Le voyage de Marcus

Ce roman a été une excellente surprise pour moi. Je l’ai pris au hasard un jour à la bibliothèque. C’était un bel objet (J’aime les éditions Actes sud), le quatrième de couverture était intéressant et surtout je cherchais depuis un moment et ne voulais pas repartir les mains vides. Quelques pages plus loin, c’était le coup de foudre.

 IIe siècle après JC, les provinces gauloises de l’empire sont en plein essor, leurs richesses suscitent beaucoup d’intérêts, leur administration se complexifie. Le père de Marcus, magistrat délégué par sa ville, se présente au sacerdos de l’assemblée des trois Gaules à Condate près de Lugdunum. Cette opportunité représente l’apogée de sa carrière, un honneur rentable pour la ville qu’il représente et un tremplin pour la puissance de sa famille. Pour mettre toutes les chances de son côté, il décide d’effectuer un long périple à travers les provinces Aquitaine et Narbonnaise pour y nouer des alliances. Il emmène son fils de 12 ans, Marcus, à la fois par ambition pour influencer la puissante famille de sa femme et par sincère désir de l’instruire et de le préparer à un brillant parcours.

 Nous suivons donc Marcus dans un périple des plus mouvementés qui le mènera de Mediolanum en Burdigala, de Tolosa en Narbo, de Nemausus en Arelate et jusqu’à la fameuse colline du Dieu Lug devenu la capitale des gaules, Lyon aujourd’hui.  Vulnérable, Marcus se retrouvera bientôt  plus dangereusement impliqué dans la campagne de son père qu’aucun des deux ne pouvait le soupçonner.

 Ce livre est à la fois une formidable description de la Gaule romaine érudite et vivante et un excellent roman plein de vivacité. J’ai été complètement captivée par l’évolution du jeune Marcus. Au fil des rencontres et des expériences, l’enfant insouciant se découvre de nouvelles ressources, les exploite, acquiert une certaine  maturité et en filigrane se dessine l’ambitieux citoyen romain en devenir. Une trouvaille !

 Le voyage de Marcus – Christian Goudineau – Actes sud – 2000

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Cave Canem

Petit retour vers les grands détectives historiques qui font encore et toujours mon ravissement. Nous sommes au 1er siècle après JC (exactement en 797 ab Urbe condita), Rome est le centre du monde, l’empire à apogée de sa puissance. Nous sommes en plein dans ce qu’on appelle à l’école la Pax Romana. Ce qui signifie que les guerres externes sont repoussée vers des frontières toujours plus lointaines et que les luttes internes pour le pouvoir sont plus sanglantes que jamais. Claude est empereur parce que, dit-on, il était si insignifiant que sa famille a oublié de l’assassiner, enfin pour le moment.

Le sénateur Publius Aurelius Statius a eu la chance de naître au sein d’une famille patricienne immensément riche et de devenir orphelin assez jeune pour vivre comme bon lui semble. Sans obligation ni attache, son ambition est de profiter de la vie dans ce qu’elle offre de plus raffiné, les livres, l’esprit, les femmes, la nourriture, le confort : bref c’est un épicurien convaincu ! C’est aussi un grand curieux amateur de ragots croustillants qui ne sait guère résister lorsqu’on fait appel à son intelligence pour résoudre une énigme…

Invité à séjourner dans la villa d’un ami, Publius apprend en arrivant que l’un des fils de la maison vient d’être retrouvé noyé dans un vivier : accident ou autre chose… Dans une atmosphère qui s’épaissit de jour en jour, alors que les meurtres se multiplient,  Publius va petit à petit découvrir la face cachée d’une famille qui paie en monnaie sanglante les dettes de son passé.

Sur un mode léger, Danila Comastri Montanari fait revivre pour nous la société romaine de l’empire. Ses personnages sont ciselés au millimètre jusqu’à nous rendre leur mobile naturel (et pourtant…), son détective est intéressant, les personnages secondaires ont de la profondeur, l’intrigue est convaincante : un très bon polar et une excellente série.

Aujourd’hui le sénateur Statius compte une douzaine d’aventures, dont cinq sont pour l’instant publiées en français.

Cave canem – Danila Comastri Montanari – Grands détectives 10/18 – 2001 (traduit de l’italien par Nathalie Bauer)

 

 

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Décembre

Le hibou parmi les décombres
Hurle, et Décembre va finir ;
Et le douloureux souvenir
Sur ton coeur jette encor ses ombres.

Le vol de ces jours que tu nombres,
L’aurais-tu voulu retenir ?
Combien seront, dans l’avenir,
Brillants et purs ; et combien, sombres ?

Laisse donc les ans s’épuiser.
Que de larmes pour un baiser,
Que d’épines pour une rose !

Le temps qui s’écoule fait bien ;
Et mourir ne doit être rien,
Puisque vivre est si peu de chose.

François Coppée – Les mois – 1876

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Un drôle d’ange gardien

 Un petit diable s’est égaré dans les égouts. Au détour d’une ruelle, il tombe sur trois affreux qui l’agacent un brin et les met en fuite. Sans le vouloir, il vient de sauver deux orphelins. Lui apparaît alors, une bien étrange personne : l’ange gardienne des enfants. Pour le remercier d’avoir sauvé ses protégés, elle l’embrasse sur la joue avant de disparaître. Voilà un petit diable bien perturbé ! Il vient de tomber bêtement amoureux. Pour la revoir, il décide de s’improviser démon protecteur des deux enfants. Seulement, ange gardien c’est un métier et notre petit diable quelques soucis d’adaptation…

L’histoire est mignonne, le graphisme original, une jolie bande dessinée colorée et poétique pour les p’tits loups à partir de 7 ans.

Un drôle d’ange gardien – Sandrine Revel et Denis-Pierre Filippi – Delcourt Jeunesse 1999

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L’indispensable petite robe noire

Les romans policiers anglais, c’est ce que je préfère… Enfin souvent ! Celui-là est assez différent des polars des grandes dames du crime : tea time et petits fours délicatement relevés d’une pointe d’arsenic. L’héroïne, sculptrice sur métal plutôt branchée au sens le plus londonien du terme, serait plutôt du type baroudeuse adepte de la rasade de vodka en cas d’urgence.

Sam, la dite artiste, vient de trouver preneur pour une de ses oeuvres : un immense mobile qui va transformer tel un météore improbable le hall d’une grande banque d’affaire londonienne. Outre une certaine notoriété, cette commande lui vaut un très joli paquet d’argent et une invitation à se frotter aux nantis et piller allègrement leur buffet. Sans parler d’étrenner une petite robe trop glamour dénichée dans une friperie… Evidemment quand on retrouve en pleine réception le mobile écrasé au milieu du hall avec un jeune et brillant agent de change mort dessous, la rage la prend, c’est humain ! Pas question d’en rester là, elle trouvera l’abominable qui a osé faire ça à une de ses oeuvres manquant la faire passer pour un danger public irresponsable à la limite de l’homicide par imprudence.

J’ai vraiment craqué pour ce roman, la rencontre entre le milieu artistique crasseux de Camden et celui des "youpies" friqués de la City est des plus savoureuse. L’héroïne avec  son indépendance à tout crin, son non conformisme primaire et son look aussi flashy que tapageur est à la fois atypique et attachante. L’histoire est bien construite et monte habilement en puissance… un joyeux polar intense et drôle à consommer sans modération.

L’indispensable peite robe noire – Lauren Henderson – Le seuil points policier – 2002

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king kong théorie

 Tout a commencé par une émission de radio. En voiture tranquille, j’écoute d’une oreille distraite un journaliste présenter Virginie Despentes. Le nom me dit quelquechose mais sans plus… Au début son langage me bloque, pas tant le vocabulaire que l’ensemble, le phrasé, le ton, le débit, cela n’accroche pas vraiment. Et puis un des chroniqueurs intervient. Son aggressivité attire mon attention ! En gros je résume : "je ne suis pas choqué par le trash et la grossiereté mais le fond c’est n’importe quoi, connaissez-vous vraiment des hommes ?" Dans le genre macho paternaliste, poser cette question a une femme qui vient parler de son expérience du viol et de la prostitution, chapeau ! Du coup j’écoute plus attentivement et peu à peu je suis séduite par un autre regard, une autre façon de  considérer les choses, un autre point de vue… Deux jours après, en passant devant le livre, je craque et je l’avale dans la foulée : 156 pages ça passe tout seul !

A travers le récit et la mise en perspective de ses propres expériences, punkette violée à 17 ans, prostituée interimaire, auteure à scandale, mais aussi par des références à des oeuvres féministes plutôt méconnues en France (en tout cas de moi),  Virginie Despentes décode un certain regard porté sur les femmes (et donc sur les hommes), celui de ce qu’elle appelle "le collectif", du consensus "qui va sans dire", des non-dit, des choses que tout le monde sait et dont personne ne parle ! Elle dérange, elle agace, elle laisse perplexe,  elle fait râler, elle vous cloue sur place parfois dans une fulgurance qui frappe juste à l’endroit où ça fait mal… Dans l’ensemble une lecture plutôt jubilatoire qui m’a bien plû : je préfère à tous les coups être dérangée que consternée.

Elle dit s’adresser à tous les moches, les mal-baisées, les femmes qui ne veulent pas être protégées, les hommes qui ne veulent pas être protecteurs, bref les cas "non conformes" aux modèles des deux sexes… En ce qui me concerne, je le recommande en particulier aux femmes qui tentent chaque jour (sans succès possible) de correspondre à l’idéal de la femme parfaite du XXIe siècle : bonne mère, salariée compétente, femme d’intérieur (chargée de l’entretien !), toujours glamour et pomponnée, d’humeur invariablement bonne ah et j’oubliais qui fait de la gym pour s’entretenir… et de conclure comme le livre : "Sur ce, salut les filles et meilleure route…" 

Genre : pamphlet féministe et politique !

 King kong Théorie – Virginie Despentes – Grasset – 2006

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Sagesse et malice de Nasreddine, le fou qui était sage

Un petit opus précieux, le premier de la série Sagesses et malices que nous ayons acheté. Je dis nous, car c’est une affaire de famille ! Non seulement j’ai du le lire je ne sais combien de fois à haute voix, mais les filles s’en lisaient des passages d’un lit à l’autre, sans parler des lectures au p’tit frère. Ce ne sont pourtant pas spécialement des contes pour enfants, mais ils ont un charme fou. Depuis notre collection s’est agrandie (sagesses et malice de la tradition juive, des anciens grecs, de Madi l’idiot voyageur, de Birbal le radjah et j’en passe). Mais on garde une place à part pour Nasreddine, le fou, l’idiot, le sage…

Difficile de parler de ces morceaux de tradition orale, aphorisme, conte, morale, blague pure et simple parfois. Chaque histoires cache une perle de sagesse, un coin du bon sens, une vérité toute crue. Jihad Darwiche, dans un style épuré, a su retrouver le ton du conteur oriental et leur rendre couleurs et saveurs. Nasreddine Hodja est  parait-il connu partout autour de la méditéranée, le genre de personnage qu’on te cite quand tu files un mauvais coton ou que les jours sont difficiles, mais aussi simplement pour le plaisir. Quelqu’un qui mérite vraiment le détour…

Pour le plaisir justement, voici un extrait qui a déclenché un beau fou rire à l’heure de de la lecture du soir (ainsi que les premières tentatives des p’tits loups pour raconter des blagues en "société").

Nasreddine invita un jour son voisin à dïner. Il avait préparé des langues d’agneau avec du persil et du citron. Le voisin s’offusqua en voyant le plat.

– Ah non ! dit-il. Je ne mange jamais ce qui sort de la bouche des animaux, je trouve ça vraiment dégoutant.

 – Qu’à cela ne tienne, répondit Nasreddine, je vais te préparer une omelette.

 

Sagesses et malices de Nasreddine le fou qui était sage – Jihad Darwiche illustré par David B. – Albin Michel – 2000

 

 

 

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Des gens comme les autres

Illyria est un domaine enchanteur qui offre à une poignée d’artistes triés sur le volet une retraite idyllique. Pendant quelques semaines écrivains, compositeurs, peintres et sculpteurs sont les invités studieux de la luxueuse résidence et peuvent se consacrer entièrement à leur art, loin des contingences stérilisantes de la vie quotidienne. Évidemment le séjour comporte quelques règles, quelques contraintes mais n’est-ce pas normal. Ainsi pense Janet "Belle" Smith. La publication de son premier livre, un recueil de nouvelles, lui a valu la prestigieuse invitation et elle est bien décidé à en tirer tout le parti possible. Au fil des jours la fréquentation des autres pensionnaires va l’amener à voir les choses, les gens et elle-même différemment.

Comme toujours avec Allison Lurie, le lecteur est mené par le bout du nez, tout en douceur à travers les faux semblants, les images, les mensonges habituels de chacun. Lire ses livres me fait penser au déballage d’un paquet cadeau, on soulève une à une les couche de papier de soie, pour trouver…quoi ? Ici ce sont les "Artistes" (noter la majuscules) leurs contradictions, leurs mensonges, à moins que ce ne soit le regard des autres, celui de Janet, le nôtre, qui fausse tout… Et c’est bien de cela qu’il s’agit : comment le regard des autres peut-il fausser toutes nos perceptions, y compris sur nous-même, nos proches, nos envies.

Ce n’est sans doute pas le meilleur roman d’Allison Lurie. En 1969 elle élaborait encore son univers et n’avait pas la maîtrise qui fait la force de "Liaisons étrangères" ou de "La vérité sur Lorin Jones", mais c’est un de mes préférés. A cause de son sujet sans doute, le rapport entre l’artiste et l’inspiration puis la création. Cette "retraite" studieuse aussi qui fait tant fantasmer : si j’avais le temps, si je n’avais pas à m’occuper des enfants, si…, si… Je l’écrirai ce roman, je me mettrais à la peinture ! si…

Une lecture fraîche et délicieuse et une bonne invitation à méditer…

Des gens comme les autres – Allison Lurie – Rivages – 1969

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Après une journée de vent

Après une journée de vent,
dans une paix infinie,
le soir se réconcilie
comme un docile amant.

Tout devient calme, clarté…
Mais à l’horizon s’étage,
éclairé et doré,
un beau bas-relief de nuages.

Rainer Maria Rilke – quatrains valaisans

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Joyeuses pâtes

Les livres sont un reflexe chez moi. Quelle que soit la question pausée, mon premier mouvement est d’aller chercher, acheter ou emprunter un livre sur le sujet. Que ce soit le jardinage, le bricolage ou la gym, il se trouve toujours un bouquin quelquonque pour me dispenser de bons ou de mauvais conseils.

Par voie de conséquence, j’ai prévu une étagère dans la cuisine pour les livres d’idem. Hier soir, n’ayant rien prévu de particulier pour le dîner, j’ai pioché dans la catégorie "plaît à tout le monde et rapide à préparer" : un livre sur les pâtes. Et ausitôt le repas terminé, j’ai décidé que ce petit bouquin de poche méritait une critique.

A quoi bon un livre sur les pâtes ? tout le monde sait faire ça, ce n’est pas bien sorcier. Certes, mais justement pour renouveller un peu le plaisir, quelques nouveautés sont parfois les bienvenues. Je plonge donc assez souvent le nez dans ce petit poche sans prétention. Imaginez un peu : 144 recettes de pâtes classées par saison. Plus une table illustrée qui m’a bien fait rire (Vous savez ce que c’est vous des zites, des sedani ou des bombolotti ?)  et bien sûr la recette des pâtes fraîches (bien pour les lasagnes). Honnêtement je ne les ai pas toutes essayées, j’ai encore de beaux jours de pâtes devant moi mais toutes les recettes tentées étaient délicieuses alors… Le style de Macha Méril est agréable, elle ponctue ses recettes de quelques anecdotes tout en restant claire et concise dans ses explications. Un bon investissement…

Pour le plaisir la recette préférée des enfants : les spaghettis aux champignons secs (je précise à toutes fins utiles que sauf dans cette recette, les miens n’aiment ni les cèpes, ni les anchois, ni les pignons…)

500g de spaghettis, 10g de champignons secs (cèpes chez moi), 50g de pignons, 2 anchois au sel ou à l’huile. une petite boite de tomates pelées, huile d’olive, sel, ail.

Mettre les champignons à tremper une heure. les égoutter. Rincer les anchois. Mixer ensemble les champignons, les anchois, les pignons et deux gousses d’ail. Dans une petite casserole, faire revenir les tomates concassées dans l’huile d’olive, ajouter la crème de champignon, remuer et laisser mijoter à feu doux une demi-heure environ. Pendant ce temps, faire cuire les spaghettis. Après les avoir égouttés, ajouter un peu de beurre, puis la sauce, bien mélanger dans un plat creux et hop à table !

Miam !!!

Joyeuse pâtes – Macha Méril – Robert laffont – Le livre de poche – 1986

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