" Matin du premier jour—
Dans le poêle
Quelques braises de l’an passé "
Hino Sôjô
(merci à Turquoise à qui j’ai emprunté ce délicieux Haïku)
" Matin du premier jour—
Dans le poêle
Quelques braises de l’an passé "
Hino Sôjô
(merci à Turquoise à qui j’ai emprunté ce délicieux Haïku)
Tout d’abord, je tiens à rendre hommage aux chats de bibliothèque qui ont élu Hémingway au rang d’aristochat. Grâce à cette élection, j’ai enfin lu cet auteur, ce qui ne m’était jamais arrivé et aurait pu ne pas se produire, allez savoir ! Voilà donc une lacune comblée.
Bon, J’ai peut-être fait une erreur en choisissant de commencer par "Les neiges du Kilimandjaro". Les nouvelles ne sont pas mon genre préféré et je ne peux pas dire qu’elles m’aient emballée. Certes l’écriture a une puissance d’évocation incroyable, les situations sont extrèmement visuelles, les personnages prennent vie en trois mots et quart, sublime ! Mais tout cela au service d’histoires qui pour la plupart m’ont ennuyée. J’en retiendrais deux, la première qui donne son nom au recueil, et "l’heure triomphale de Francis Macomber" : Toute deux me semblent plus abouties avec des personnages vraiment consistants et une intrigue en filigrane qui suscite l’intérêt…
Bon la prochaine fois je lis un roman…
Les neiges du kilimandjaro suivi de Dix indiens et autres nouvelles – Ernest Hemingway – Folio – 1946 pour la traduction française – traduit de l’anglais par Marcel Duhamel
La difficulté pour moi qui aime la science fiction et la fantasy sous toutes ses formes et depuis longtemps, c’est de trouver du nouveau, d’être étonnée. Oh cela ne m’empêche pas d’apprécier de nouveaux romans. Avec les mêmes ingrédients, on peut composer des tas d’histoires différentes, mais… et la surprise, le dépaysement dans tout ça ? Et bien si vous aimez être dépaysé, bienvenue à Nouvelle-Crobuzon !
Yagharek, le garuda au corps d’homme ailé mais à la tête et aux serres d’aigle, a traversé mers et monde pour trouver celui qui lui rendra le vol. Au lointain Cymek déjà, il a entendu parler d’un savant génial de la ville de Nouvelle-Crobuzon : Isaac Dan der Grimnebulin, suffisamment fou peut-être pour réussir l’impossible.
Isaac vit un amour tabou avec Lin, la Khépri au corps de femme et à la tête scarabe. Sa passion de la science le pousse à accepter l’offre de Yagharek. Pour "la science" il peut aller très loin, trop peut-être. Lin est une artiste. Son espèce peut métaboliser une salive modelable et elle en fait de sublimes sculptures. Pour l’art elle a rompu avec son espèce, pour l’art elle peut aller très loin, trop peut-être. Derkhan leur amie à tous deux est journaliste, c’est aussi une passionaria, une activiste. Pour lutter contre le pouvoir totalitaire et corrompu de Nouvelle-Crobuzon, elle peut aller très loin, trop peut-être.
En étudiant le vol, Isaac libère involontairement sur la ville un cauchemard ailé
auquel nul ne semble pouvoir faire face. Les autorités font même appel à la fileuse. Une araignée qui danse sur plusieurs plans d’existence et pour qui la réalité est une toile qu’elle doit rendre esthétique. Pour sauver leur ville, la grouillante, laide, déliquescente Nouvelle-Cobuzon et sa population multiforme, Isaac et les quelques marginaux qui l’accompagnent vont franchir des frontières dont ils ignorent l’existence.
Je pourrais aussi vous parler des différentes formes de vies intelligentes qui coexistent dans cette ville, du premier artéfact qui accède à la conscience et crée sa religion de savoir, du système judiciaire pervers qui impose sa marque sur la ville en créant à force de mutilations des sous-castes d’êtres vivants, et de bien d’autres choses encore dont les moindres ne sont pas les fameux êtres qui menacent la survie même de la ville. Mais je crois que le personnage principal de ce roman, le plus abouti, le plus étrange c’est la ville elle-même : Nouvelle-Crobuzon, multiple, pourrissante, corrompue que de multiples lignes de chemin de fer irriguent comme autant d’artères, couvant en son centre la fameuse gare de Perdido Street car les montagne elle-même "ne pouvaient égaler en majesté le chaos de la gare de Perdido. des lueurs scintillaient au fil de sa topographie ferroviaire trompeuse, immense, qui recevait les trains dans ses entrailles comme autant d’offrandes. La tour pointue embrochait les nuages comme un épieu brandi mais elle n’était rien à côté de la gare – un simple ajout de béton flanquant l’immense édifice aux airs de léviathan qui se vautrait dans l’océan de la cité."
Un monde riche, fécond, repoussant, inédit, à la croisé du cyberpunk, du steam punk et de la fantasy avec un soupçon de SF au service d’une histoire accrochante et de "vrais" personnages complexes et atypiques : inclassable, difficile, fascinant, à découvrir…
Perdido Street Station – China Miéville – Pocket fantasy – 2000 – (2003 pour l’édition française) – 969 pages – traduit de l’anglais par Nathalie Mège
J’avais dit: "pendant les vacances, je ne fais rien !… Rien ! Je ne vais rien faire ".
Je ne savais pas où aller.
Comme j’avais entendu dire : "A quand les vacances ?… A quand les vacances ?…"
Je me dis: " Bon !… Je vais aller à
Je boucle la valise… je vais pour prendre le car… Je demande à l’employé :
– Pour
– Pour où ?
– Pour
– Comment voulez-vous que je vous dise quand, si je ne
– Comment ? Vous ne savez pas où est
– Si vous ne me le dites pas !
– Mais je vous ai dit
– Oui !… mais vous ne m’avez pas dit où !
– Monsieur… je vous demande une petite minute
d’attention ! Je voudrais que vous me donniez l’heure des
départs des cars qui partent pour
– !!…
– Enfin !…
– C’est vague!
– …En Normandie!…
– Ma parole ! Vous débarquez !
– Ah!… là où a eu lieu le débarquement !… En Normandie !
– A
– Là !
– Prenez le car.
– Il part quand ?
– Il part au quart.
– !!… Mais (regardant sa montre)… le quart est passé !
– Ah! Si le car est passé, vous l’avez raté.
– !!… Alors… et le prochain?
– Il part à Sète.
– Mais il va à
– Non il va à Sète.
– Mais, moi, je ne veux pas aller à Sète… Je veux aller à
– D’abord, qu’est-ce que vous allez faire à
– Rien !… rien !… Je n’ai rien à y faire !
– Alors, si vous n’avez rien à faire à
– !!… Qu’est-ce que vous voulez que j’aille faire à Sète ?
– Prendre le car !
– Pour où ?
– Pour
– Comment voulez-vous que je vous dise quand, si je ne
– Comment !… Vous ne savez pas où est
– Mais si, je
– Ne criez pas !… Ne criez pas !… On va s’occuper de vous.
Il a téléphoné au Dépot.
Mon vieux !… (regardant sa montre):
A vingt-deux, le car était là.
Les flics m’ont embarqué à sept…
Et je suis arrivé au quart.
Où j’ai passé la nuit !
Raymond Devos.
Elle, c’est la grande soeur, on ne sait pas son nom – c’est la narratrice. Lui c’est Benoit, "le petit dernier de la famille, le chouchou des parents, toujours à embéter sa grande soeur". Les parents ? Ils sont là aussi, parfois, en filigrane. Elle raconte des histoires, certaines qui sont arrivées, d’autres qu’elle arrange, invente, imagine pour lui, pour elle, pour eux deux, pour rire, pour pleurer, pour s’affranchir car elle est pressée, pressée de grandir.
De drôles d’histoires courtes, simples, bizarres, cruelles, tendres aussi… et surtout à mourir de rire… A partir de 5/6 ans et sans limite d’âge : chez nous, fous rires garantis !
Un extrait pour le plaisir
Hier maman s’est verni les ongles. elle a essayé une nouvelle couleur, rose argenté, très moche.
Evidemment c’était juste au moment d’aller au supermarché. Déjà qu’on n’était pas en avance. et son vernis qui ne séchait pas. Alors elle m’a demandé :
– Dis tu serais gentille d’écrire la liste des courses. Prends un papier,un stylo je te dicte.
– D’accord j’ai dit, mais ne viens pas râler s’il y a des fautes d’orthographe.
Elle a commencé :
– Choux de Bruxelles, un kilo et demi.
Je suis devenue verte. des choux de Bruxelles, beurk ! pourquoi pas des épinards, tant qu’elle y est !
Je n’ai rien dit. J’ai écrit : Chocolat, un kilo et demi. Après tout "chocolat" et "choux de Bruxelles" ça commence pareil.
Et puis jai réfléchi. Un kilo et demi, c’est peut-être beaucoup, et pas très précis.
J’ai donc corrigé : une tablette de chocolat au lait, une aux noisettes, et une au chocolat blanc.
– Tu y es ? a demandé maman.
– C’est bon, ai-je répondu tu peux y aller.
– Un paquet de lentille, a-t-elle dicté.
Des lentilles ? Jamais de la vie.
J’ai écrit : un litre de glace à la vanille.
Puis j’ai dit :
– C’est fait maman.
…
Pressé, pressées – Bernard friot – Milan poche junior – 2002
On ne sait pourquoi cet homme prit naissance.
Et pourquoi mourut-il ? On ne l’a pas connu.
Il vint nu dans ce monde, et, pour comble de chance,
Partit comme il était venu.
La gaîté, le chagrin, l’espérance, la crainte,
Ensemble ou tour à tour ont fait battre son coeur.
Ses lèvres n’ignoraient le rire ni la plainte.
Son oeil fut sincère et moqueur.
Il mangeait, il buvait, il dormait ; puis, morose,
Recommençait encor dormir, boire et manger ;
Et chaque jour c’était toujours la même chose,
La même chose pour changer.
Il fit le bien, et vit que c’était des chimères.
Il fit le mal ; le mal le laissa sans remords.
Il avait des amis ; amitiés éphémères !
Des ennemis ; mais ils sont morts.
Il aima. Son amour d’une autre fut suivie,
Et de plusieurs. Sur tout le dégoût vint s’asseoir.
Et cet homme a passé comme passe la vie
Entrez, sortez, et puis bonsoir !
Jean Richepin – La chanson des gueux – 1876
Tout beau, tout neuf le nouveau blog de Mr kiki vient de s’ouvrir ! Après avoir semé des commentaires ici et là et encouragé par certains (pas que moi, thom aussi !), il s’est jeté à l’eau et dans un blog pour lui tout seul… et pour ses lecteurs potentiels.
Qu’y aura-t-il dedans ? Mystère ! Des chroniques au moins… autres choses ? Allez savoir ! En tout cas un nouveau blog à visiter…
Du roman noir, du vrai : Etats-unis, années cinquantes, Jonhn Blacksad privé au passé plutôt agité retrouve un ancien mentor. Celui-ci somité en physique nucléaire fait partie d’un groupe d’intellectuels de gauche prônant le pacifisme à tout crin – La chasse aux sorcières est en route et Blacksad va se trouver embringué dans une sombre machination.
Sur ce scénario aussi traditionnel qu’efficace, Dìaz Canales et Guarnido ont greffé des personnages puissants directement inspirés autant par l’histoire que par la fiction. Le tout servi par un découpage et une colorisation cinématographiques et par un graphisme carrément sublime. Les personnages à faciès animalier dégagent un charisme étonnant de vérité, les scènes d’actions sont aussi brûlantes que celles de la traditionnelle idylle du héro et de la femme-féline fatale. Un must !
Blacksad – Âme rouge – Juan Dìaz Canales et Juanjo Guarnido – Dargaud – 2005