La saga d’Eiríkr le rouge

Avec beaucoup de retard, dû à des circonstances indépendantes de ma volonté mais fort liées à de vils virus mal embouchés, j’entame donc les prolongations de la semaine nordique organisée par Cryssilda et Emma. C’est que j’ai lu les bouquins et j’ai bien envie d’en parler… et comme il faut savoir faire d’une pierre plusieurs coups, je vais en profiter pour réanimer ma rentrée 1220 et des poussières qui s’ennuie dans son coin. Je suppose qu’on pourrait même présumer que l’auteur ou des auteurs anonymes de mes sagas sont bel et bien morts et que ce billet fait partie du challenge nécrophile. Ah si seulement ils étaient morts dans un beau naufrage au large du Vinland ou dans une éruption volcanique, quelle belle entrée pour le-dit challenge – mais on ne sait pas, tant pis.

Bref tout cela pour dire que grâce à la générosité de la très-estimée-et-très-nordique Isil, j’ai pu lire la saga d’Eirikr le rouge, suivi de celle dite des Groenlandais qui racontent toutes deux l’exploration et l’installation au Groenland d’Eirikr, après son bannissement d’Islande (pour meurtre), suivi de la découverte et de l’exploration des côtes du Vinland (potentiellement Terre neuve et les côte du Nouveau Brunswick et de la Nouvelle Angleterre quelque cinq siècles avant Christophe Colomb) par Leif Ericsson et Thorfinnr Karlsefni. Les sagas islandaises sont, d’après régis Boyer (et si j’ai bien compris), un genre essentiellement écrit (bien que le mot saga dérive du verbe raconter) censé rapporter la vie d’un personnage important du début à la fin, sans oublier la description de sa lignée (énumération est un terme tentant). Pourtant ici, ce n’est pas Eirikr qui est le personnage principal, simplement ces deux saga tournent autour de sa famille (fils, fille, protégés) et de sa fameuse installation au Groenland qui devait entrainer la première installation européenne en Amérique du nord. Où exactement ? On ne le sais pas, mais quelque part où il y avait des vignes sauvages, non pas à cause du mot Vinland mais parce qu’il est beaucoup question de ceps et de raisin dans ces pages.

Ce qu’il y a de bien avec les sagas, c’est qu’elles ne s’embarassent pas d’atermoiements, ici il est question de faits, de faits et encore de faits, les descriptions sont courtes, les personnages arment des vaisseaux, explorent, s’installent, négocient quand cela se présente, se battent quand cela leur chante et voilà… c’est rapide, ferme, viril et tout à fait étonnant quand on songe aux chemins parcourus, aux paysages vus et à la période de l’histoire où tout cela prend place, dans le courant du IXe siècle et les premières années du Xe, soit pour situer pendant le règne de Charlemagne. Certes il faut apprécier, ou du moins passer, les longues descriptions généalogiques mais personnellement je les trouve plutôt plaisantes si on n’essaie pas de retenir les noms ni de déméler de trop près tous les liens de parenté et que l’on se contente d’appécier à sa juste valeur le sens du surnom de nos grands ancêtres du nord. Thordr était le fils de Bjorn beurre-en-boite, fils de Hroaldr le triste, fils d’Aslakr, fils de Bjorn Flanc-de-fer, fils de Ragnarr aux braies velues. Et ainsi de suite… J’en ai pleuré à chaudes larmes en le lisant. En un mot comme en cent, mes premières sagas furent un beau plaisir de lecture, court, à peine cent pages en tout, mais plein d’intérêt. Médiévalo-nordique !

 

Saga d’Eirikr le rouge, suivi de la daga des Groenlandais – Anonyme – XIIIe siècle – traduit de l’islandais par Régis Boyer – Folio (ou la pléiade)

l’avis de dame Isil-Fae

PS : Là où Régis m’a un peu déçue (et pourtant je l’admire follement depuis que j’ai lu les Vikings) c’est quand il a supposé en note de bas de page que les Skraelingar, rencontrés au Vinland, pouvaient être des « esquimaux », et pourquoi pas des cônes glacés ? Je sais je pinaille, mais bon cela ne fait pas sérieux sérieux du coup.

(prolongation !)

 


 

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16 réponses à La saga d’Eiríkr le rouge

  1. Isil dit :

    Oh ben si tu dis tout mieux que moi… bon, malgré le côté rigolo (déjà, être condamné à l’exil pour le meurtre d’un « la Fiente », c’est ballot), même si je me contentais de lire sans comprendre, l’avalanche (ou le geyser?) de noms m’a quand même un peu perturbé au début 😀

  2. Karine:) dit :

    Juste tes comentaires pendant ta lecture, ça valait son pesant de cacahuètes.  Et bon, des esquimaux en Nouvelle-Angleterre, pourquoi pas 😉  Ca a le mérite d’être original.  ;)))

    • yueyin dit :

      Ce n’est pas la localisation qui me gêne c’est le mot, ça me fait le même effet que drakkar sur régis grrrr !!! Ce peut être des innus, des inuits, d’autre encore mais esquimaux !!!!

  3. Stéphanie dit :

    je pourrais me laisser tenter vu la taille du livre

    c’est moins impressionnant 🙂

  4. Lystig dit :

    d’autant que Groenland signifie « pays vert »…

  5. Le Papou dit :

    D’autant que les Esquimaux ça n’existent qu’en cônes glacés, ça pouvait être des innus dont le nom est proche des inuit, les fameux Esq-machins ou toutes autres tribus dans leurs périnigrations du nord vers le sud.

  6. Joelle dit :

    Les surnoms sont vraiment savoureux … Ragnarr aux braies velues ? il a un chat angora qui perd ses poils ou quoi ? mdr !!! Je note car j’ai beaucoup entendu parler de ces fameuses sagas mais n’en ai jamais lu (et le pire, c’est que j’ai un livre en anglais là-dessus dans ma PAL !)

  7. Tu as dû apprendre plein de choses.

  8. mazel dit :

    très tentant ce livre ! 

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