiment foutu l’économie par terre il y a deux ans et qui n’en ont absolument pas payé les conséquences. Pas un n’est allé en prison, et aujourd’hui les voilà qui récupèrent leurs primes pendant que nous, le reste de la population, on nous invite à nous serrer la ceinture. Les salaires sont gelés, aucune sécurité de l’emploi, pas de plans retraite, les vacances en famille c’est fini, réparer la voiture c’est trop cher. Il y a quelques années, les gens avaient l’impression d’être riches. Aujourd’hui, ils se sentent pauvre. »

« Selon moi, tout a changé en Angleterre en mai 1979 et, quarante ans plus tard, on en paie encore les conséquences. Vous voyez, Benjamin et moi, on est des enfants des années soixante-dix. On n’était peut-être que des gosses, mais c’est dans ce monde-là qu’on a grandi. L’État-Providence, le système de santé, tout ce qu’on a mis en place après guerre. Seulement tout ça se délite depuis 1979 et continue à se déliter. Le voilà, le fond de l’affaire. Je ne sais pas si le Brexit en est un symptôme ou s’il fait diversion. Mais, en gros, le processus arrive à son terme aujourd’hui. Tout aura bientôt foutu le camp. »

 

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8 réponses à Le Cœur de l’Angleterre

  1. Anne dit :

    J’ai hâte de le lire mais pour le moment, c’est un pavé un peu trop prenant, il faut que j’aie du temps devant moi.

  2. Luocine dit :

    J’ai eu des,déceptions de lecture avec cet auteur mais ce que tu dis me tente beaucoup. Et j aime bien les.extraits que tu as notés.

  3. Mince, j’avais adoré Testament à l’anglaise. Vais-je aime celui-ci ?!

  4. PatiVore dit :

    Je l’ai vu sur le plateau de 28′ (Arte) présenté par Elisabeth Quint, mais je n’ai jamais lu cet auteur ! C’est une trilogie, il vaut quand même mieux lire les deux premiers tomes avant, non ?

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