Alors vint Conan

Dans mes archives, je suis tombée par hasard sur cet article, le premier sans doute que j’ai écrit sur des livres… Il a été publié il y a 7 ou 8 ans dans « le grimoire », fanzine québécois dédié au moyen âge qont je n’ai malheureusement plus de nouvelle aujourd’hui. Cela me fait grand plaisir de le recycler, illustré cette fois, pour mon blog…

« Sache, ô Prince, qu’entre l’engloutissement de l’Atlantide et l’ascension des Fils d’Aryas, il fut un âge de rêve, où des royaumes resplendissants s’étalaient de par le monde. Alors vint Conan, cheveux noirs, œil sombre, épée au poing, voleur, brigand, assassin, avec ses peines immenses et ses joies démesurées, qui piétina de ses sandales les trônes somptueux de la Terre. »
R.E. Howard
 
conan01.jpg Conan le Cimmérien est aujourd’hui plus un archétype qu’un personnage de roman. Il est le héros de deux films, de plusieurs magasines de bandes dessinées et de nombreux romans de plusieurs auteurs et de niveau divers. A cela s’ajoutent les « produits dérivés » ou plus charitablement les héros qu’il a largement inspirés. Fans, inconditionnels, détracteurs, moqueurs, indifférents, tous connaissent son nom et son allure. Conan n’existe pas de toute éternité, il est né en 1932, au Texas, sous la plume bouillonnante et prolifique de Robert E. Howard !
 
Robert Ervin Howard, né en 1906, a passé toute sa vie dans une petite ville du Texas. Pour lui l’écriture était autant un métier qu’une passion. Pendant près de 15 ans, il a publié une œuvre considérable dans des magasines : des romans, des nouvelles, des poèmes relevants de tous les genres : aventures, sport, westerns, policiers, historiques et… fantastiques, surtout fantastiques. Inspiré par Clark Ashton Smith et par Lovecraft, entre la magie des civilisations disparues et l’horreur surnaturelle, Howard, 15 ans avant Tolkien, accoucha d’une synthèse très personnelle du récit d’aventures fantastiques : L’Heroic Fantasy ou épopée fantastique, héritière des chansons de gestes médiévales et des sagas celtes et scandinaves.
 
D’autres auteurs avant lui ont été les précurseurs du genre, Lord Dunsany, William Morris, Lovecraft lui-même. Avec Howard cependant le souffle de l’épopée passe sur le fantastique et le marque à jamais. Mieux, Howard crée cette chose étonnante et rare, un personnage de légende qui éclipse son auteur et lui survit. Edgar Rice Burroughs avec Tarzan, Arthur Conan Doyle avec Sherlock Holmes connurent aussi cette étrange infortune. Ce dernier tenta d’ailleurs d’assassiner son héros, sans succès.
 
conan-weird-tales.jpg Du vivant de Howard, dix-huit aventures de Conan furent publiées dans Weird Tales, un des premiers magasines consacrés au fantastique. Dans les années cinquantes, L. Sprague de Camps retrouva huit récits inédits, certains inachevés. Il les rassembla, les compléta avec l’aide de Lin Carter et les publia. Plus tard les deux auteurs complétèrent la saga de Conan, créant une chronologie, inventant des histoires de toutes pièces, cherchant à conserver quelque chose du style de Howard. Leurs romans se laissent lire. Mais les récits de Howard sont à part. La prose de ce conteur né est brûlante, ses histoires rouges et noires, pleines de sang et de fureur se lisent d’une traite et se terminent hors d’haleine. Sous sa plume, le fantastique devient réellement épopée !
 
L’âge Hyborien, où vécu Conan, se situe il y a environ 12000 ans, 8000 ans après l’engloutissement de l’Atlantide, 7000 ans avant le début de notre ère. A cette époque la magie était puissante, les créatures surnaturelles dangereuses. De nombreux royaumes se partageaient la terre : Aquilonie et Zingara à l’ouest, Asgard et Vanaheim au nord, Shem à l’orient, Stygie au sud ! La Cimmérie enfin et son héros fils de forgeron, au nom celte. Conan quitte tout jeune sa contrée natale et se fait tour à tour, voleur, mercenaire, pirate, chef de tribus puis soldat, officier, général et renversant le souverain d’Aquilonie, roi à la place du roi. Et ce n’est pas fini… Ces royaumes fabuleux et reconnaissables sont très sensiblement inspirés par l’antiquité et le Moyen Age européen. Un Moyen Age fabuleux et imaginaire, marqué par le romantisme gothique du XIX siècle, ce qui reste une constante dans l’univers de l’épopée fantastique.
conan06.jpg La vie de Conan, transmise de trouvères en troubadours et de conteurs en ménestrels, aurait fait bonne figure entre le roman de Tristan et la chanson de Roland. Sans doute eut-elle été modifiée, embellie de bouche en bouche, de château en château. Et de fait, c’est bien ce qui lui est arrivé de romans en bandes dessinées, de dessins animés en films. Il est le Héros au sens très traditionnel du terme. Il appartient à la grande fratrie des guerriers solitaires qui comprends Hercule et Mad Max, en passant par Beowulf le scandinave, Siegfried le germanique, Arthur, Lancelot et tant d’autres. Il est le puissant chevalier, invincible au combat, insensible à la peur, pourvoyeur d’exploits en tout genre, surmontant pièges magiques et enchantements perfides. Par son attitude devant les phénomènes surnaturels, il est très proche des héros de chansons de gestes. Conan se méfie de l’incompréhensible et traite la magie comme un adversaire tangible, par l’épée.
 
conan41.jpg Il se distingue cependant par son individualisme. Peu porté vers les quêtes spirituelles dont raffolait le Moyen Age, il ne semble pas non plus motivé par le désir de gloire et de renommée des héros antiques. Il se bat pour son propre compte et à son seul profit. Ce barbare frustre s’impose par la violence, bouleverse les ordres établis, renverse et conquiert. Ce côté sombre séduit aujourd’hui où il est plus facile de s’identifier au barbare qu’au paladin ! En ce sens, Conan, personnage symbolique de l’épopée fantastique, fait le lien entre l’imaginaire médiéval et une sensibilité plus actuelle.
 
Il reste aujourd’hui une source d’inspiration et de profit infini pour les pasticheurs, imitateurs et amateurs en tout genre. Bien des grands héros musclés ont parcouru l’épée à la main des régions magiques et dangereuses, parfois dignes héritiers souvent pâles imitations bodybuildées du grand ancien ! Howard, enfant plutôt malingre, avait souffert des moqueries de ses camarades. Par le sport et la discipline, il s’était forgé un physique de colosse ! Ainsi s’explique sans doute son goût pour les héros puissants aux muscles d’acier. Le culte du corps est une vieille valeur américaine mais le bodybuilding en était encore à ses débuts. Vers la fin de sa vie, il se flattait de gagner plus d’argent que son banquier en écrivant dans des magasines réputés sans valeur. Peut être était ce là, son tribu à une autre valeur américaine, l’argent. Qui sait ? Le rêve américain et les mondes imaginaires n’étaient pas tout, à 30 ans Howard se suicida. Pour Conan l’aventure ne faisait que commencer.
 
Des périls sans pareils, des exploits démentiels 
Qui en lettres de sang maculèrent les ciels,
Vous conterons enfants au regard angéliqueconan7.jpg
Et croirez chaque mot parole évangélique
Oyez, oyez enfants, l’épopée fantastiques
Des chevaliers défunts dans la nuit galactique,
Et dont pourtant la mort que l’on dit souveraine
N’a pu par ses soins anéantir le règne.
L A Lafferty  
La saga de conan est ici
 
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20 réponses à Alors vint Conan

  1. Pascal dit :

    Superbe commentaire sur un des héros préférés de mon enfance. Je ne lisais pas les romans ( que je ne connaissais pas à l’époque) mais les B.D. éditées par Marvel et dessinées par John Buscema. Merci pour ce commentaire qui a un goût de Madeleine de Proust pour moi ( bien que Proust et Howard aient peu de points communs).

    • yueyin dit :

      John Buscema est l’un des plus grand sinon le plus grand illustrateur de Conan, certaines de ses couvertures font partie de la légende… j’aimais beaucoup ces bd moi aussi… 

      Pour Proust, je ne peux pas dire, je ne l’ai pas encore lu 😉

  2. choupynette dit :

    Moi aussi j’avais adoré le premier conan (est-ce bien avouable!?) mais je ne savais pas du tout qu’il s’agissait d’un personnage littéraire….! quelle culture Yue!!! :o))

    • yueyin dit :

      Culture barbare choupy, Howard est un écrivain qui vaut le détour et pas que pour les histoires de Conan. Il a vraiment posé les fondations de l’heroic fantasy, genre qui, s’il est considéré comme mineur, a tout de même beaucoup d’adeptes (et encore plus depuis les films de peter jackson :-))…

      Et pourquoi cela ne serait pas avouable, du moment que nous avons aimé… j’ajoute que mon p’tit lou garçon est tombé amoureux du film a quoi 5 ou 6 ans rien de bizarre sauf que je ne l’avais qu’en anglais comme quoi les images et la musique suffisent 😉

  3. Nono dit :

    Le Grimoire n’existe plus, malheureusement, mais tu as bien fait de recycler cet article que j’ai relu avec plaisir et en me disant pour la énième fois qu’il faudrait bien que je lise Howard…

    • yueyin dit :

      C’est bien dommage pour le Grimoire, j’espérai toujours qu’il renaitrait un jour… en tout cas ce fut une belle aventure !

      En ce qui concerne Howard, je les ai moi mon petit frère, vient donc passer tes vacances par ici 🙂

  4. Gambadou dit :

    Je ne connaissais pas ce Conan là. Pour moi c’était juste une boule de muscle.Très intéressant ton article

  5. tina dit :

    j’aime bien le dernier où il devient un vieux roi fatigué (C’est le dernier ?) Est-ce que tu sais si la série à été republiée quelque part. Mes monstres affreux personnels ont itou beaucoup accroché au film et je me dis que ça les changerait un peu d’éragon, shadowrun, le seigneur des anneaux, la dragonologie … Comment ça, les lectures de mes enfants sont orientées et influencées par leur mère ?

    • yueyin dit :

      C’est celui où il prend le bateau trop lassé pour continuer à être roi et par se perdre au large et on apprend qu’il a été recueilli par une peuplade qui lui a donné le nom de serpent à plumes…
      Je ne sais pas trop s’ils ont été réedité, faudra faire des recherches… (ou venir en vacances à toulouse, je les ai tous :-))
      Quand aux mions, j’ai bien peur que nous ayons effectivement une drole d’influence sur leurs lectures (et leur gout déplorable en matière de film :-))

  6. Loba dit :

    Conan est le premier grand héros de l’Héroic fantasy, et si même maintenant cela peut paraître pour certains mauvais ou ayant très mal vieilli!! Il faut remercier M Howard qui a de ce fait intéressé beaucoup de jeunes auteurs et person la fantasy ne serait pas ce qu’elle est sans des auteurs comme cela.

    Après Howard, il ne faut pas oublier que Conan a été repris par un autre grand nom de l’Héroic Sprague de Camp.

  7. The Bursar dit :

    Non, mais vous êtes vache avec le premier film, vu les productions holywoodiennes actuelles, il est d’une grande qualité(je ne le trouve même pas kitsch… mais bon, j’ai aussi un faible poour les Ewoks et Val Kilmer déguisé en femme donc mon jugement n’est  peut-être pas top). J’avais vraiment été frappée par le fait que Schwarzy ne jouait pas en fait un gros barbare demeuré, parce que même s’il n’est pas civilisé, ça ne l’empêche pas d’être pragmatique et rusé, c’est un aspect du personnage que Pratchett a très bien saisi en créant Cohen le barbare.

    C’est vrai qu’on sent les différences de style entre Howard et Sprague de Camp, car je n’ai lu que les deux premières nouvelles de Conan, mais on sent la différence entre la tour de l’éléphant et la chose dans la crypte.

    • yueyin dit :

      Tu rigoles, j’adore le premier film,son esthétique et sa musique sublime et swarzy a campé un magnifique conan… Rien que pour ça et pour Sarah conor il lui sera beaucoup pardonné 😉

  8. Thom dit :

    Wow…tu as réussi à m’intéresser à Conan du début à la fin. C’était pas gagné !

  9. fashion victim dit :

    Ah Conan! Tout en muscles!  J’ai la série chez moi mais j’ai abandonné avant la fin, j’avoue… (et le film avec Schwarzy est bien kitsch…)

    • yueyin dit :

      Et oui encore un héro musclé 😀 ! Dans la série des Conan, il y a un peu de tout, ce sont ceux écrit par Howard qu’il faut lire (à mon avis du moins)  :-) !

      Quant au premier film, honnêtement j’adore… et cette musique !!!! Bon le deuxième dans le genre archikitsch c’est autre chose !

  10. Guillaume44 dit :

    Très intéressante ta chronique, merci à toi,

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