Le bateau ivre (extrait)

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures,

L’eau verte pénétra ma coque de sapin

Et des taches de vins bleus et des vomissures

Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et, dès lors, je me suis baigné dans le poème

De la mer infusé d’astres et lactescent,

Dévorant les azurs verts où, flottaison blême

Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires

Et rythmes lents sous les rutilements du jour,

Plus fortes que l’alcool, plus vastes que vos lyres,

Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes,

Et les ressacs, et les courants ; je sais le soir,

L’aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,

Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir ! 

J’ai vu le soleil bas taché d’horreurs mystiques

Illuminant de longs figements violets,

Pareils à des acteurs de drames très antiques,

Les flots roulant au loin leurs frissons de volets ! 

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,

Baisers montant aux yeux des mers avec lenteur,

La circulation des sèves inouïes

Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

Le bateau ivre (extrait) – Arthur Rimbaud – 1871

Publié dans poèmes | 4 commentaires

Voyage aux pays du coton

Ce livre, c’est une promenade ! Le "Portrait du Gulf Stream" du même auteur m’avait déjà fait cet effet. C’est bien pourquoi je voulais lire celui-là et je ne suis pas déçue. Suivre Orsenna dans ses promenades autour du monde pour quelqu’un d’aussi badaud que moi c’est un pur plaisir.

Or donc aujourd’hui le fil conducteur c’est le coton, joli matière première blanche et douce qu’on croirait volontier innocente loin des furieux conflits qui se nouent autour de ressources plus lourdes ou plus visqueuses. A travers sept pays, du Mali à l’Ouzbekistan en passant par les Etats-unis, l’Egypte ou la Chine, nous découvrons autant de manière de cultiver, de récolter, de vendre, d’exploiter, de vivre tout simplement… J’aimerai dire que le tout forme une vision bucolique mais non vraiment non, tous ces mondes qui se ressemblent si peu renvoient une image plus dérangeante que rassurante de notre planète. Ah oui, il y avait le sous-titre : petit précis de mondialisation…

C’est que ce sont avant tout des histoires humaines, c’est si facile de juger lorsqu’on fait abstraction de l’humain, en n’y regardant pas de trop près. Un des charmes de ce livre pour moi, c’est que jamais l’auteur ne se pose en donneur de leçon… Il nous montre, il raconte : ses rencontres, ce qu’il a vu, les histoires qu’il a entendues officiellement, officieusement, sans complaisance mais sans jugement facile non plus… Juste une invitation à la réflexion, mais aussi à une certaine conception  de la différence…

Agréable, rafraichissant et … inconfortable !

Voyage au pays du coton – Petit précis de mondialisation – Erik Orsenna – Fayard – 2006

Publié dans essais | 10 commentaires

Extrèmement fort et incroyablement près

Voilà un livre difficile à raconter… Je l’ai lu parce que je suis tombée sur le début dans un magasine. D’habitude je ne lis jamais les extraits, ça m’ennuie. Là j’étais dans l’avion, il fallait rentabiliser ! Bref j’ai lu les premières pages et j’ai accroché. A cause du style bien sûr mais aussi parce que rien de ce que je lisais ne ressemblait à la critique lue dans le même magasine : un mystère ! Et maintenant je vais faire la même chose, rien de ce que je pourrais écrire sur ce roman ne ressemblera à ce que vous y lirez… il y a des livres comme ça !

On a parlé de cette histoire comme DU roman du 11 septembre… peut être ! C’est en tout cas l’histoire d’un deuil, un deuil collectif puisque c’est celui de chacun. celui d’Oskar, huit ans,  celui de sa mère, de ses grands parents, des gens qu’il rencontre dans sa tentative de donner du sens à ce qui n’en a pas… celui de sa ville traitée comme un personnage à part entière… C’est aussi l’histoire d’un sauvetage auquel chacun contribue à sa façon : celui d’un enfant drôle et attachant, à moins que ce ne soit celui de son grand-père inconnu… ou de New York !

Je suis tombé sous le charme de cette écriture multiforme,  de ces personnages qui se rencontrent sans s’en apercevoir, de cette interrogation aussi sur l’inexplicable, l’injustifiable, la quête du sens… Oskar porte un espoir immense auquel sa lucidité ôte toute réalité mais il poursuit, déterminé, jamais crédule vers sa reconstruction.

Quant aux parti-pris typographiques de ce roman qui ont parfois déplu, pour moi cela lui donne une touche concrète un peu destabilisante qui sert plutôt bien l’histoire.

Intense, tendre, étonnant…

Extrèmement fort et incroyablement près – Jonathan Safran Foer – Edition de l’Olivier – 2005 – traduit de l’américain par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso.

Publié dans Roman américain | 19 commentaires

Le zoo céleste

Les étoiles fascinent les hommes depuis toujours…rien d’original là-dedans, vous étiez un peu au courant. Cette passion a fait chez moi une nouvelle victime : le petit dernier. Il aime les étoiles, les telescopes, les constellations, les histoires de soleil, planètes, nébuleuses, supernovas et autres cataclysmes bref : un petit garçon comme les autres.

Pour son petit (hum !) noël, il a donc trouvé sous le sapin, ce joli recueil d’Alison Lurie : 16 légendes racontant les origines d’autant de constellations. La plupart sont des récits tirés de la mythologie gréco-latine (le taureau, le lion, le capricorne), mais aussi bibliques (le loup, la colombe), hindous (le grand chien), babyloniens (le dragon) ou amérindiens (les poissons)… Ces histoires sont courtes bien adaptées pour les histoires du soir des petits.

Pour moi, j’ai regretté qu’il n’y ai pas plus de légendes hindous ou amérindiennes parce que je ne les connais pas, et parce que j’ai trouvé les transcriptions mythologiques un peu simplistes. Mais ce n’est pas l’avis du propriétaire du livre qui me réclame depuis un mois pratiquement chaque soir quelques constellations avant de dormir… avec quand même une prédilection pour celle des poissons dont j’aurais quand même bien aimé savoir de quel peuple amérindien elle provient.

Un très joli livre bien illustré et parfaitement adapté à son public, dès que celui-ci est en âge d’écouter une histoire ou de regarder les étoiles.

Le zoo céleste – Légendes et contes des étoiles – Alison Lurie – Rivages – 1979 – Illustrations de Monika Beisner – traduction Céline Swaller-Balaÿ

Publié dans livre jeunesse | Un commentaire

Escarto Maltese

Je ne résiste pas à l’envie de montrer à tous le superbe cadeau kikimundais que Mr Kiki m’a laissé en commmentaire de l’album "Corto"…

Waoo et merci !

Publié dans BD | 8 commentaires

La justice de l’inconscient

En ce tout début du XXe siècle, Vienne, capitale de l’empire Austro-hongrois, est un des fleurons de l’Europe. François-Joseph règne, les arts et les sciences sont à l’honneur, Freud a déjà publié plusieurs livres, Klimt fait scandale bref un âge d’or qui ne laisse pas encore présager le chaos à venir.

L’inspecteur Rheinhardt, chanteur lyrique à ses heures, est confronté à une mort des plus étranges. Une jeune médium à la mode est retrouvée morte dans son salon fermé à clef : une balle en plein coeur. Suicide ? C’est l’hypothèse la plus plausible mais dans ce cas où est l’arme, mieux où est la balle ? Une intervention surnaturelle est-elle envisageable ? Sur cette pente glissante, l’inspecteur est fermement retenu par son ami Max Lieberman médecin psychiatre adepte des théories freudiennes et fermement décidé à envisager les possibilité scientifiques les plus modernes sans se laisser jeter de la poudre aux yeux par quelque superstition que ce soit, serait-elle à la mode !

Une très bonne histoire menée tambour battant sur un canevas trépidants où les points de vue des différents acteurs se succèdent formant une mosaïque prenante. Les personnages sont bien campés avec une épaisseur tout à fait satisfaisante pour ce qui est le premier opus d’une série : les carnets de Max Lieberman. Le cadre somptueux de la Vienne du tournant de siècle est bien exploitée. Un très agréable moment de lecture qui laisse présager une série des plus passionnantes.

J’ai particulièrement apprécié les exercices de déductions en série de Max, directement inspirés de la méthodes Sherlock Holmes mais teintés de psychanalyse : savoureux clins d’oeil à son illustrissime contemporain !

Affaire à suivre…

L’avis de Chimère

La justice de l’inconscient – Franck Tallis – 10/18 – Grand détectivves – 2005

Publié dans Polar | 11 commentaires

La mort et la vie

Si la mort est le but, pourquoi donc sur les routes

Est-il dans les buissons de si charmantes fleurs ?

Et lorsqu’au vent d’automne elles s’envolent toutes,

Pourquoi les voir partir d’un oeil momifié de pleurs ?

Si la vie est le but, pourquoi donc sur les routes

Tant de pierres dans l’herbe et d’épines aux fleurs,

Que, pendant le voyage, hélas ! nous devons toutes

Tacher de notre sang et mouiller de nos pleurs

 

Louise Angélique Bertin 1805-1863

Publié dans poèmes | 3 commentaires

Le monde extraordinaire de Corto Maltese

Il faut que je vous parle de mon cadeau de noël ! D’abord, une précision : je suis une inconditionnelle de Corto Maltese… Pas de Hugo, de Corto ! C’est mon côté romantique ! Ce doit être pour ça que j’ai trouvé ce magnifique album sous le sapin.

Il se compose d’une serie d’articles rédigés par toutes sortes de journalistes, bourlingueurs et autres marins et portant sur les thèmes principaux des oeuvres de Pratt, la mer, l’errance, le désert, les femmes, l’amitié, les cartes, les uniformes, les bateaux…. Les articles sont intéressants mais ce qui fait vraiment l’intérêt de l’ouvrage, ce sont les illustrations – très joli mélange de photos, de dessins et d’aquarelles prattienne, soit en montage soit en parallèle : par exemple la célèbre vignette représentant le profil de Corto sur fond de basilique St Marc, à côté d’une d’une photo de ladite église (pour le côté parallèle), ou une des gondole de Pratt inscrustée sur une sublime photo des canaux vénitiens (pour les montages). Ce que je préfère moi ce sont les aquarelles, et certaines sont sublimes !

Bref, si vous aimez Corto, un bel objet…

Le monde extraordinaire de Corto Maltese – Collectif/hugo Pratt – Casterman – 2002

Publié dans BD | 11 commentaires

5 choses peu connues à mon sujet

Merci à incolblog de m’avoir collé ce rébus qui me cause bien des soucis… Enfin essayons…

1. Quand j’étais toute petite, mon surnom était Attila. Une allusion sans doute à ma douce nature. J’en suis déraisonnablement fière.

2. Je peux rester toute une journée sans bouger affalée sur le canapé entre la zapette, un bouquin, une tasse de café froid et si possible un paquet de biscuits piquants à la farine de riz. Et j’adore ça !

3. Je ferais (presque) n’importe quoi pour un repas sashimi – sushi arrosé de saké chaud. Mon totem est Chat ! C’est d’ailleurs la seule envie qui m’ait vraiment prise au milieu de la nuit quand j’étais enceinte. le futur père de mes enfants n’ a pas  donné suite…

4. J’adore me baigner mais j’ai tendance à paniquer dès que je perds pied – je sens le requin approcher silencieusement par en-dessous… même dans une rivière ! (attention aux films que vous montrez à vos enfants)

5. Normalement, à partir d’une citation ou d’un nom de personnage, je peux retrouver le titre du roman d’Agatha Christie où il ou elle apparaît – un jour ça me servira en société. (ça marche aussi avec les Astérix et les dialogues de starwars et… mais bon !)

Maintenant je vais aller me cacher…

Au fait voyons Mr Kiki, Choupy, Florinette, Pascal et Turquoise : je crois que vous ne vous y êtes pas encore collés…alors si ça vous dit…

Publié dans riens | 33 commentaires

la prime

Vous avez une soirée à tuer tranquillement ? un coup de blues ? une grande fatigue ? je vous prescrit un petit Stéphanie Plum sous la couette et hop ça repart !

Stéphanie tient de l’anti-héro, de l’ado attardée, du bouledogue et de la mascotte porte-bonheur. Ancienne acheteuse de lingerie fine au chômage depuis plusieurs mois, il lui faut de l’argent et vite ! Ses meubles y sont déjà passés, sa voiture est sur le point d’être saisie, son frigo est archi-vide… Si elle ne trouve pas du boulot, elle perdra son appartement et sera contrainte de réintégrer le pavillon familliale et ça pas question !

Grâce à un petit chantage familial, notre spécialiste ès lingerie se retrouve donc employée de son cousin Vinnie, agent de cautionnement judiciaire – en langage clair elle se retrouve chasseuse de prime. Bien sûr elle n’a aucune idée de comment s’y prendre, mais elle est têtue, elle connait tout le monde dans ce coin pourri du New Jersey où elle est née et elle compte sur la chance des débutants… et ça décoiffe !

Ce premier épisode des aventures de Stéphanie Plum met bien en place la série, présentant les personnages qui vont devenir récurrents et s’approfondir au fil du temps. L’intrigue est prenante voire palpitante et ce coin d’amérique a un côté familial-émigré atypique tout à fait réjouissant. En plus c’est à mourir de rire bien que les épisodes suivants soient probablement encore plus drôles… Une très bonne série mais attention elle rend accro !

Les aventures de Stéphanie Plum traduites en français sont pour l’instant au nombre de neuf…

La prime – Janet Evanovich – Pocket – 2004 (en français)

Publié dans Polar | 8 commentaires