The Secret of Chimneys

THE_SECRET_OF_CHIMNEYS_fsAlors qu’il s’ennuie considérablement dans un emploi peu gratifiant au fin fond de l’Afrique, le sémillant Anthony Cade, se voit proposer une occasion de rentrer au pays – en l’espèce l’Angleterre, où il n’a pas mis les pieds depuis quatorze ans. Il lui suffit d’aller livrer en mains propres et contre espèces sonnantes et trébuchantes un simple volume de mémoire. Simple, voire ! Car rapidement les choses se corsent et Anthony se retrouve au coeur d’un enchevêtrement d’intrigues politico-crapuleuses bien propres à satisfaire ses tendances aventureuses, sans parler d’une rencontre des plus délicieuses…

J’aime quand dame Agatha se mêle d’écrire des romans d’aventure… Sans doute ne sont-ils pas réputés être ses meilleurs romans mais qu’à cela ne tienne, je les aime et particulièrement The secret of Chimneys qui a toujours flatté mon goût de l’intrigue tortueuse, de la tradition anglaise et du romanesque échevelée. Car il y a un peu de tout ici, aventuriers mystérieux, voleurs de bijoux interlopes, altesses incognito, secrets d’état, complots, romance, que sais-je encore, servis dans la langue drôle et pétillante de dame Agatha et sertis dans l’écrin d’une vieille demeure historique de la campagne anglaise avec parc immense, thé à cinq heure, bibliothèque lambrissée, majordome impassible, passages secrets et tutti quanti… Une petite merveille donc, fort agréable à lire et qui fait revivre pour nous – au travers d’une intrigue aussi délicieuse qu’invraisemblable – l’Angleterre de l’entre deux guerre.

En dehors de la qualité intrinsèque de ce joli roman, il se trouve qu’entre autre travers, j’ai la mauvaise habitude de relire et relire encore. Lorsque j’ai ouvert ma toute neuve édition anglaise de “Chimneys”, j’avais donc en tête sa version française (enfin une de ses versions, la plus ancienne datant de 1933 sauf erreur) ce qui m’a valu quelques – bonnes – surprises et à la traductrice de l’époque, quelques invectives (je crois avoir écrit que le diable la patafiole, mais j’ai des excuses, l’ambiance christienne est toujours un peu désuète). Je sais bien sûr – parce que cela se sait – que Dame Agatha n’a guère été gâtée par ses traducteurs français à une époque où la fidélité des traductions – et plus encore celles des “romans de gare” – était souvent douteuse. Mais le savoir en général et le tester en réalité sont deux choses bien différentes et là ce fut un festival. Outre le fait que mon édition anglaise compte soixante et une pages de plus que la française (oui 61 vous avez bien lu), ce qui s’explique aisément au vu des multiples coupures, citons trois pleine pages de conversations résumées par un lapidaire : après une course effrénée (chapitre 24, vous pourrez vérifier), les dialogues ont subi certains changements bien étranges. Pourquoi diable traduire “Pretty powerful engine she’s got in that car of hers.” par “Elle en fait du bruit sa voiture!” ? Pas que ce soit grave en soit, ni que cela m’ait empêchée d’aimer ce livre depuis toujours mais cela me semble tout de même bien curieux. Royal !

The secret of Chimneys – Agatha Christie – 1925

J’avais parlé de son adaptation en BD ici même il y a quelques années…

PS : Le secret de Chimneys marque également – un peu plus je l’oubliais – la première apparition du très solide et très impassible superintendant Battle que nous retrouverons avec grand plaisir dans Carte sur table et l’Heure zéro… entre autres.

PPS : Je ne résiste pas à vous livrer ce petit extrait comparé d’un dialogue entre Virginia Revel et Bille Eversleigh à la fin du chapitre 4

“Bill darling (…) I love you to enjoy yourself but don’t pretend to be dying of a broken heart, that’s all.”
Mr Eversleigh recovered his dignity
“You don’t understand at all”, Virginia, he said severely, “Men -“
“Are polygamous! I know they are. Sometimes I have a shrewd suspicion that I am polyandrous. If you really love me, take me out to lunch quickly.”

traduit curieusement par

“Mon petit Bill, je suis ravie que vous vous amusiez. Mais ne me dites pas que vous vous mourez d’amour !”
Mr Eversleigh retrouva sa dignité perdue.
“Vous ne comprenez pas, Virginie, dit-il sévèrement, que c’est votre faute ! Vous me poussez à cela par votre dédain, quitte à me critiquer ensuite. Je voudrais voir le type qui vous plaira !”
Moi aussi, dit Virginie, je voudrais le voir ! Et maintenant Bill, si vous m’aimez vraiment, emmenez-moi vite déjeuner ! Je meurs de faim !”

Je me demande ce que nous apprend ce changement – de détail certes mais néanmoins – sur la vision des femmes en France dans l’entre-deux guerre et sur le vocabulaire acceptable dans un roman “populaire”…

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