Belgravia

Bruxelles 1815, Napoléon avance, l’armée anglaise le guette et la duchesse de Richmond donne un grand bal où toute la bonne société anglaise – traduisez les officiers et leur famille – a rendez-vous. Pourquoi et comment la famille Trenchard a-t-elle été invitée ? Voilà qui interroge de nombreux invités. Certes le dénommé Trenchard est l’approvisionneur clé de l’armée et de ce fait fort apprécié de Wellington, mais enfin un commerçant et de basse extraction qui plus est ! Quoiqu’il en soit le bal est interrompu par la bataille de Waterloo et la jeunesse doré du royaume durement décimée. Trente ans plus tard, Trenchard a encore grimpé dans l’échelle sociale, contribué à la construction du tout nouveau quartier de Belgravia et sa fortune ne se compte plus. Pour autant il n’est toujours qu’un parvenu, plutôt vulgaire de surcroit et sa femme n’apprécie guère qu’il l’oblige à fréquenter des salons où on lui bât froid, quand bien même à la surprise des dames présentes, on la trouverait en grande conversation avec cette trop fameuse duchesse de Richmond ou quelque autre membre de sa famille… de là à penser qu’un quelconque secret les lie…

J’aime la plume de Julian Fellowes. Amoureux d’une certaine Angleterre, de ses castes et de ses fractures, il ausculte – que dis-je il dissèque – avec une jubilation plus fascinée que nostalgique, les mentalités complexes – et pour nous exotiques – de ses personnages. Je me le représente toujours sous les traits d’Ivor Novello (bon d’accord de Jeremy Northam mais avouez qu’on imagine pas autrement le parfait gentleman)  le pianiste de Gosford park – raillant de l’extérieur mais avec indulgence une société qu’il connait bien. Moins original que Snobs, à mon sens, qui égratignait avec bonheur l’anachronisme contemporain et si décalée de la noblesse anglaise, Belgravia nous plonge agréablement – presque confortablement serais-je tentée de dire – dans un Londres en transformation, les nouveaux quartiers si victoriens poussent de tout côté, et dans une une époque ou l’argent d’une nouvelle race de capitaine d’industrie leur permet de côtoyer les bastions jusque là bien gardés de la gentry voire de l’aristocratie, toutes deux fort désargentées et quelque peu indignées de l’être. Peut-être pourrais-je lui reprocher de trainer un peu en route alors que l’on voit fort bien où il veut en venir et que l’épilogue aurait pu arriver un rien plus tôt à mon goût mais je ne bouderais pas mon british plaisir. Victorien !

Belgravia – Julian Fellowes – 2016 – traduit de l’anglais par Valérie Rosier et Carole Delporte – JCLattès  – 10/18

C’est le mois anglais chez Lou et Cryssilda

PS Au cas où, je précise que Julian Fellowes est le scénariste de Gosford park de Robert Altman donc (à voir absolument) et le producteur scénariste créateur de Downton abbey (idem) – un homme qui connait son affaire 🙂

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8 réponses à Belgravia

  1. lcath dit :

    Lu l’année dernière et pas vraiment séduite par ce roman… j’espérais un côté plus Dowton….

  2. rachel dit :

    et bin cela semble assez excellent quand meme..cela me fait penser un peu a Balzac en tout cas…;)

  3. Encore un qu’il faudrait bien que je me décide à sortir de ma PAL… Tout comme « Snobs » que tu as même préféré (alors qu’il m’attirait moins…).

  4. Une lecture qui a l’air so british.

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