Le paravent de laque

Chronologiquement deuxième aventure du Juge Ti, Le paravent de laque appartient en fait à la seconde série de romans écrits par Van Gulik… celle qu’on pourrait appeler le juge Ti en voyage ! Pour éviter de trop nombreuses redites, l’auteur situait de préférence ses romans à l’arrivée du juge dans un nouveau poste. Désireux par la suite d’ajouter quelques épisodes (qu’on lui réclamait de toutes parts) il intercala entre les intrigues existantes quelques voyages de son héros. Certains personnages attachants eurent ainsi de nouvelles occasions de briller et j’attends avec impatience de retrouver le papillonant juge Lo. Mais pour la présente c’est  à un juge beaucoup plus austère nommé Teng que Ti rend visite quelques semaines après les événements relatés dans trafic d’or sous les Tangs. Un juge Teng confronté à des problèmes personnels et professionnels particulièrement épineux pour lesquels il n’aura de cesse de réclamer l’aide de son estimable collègue. Faire voyager le juge présente de multiples avantage, tout d’abord personne ne le connait, ce qui lui permet de réaliser sa “première” plongée incognito dans le monde de la pègre (il y en aura d’autre, le juge Ti éprouvant un certain plaisir à enquêter sur le terrain sous des déguisements divers). Ensuite, il n’a pas de contraintes officielles d’où un emploi du temps très souple, après-midi en maison de rendez-vous et charmante compagnie, chantage en officine, entrainement au combat rapproché. Le tout bien sûr pour les motifs les plus nobles : aider un de ses pairs, découvrir la vérité, satisfaire son insatiable curiosité, restaurer l’ordre et dans la mesure du possible faire respecter la justice.
L’intrigue bien retorse nous vaut donc une belle peinture des bas fonds et de quelques esprits passablement
tordus. Les personnages secondaires sont toujours curieux et intéressants, prostitués, mendiants, déserteurs, fonctionnaires s’agitent sous nos yeux essayant de tirer le meilleur partie possible du sort qui leur ait échu.  En cela l’auteur comme à son habitude fait preuve d’une singulière fraicheur et d’une grande tolérance, bien que le juge soit impitoyable envers les criminels, il ne semble jamais éprouver de mépris, ni même de condescendance pour les déclassés et le menu peuple sur lesquels il exerce un pouvoir presque absolu.
Mention spéciale pour l’irrésistible scène de déduction “clin d’oeil” ou un malfrat perce quasiment à jour les déguisements du juge et de son assistant offrant au-dit juge en plus d’une magistrale scène de pratique déductive, une superbe saute d’humeur holmesienne.

Je me demande bien ce que Thom en dit lui !

Le paravent de Laque – Robert Van Gulik – 1960? – traduit de l’anglais par Robert Guerbet – 10/18

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Uglies, Pretties, Specials, Extras…

Au commencement de cette excellente série jeunesse – autant annoncer tout de suite la couleur : c’est du coeur – Tally presque 16 ans attend avec impatience de bénéficier de l’Opération. Une série complète d’interventions chirurgicales qui la transformeront de Ugly en Pretty… seulement grain de sable, elle rencontre une jeune ugly qui elle veut  bizarrement échapper à l’Opération et même à la ville, le seul monde que Tally connaisse. Sans trop s’apesantir sur les détails, disons que Tally va découvrir d’abord le prix de la beauté parfaite, puis le prix de l’esprit et enfin celui de la liberté.

Car le grand intérêt de ces romans, au-delà du fil conducteur d’une histoire au demeurant bien menée, est la façon systématique dont Scott Westerfeld met en scène dans un futur classiquement totalitaire les travers les plus dérangeants/fascinants de notre société : le pouvoir de l’image, la dictature de la beauté, le consumérisme à outrance, le culte du jetable, la notoriété factice mais aussi en arrière plan la protection de la nature, la peur de la différence, une techno-surveillance constante qui nous rappelle que big brother non seulement est toujours là mais a pris un fameux coup de jeune. Je comprends que le public “jeunesse” ait accoché.

D’autant que de prime abord le monde des pretties ressemble assez à un paradis pour adolescents. Dans cette société d’abondance la ville fournit à la demande tout ce qu’on peut imaginer et recycle au fur et à mesure. Rien de se garde, rien ne se donne, rien n’a de valeur, tout est fourni ! Aucune inégalité ne peut non plus se fonder sur l’apparence puisque tout le monde est “objectivement” beau. On peut faire ce que l’on veut, s’empiffrer, boire comme des trous, se blesser, se mettre en danger de toutes les façons possible, aucune importance, la chirurgie est là pour régler tous les problèmes, corriger les défauts, rectifier les anomalies.  Mieux dans ce monde hyper structuré, les classe d’âge vivent chacune de leur côté sans ingérence d’aucune sorte. Evidemment c’est aussi un monde clos, au delà de la ville, où tout est controlé en permanence, il n’y a rien. Rien que les ruines des rouillés, ces anciens qui ont détruit leur monde à force de le surexploiter. Et bien sur il y a un hic, entrainée plus ou moins malgré elle dans une rebellion, la jeune Tally va peu à peu découvrir le prix de cet équilibre parfait.

Au fil des tomes, le point de vue de Tally s’élargit, son monde s’agrandit. En sortant de sa Ville, elle rencontre d’autres gens, d’autres façon de vivre, voit d’autres villes qui réagissent chacune à sa manière aux désordres engendrés par la “rebellion” contre l’Opération. Mis en danger, ceux qui sont au coeur du système tentent de renverser la vapeur en multipliant les spécials : des agents dont les modification biologiques font physiquement des surhommes mais modifient  également l’esprit, les rendant aussi imprevisibles que dangereuxCar les pires craintes des tenants du système semble se vérifier, à mesure que les cerveaux se libèrent, certaines villes s’agrandissent, les populations se déplacent, des arbres sont à nouveau abattus, les tranchés creusées, partout on a besoin de metal…  en libérant les hommes, la rebellion a-t-elle mis la terre elle-même en danger ?

Le quatrième tome de la série marque un changement de personnage. Tally qui est maintenant adulte laisse la place à une adolescente encore non modifiée, de ceux qui officiellement ne s’appellent plus uglies ! Partout la société des pretties s’est effondré, dans une ville de ce qui a été autrefois le japon, l’ancien système a été remplacé par une économie de la célébrité… Chacun a ce qu’il lui faut pour vivre mais s’il veut plus il lui faut de la notoriété, calculée automatiquement à partir du nombre de fois où son nom est prononcé chaque jour. Pour égaliser les chance, chacun dispose dès sa naissance d’un site où il peut publier ce qu’il veut. La jeune héroine qui ferait n’importe quoi pour améliorer son classement va peu à peu être confrontée à toutes les dérives d’un système où des cameras volantes enregistrent chacun de vos gestes. Ceux qui se réunissent pour psalmodier un nom pendant toute une nuit, ceux qui pratiquent la provocation à outrance, ceux qui cherchent le scoop du siècle, ceux enfin qui vivent cachés profitant à fond de leur non notoriété… jusqu’à ce qu’une petite erreur d’appréciation lui fasse rencontrer la numéro un absolue dans l”échelle de la célébrité, Tally Youngblood soi même !

Une très belle série qui au travers une intrigue solide servie par des personnages forts, épingle avec brio tous les sujets sensibles du moment. Addictif !

Karine 🙂stephanie,  fashion  d’autres certainement en ont parlé…

Uglies (2005), Pretties (2005), Specials (2006), Extras (2007) – Scott Westerfeld – traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Guillaume Fournier – pocket jeunesse

PS : lectures présentées lors de la quatrième rencontre du club , thème sfff… La cinquième rencontre ouverte à tous (et qui nous permettra je l’espère de rencontrer in real life de nouveaux blogueurs du sud ouest) aura pour thème : retour aux sources ! mais ceci est une autre histoire…

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Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants

Z est venu à Londres pour apprendre l’anglais, son inséparable dictionnaire chinois-anglais brandi tel un bouclier des temps nouveaux. Car elle se sent bien vulnérable la jeune Z, et perdue, et étrange, et décalée, et à côté de la plaque. Même son nom elle l’a perdu, si terriblement imprononçable pour des palais anglais ! La très sérieuse étudiante Zhuang Xiao Qiao est devenu “l‘indisable miss Z“.

Pour s’entraîner et peut être se donner l’impression de garder un semblant de maîtrise des choses elle tient un journal en anglais, du moins dans son anglais personnel ! Et puis Z rencontre l’Autre, un homme aussi différent d’elle qu’on peut l’être, la quarantaine, volontairement seul, indépendant, sans ambition… végétarien ! Leur relation commencée dans la confusion – invitée à « passer » elle arrive avec sa valise – se poursuit de même, de quiproquos futiles en contresens de fond. Au-delà des différences existe-t-il un espace pour s’atteindre, se rejoindre ?

C’est un roman très étonnant que celui-ci, au départ la langue chaotique surprend et puis peu à peu on entre dans le récit rythmé par les définitions du petit dictionnaire et on s’attache à la narratrice, à ses interrogations, ses réflexions sur la vie, les gens, l’amour….  A mesure que le temps passe, son anglais se fluidifie, se lisse mais la compréhension formelle ne fait que souligner plus encore l’incompréhension qui envahit tout à mesure que les relations s’approfondissent.

Au delà de l’exploration d’un choc culturel bien réel, au delà de cet amour perturbé par des différences si fondamentales qu’elles semblent inexprimables à l’autre, ce livre recèle une méditation bien plus universelle sur la difficulté de se comprendre, d’accorder ses aspirations, de construire une relation. Étonnant, rafraîchissant, dépaysant !

L’avis de Naïna qui m’a donné envie de découvrir ce roman

Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants – Xiali Guo – Buchet Chastel – traduit de l’anglais (chine) par karine Laléchère -2007

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Deux ans !

Hier ça a fait deux ans ! Deux ans que mon blog rythme plus ou moins mes semaines. Je prévois, je rédige mentalement en conduisant, je prends du retard, je m’inquiète (et si personne ne venait plus me voir vu le temps passé depuis le dernier billet), je grognonne (pas le temps de faire le tour de mes blogs favoris), je programme (parfois), je rattrape (souvent), je relis, je corrige, je commente, je papote… bref je blogue !
En deux ans j’ai posté 361 articles presque un tous les deux jours (bon d’accord c’est juste une moyenne !), reçu 3 695 commentaires (joie !), participé à une petite dizaine de swaps, répondu à pas mal de tags, concocté plusieurs challenges pour la plupart en perdition et surtout, surtout fait de multiple rencontres virtuelles ou réelles !

Et qui dit rencontres, dit projets, réalisations et découvertes : un club de lecture toulousain, d’une participation velléitaire et sporadique au blogoclub, un pique nique sur les pelouse de Bercy, Jane Austen, une journée LCA à londres au milieu d’un week end LCA à Paris, des présentations officielles et néanmoins pétillantes au salon du livre de Balma, des lectures en VO anglaise, des excursions gastro-littéraire à Toulouse, Montauban ou Albi, des mangas, un entretien avec Amanda (incroyable !), des projets de raids vers Epinal et Barcelone, une pal titanesque, des colis, des cadeaux, des cartes, des prêts, des livres voyageurs, du thé, des films (eux aussi en anglais), des livres et quoi encore… des amis !


Bon anniversaire mon blog !


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Trafic d’or sous les Tangs


J’ai déjà dans le passé écrit un
long billet pour clamer à la face du monde et des blogs mon admiration pour Robert Van Gulik et son juge Ti qui ont su comme personne nous faire voyager dans la Chine du VIIe siècle. Or il se trouve que c’est une chose que je partage avec  Thom  et mon estimé frère en blog et moi-même avons décidé cet été de relire toutes les aventures dudit juge en parallèle. Voilà, comme ça, une idée, une pulsion… tranformée en Golden Challenge. Nous les relisons dans l’ordre et nos billets paraitront, si Tolkien le veut, en même temps.
Commençons donc cette revue de détail par Trafic d’or sous les Tangs, première aventure du juge Ti lors de sa toute première prise de poste en tant que magistrat de district. En fait il semble que ce soit le quatrième juge Ti écrit par Van Gulik, mais chronologiquement c’est bien le début de la série. Au départ le diplomate sinologue qui écrivait pour le relaxer entre deux tâches plus absorbantes (dixit !) pensait écrire un ou deux romans. Devant un succès auquel il ne s’attendait pas,  il décida un peu plus tard de mettre en scène les débuts de son héros.
Sous les Tangs les magistrats remplissaient des fonctions très étendues, responsables aministratifs, enregistrement des naissances, morts, mariages, héritages, ils étaient également chargés du maintien de l’ordre. Pour cela ils avaient à la fois compétences de police, menant les enquêtes et instruisant les affaires, et compétences juridiques présidant les procès, prononçant les condamnations et procédant à l’exécution des sentences. Les enquêtes du juge Ti couvrent donc en général toutes les étapes d’une ou plusieurs affaires jusqu’à l’exécution des sentences, à moins que le crime soit assez grave pour que des autorités plus haut placées prennent les choses en main ce qui arrive parfois. Normalement les magistrats étaient mutés tous les deux ou trois ans. Après quelques postes les plus efficaces étaient promus, d’autres pouvaient rester juge de district toutes leur vie
Ti Jen Tsie a donc une trentaine d’année lorsqu’il arrive à Peng lai, première étape d’une carrière qu’il espère florissante mais surtout l’occasion de mettre à l’épreuve ses connaissances sur des hommes et non sur ce qu’il appelle lui même de la paperasse. Plusieurs affaires s’imposent à lui et s’entrecroisent. En l’espèce il s’agit de meurtres, dont celui de son prédécesseur, de contrebande d’or, de disparitions inexpliquées, d’attaques de Tigres et de troubles frontaliers avec la Corée récemment envahie…
L’atout principal de l’histoire est bien sûr l’utilisation que fait Van Gulik de thèmes chinois traditionnels, une méthode d’empoisonnement retorse, des appartitions de fantômes réels ou non, des tigres-garous (parfaitement vous avez bien lu), des devinettes, un brin de théatre et toutes sortes d’ingrédients propres à épicer une intrigue au demeurant des plus solide. Le tout écrit dans une langue fluide et agréable où certaines traductions du chinois sonnent sans doute un peu désuètes mais alors agréablement désuètes.
L’autre point positif à mettre au crédit de ce tome-ci est plus personnel je pense. Notre juge y fait en effet la rencontre de deux chevaliers des vertes forêts, des bandits de grands chemins pour parler clair, qui vont devenir ses “fidèles lieutenants”, personnages récurrents de la série, et pour lesquels j’ai un faible.
Une belle intrigue, des personnages attachants, un décor aussi fidèle historiquement que dépaysant… Voilà, c’est du Van Gulik !

Trafic d’or sous les Tangs – Robert Van Gulik – 1959 – Traduit de l’anglais par Roger Guerbet – 10/18

Chronologie des enquêtes du juge Ti par Robert Van Gulik (publiés chez 10/18)

Le juge Ti est née en 630 à Tai-yuan, province de Chan-si. il y passe avec succès ses examens littéraires et devient fonctionnaire. Après quelques années passées dans la capital Tch’ang-ngan, il est nommé magistrat provincial en 663. Voici la liste de ses enquêtes :

En poste à Peng-lai (proche de la frontière coréenne) : “Trafic d’or sous les T’ang”, “Le paravent de laque” (en voyage)

En 666, il est nommé à Han-yan : “Meurtre sur un bateau de fleur”, “Le matin du singe” dans “le singe et le tigre”, “Le monastère hanté”

En 668, il est nommé à Pou-yang : “Le squelette sous cloche”, “Le pavillon rouge”(en voyage), “La perle de l’empereur”, “Le collier de la princesse” (en voyage), “Assassins et poètes” (en voyage).

En 670, il est nommé à Lan-fang : ” Le mystère du labyrinthe”, “Le fantôme du temple”

En 676 il est nommé à Pei-tchéou : “L’énigme du clou chinois”, “La nuit du tigre” dans “Le singe et le tigre”

En 677, il devient président de la cour métropolitaine de justice et s’installe dans la capitale : “Le motif du Saule” “Meurtre à Canton”

Il meurt en 700

A ces titres il faut ajouter deux recueils de nouvelles “trois enquêtes résolues par le juge Ti”, et “Le juge Ti à l’oeuvre” et pour clore le tout “Van gulik : sa vie son oeuvre” Wetering 10/18 1987.

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Si mon stylo…

Les poésies de Tristan au CM1

Si mon stylo était magique
Avec des mots en herbe,
J’écrirais des poèmes superbes,
Avec des mots en cage,
J’écrirais des poèmes sauvages.

Si mon stylo était artiste,
Avec les mots les plus bêtes,
J’écrirais des poèmes en fête,
Avec des mots de tous les jours
J’écrirais des poèmes d’amour.

Mais mon stylo est un farceur
Qui n’en fait qu’à sa tête,
Et mes poèmes sur mon coeur
Font des pirouettes

Robert Gélis

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Fume et tue

Chasseur de tête friqué, bien marié et somme toute bien ans sa peau, Fabrice Valentine est de plus en plus gêné aux entournures par l’ambiance anti tabac qui gagne partout. Accro à ses deux paquets quotidiens de Benson dorées, il doit endurer aurtant les “morales” bien intentionnées que les petites brimades quotidiennes et voit ses plus vieux complices enfumés retourner leurs vestes. Pour pacifier un environnement familial devenu miné, il accepte à contrecoeur de consulter un hypnotiseur spécialisé dans l’arrêt de la dépendance au tabac… et ça marche ! Seulement lorsque quinze jours plus tard, Fabrice craque sous la pression et s’en grille une petite, plus rien. Le plaisir de fumer s’est envolé et il reste seul avec son stress. Un accident va lui montrer le seul moyen de retrouver ce plaisir perdu : tuer !
Voilà le bouquin le moins politiquement correct que j’ai lu depuis longtemps, un peu comme une bouffée d’air frais (si j’ose dire) dans notre belle époque d’interdictions où tout un chacun se mèle de ce qui est bon pour vous que cela vous plaise ou non. Dans ces pages, tout le monde en prend pour son grade, les fumeurs, les non-fumeurs, les ex-fumeurs mais aussi la jungle sauvage des cadres plus ou moins dynamiques (le séminaire de la piscine vaut son pesant de cacahuètes), le milieu de l’art contemporain ou celui des charlatans à la petite semaine… Tous se vautrent allègrement dans un conformisme bien pensant à moins que ce ne soit un anticonformisme du même tonneau sous le regard sardonique mais largement impuissant du narrateur, entrainé malgré lui dans une spirale qui lui donnera certes la maîtrise de son destin mais d’un destin bien différent de ses rêves les plus fous…
Cynique, drôle, bien écrit avec un final plus que réjouissant…  osons le dire : jubilatoire !

Fume et tue – Antoine Laurain – 2008 – Le passage

Les avis d’Anne, Caroline, Cathulu, Cuné, Fashion, Joëlle, Katell, Lily, Lou, Michel, Papillon et Pascal !

Le blog d’Antoine Laurain très chaleureux invité mystère du célèbrissime pique nique de la blogoboule dont je fus et où il nous a régalé de lectures à haute voix proprement mémorables.

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Poèmes d’été



Vapeur qui s’élève de la terre.
Vol blanchâtre
D’un insecte au nom inconnu.

Buson

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Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil

alouest.jpg Dans les quelques livres que j’ai déjà lus de lui, Haruki Murakami s’attachait à décrire les “tournants” de la vie, l’adolescence en particulier. “Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil” s’attarde une fois encore sur un passage difficile : ce fameux cap de la quarantaine jamais cité dans le récit mais dont on reconnait bien tous les symptômes.
Hajime, le narrateur, est un jeune quadra. Selon tous critères, il a très bien réussi. Il aime sa femme et ses deux filles avec qui il mène une vie des plus confortable. Il exerce un métier agréable qui correspond à ses goûts et lui permet d’être son propre maître à son propre rythme tout en gagnant fort bien sa vie. Hajime pourtant cultive un regret secret, celui d’avoir perdu de vu celle qui fut l’amie la plus intime de son enfance.
Ce regret nourrit les questions existencielles qu’il rumine de plus en plus souvent : Qu’a-t-il fait de sa vie ? Pourquoi ? Que sont devenus les rêves et les ambitions de sa jeunesse ? Ces questions finalement assez banales vont prendre une nouvelle resonnance lorsque Shimamoto-san, son amie rêvée, ressurgit des ombres du passé, belle, mystérieuse, suffisament discrète sur sa vie pour nourrir tous les fantasmes.
Ce très beau roman tout en délicatesse met en scène ces interrogations sur le sens de la vie et le point de non-retour si présentes dans notre monde où chacun aspire à réussir sa vie “sociale” tout en se réalisant individuellement.
Le style m’a paru plus sobre, plus épuré que celui de La ballade de l’impossible ou de Kafka sur le rivage mais j’y ai retrouvé la patte inimitable de Murakami. Fascinant !

l’avis de Sylire et du blogoclub

Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil – Murakami Haruki – 1992 Belfond – 2002 10/18 – traduit du japonais par Corinne Atlan

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Le goût du bonheur

Et ce fut ma saga de l’été… une petite saga certes à peine plus de 2000 pages mais tout de même une saga.
Le goût du bonheur retrace la vie d’une famille québécoise aisée des années trente jusqu’à la fin des années soixantes. Bien que les trois tomes de cette saga portent des prénoms différents, à mon sens ils racontent le parcour d’un seul personnage, Adélaide qui donne son nom au second tome.
Le premier raconte son enfance imprégnée de la personnalité de sa mère Gabrielle. Une femme intelligente et sensuelle dont l’entente profonde avec un mari ouvert et tolérant lui permet d’afficher un bonheur teinté de plaisir, suspect à une époque ou l’église tient fermement le Québec sous sa chape, mais qui restera pour Adélaide un modèle à suivre.
Le second, centré sur le passage difficile d’Adélaïde à l’âge adulte et à une certaine forme d’indépendance, met en scène les années de guerre. Période déroutante pour les francophones du Québec qui se sentent entrainés dans un conflit qu’ils voient au départ comme une affaire essentiellement  “anglaise”. Le troisième enfin, Florent, porte le nom du “jumeau de coeur” d’Adélaïde, artiste doué et tourmenté dont la constante présence ancre la jeune femme cette fois véritablement maitresse de sa vie. Ce dernier volume a pour toile de fond les années d’après-guerre dont les multiples remises en question politiques, religieuses et sociales allaient aboutir à la fin des années soixante à la révolution tranquille.
Comme la plupart des saga, le goût du bonheur souffre ou bénéficie d’une abondance de péripéties, Marie Laberge se tire cependant fort bien de l’exercice en reliant une bonne part de ces rebondissements à l’entourage d’Adélaide et à sa tendance à prendre à son compte les problèmes des autres. Comme tel c’est une belle saga familiale, rassemblant tous les éléments du genre, des personnages attachants, y compris un “homme fatal” fort présentable, un arrière plan historique bien brossé mais pas trop envahissant, des drames et de la joies, des secrets et des révélations, le tout dans une langue très agréable, toute en légèreté passant du “chatié” au “parlé” avec aisance et sachant donner son ton à chacun. Une belle réussite…

Un grand merci à Anjelica pour son prêt
L’avis de
Karine

Le goût du bonheur –  Gabrielle, Adélaîde, Florent – 2000, 2001, 2003 – Editions Anne Carrière

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