poème (encore)…

Ici la terre affirme
Sa présence calme et sûre,
Tantôt charnelle, tantôt
Aérienne selon l’heure.
Ici l’homme comblé se garde
Du mot de trop, sachant

Que les dieux sont jaloux.

François Cheng – Cantos Toscans – 1999 – A l’orient de tout – Gallimard

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Jouvence

Lors d’une mission de reconnaissance, l’astronef Explo II est totalement détruit avec son équipage. Seules trois personnes ont le temps de s’échapper.
Seulement la planète où ils s’échouent est totalement stérile, pas d’eau, pas de vie, très peu d’oxygène : une masse de roche et de poussière balayée par un vent immuable. Impossible d’enlever leurs spatiandres, ces scaphandre ultra perfectionnés, des prototypes en fait, qui seuls peuvent les garder en vie pendant un temps indéfini.
Plutôt que d’attendre d’improbables secours, les trois rescapés décident d’avancer, espérant contre toute raison trouver un lieu moins inhospitalier. Isolés dans leurs coquilles respectives, sans repère géographique ni bientôt temporels, abandonnant rapidement toute velleité de communiquer, seul restent les pas qui s’enchaînent.
Voilà un court roman (une longue nouvelle – 70 pages) surprenant, commencé dans la plus pure tradition space opera, il se transforme à mi-parcours en une hallucinante introspection dans une veine nettement initiatique. Cette traversée du désert à marche forcée dans un presque total isolement fait naître toutes sortes d’interrogations dans l’esprit du narrateur et peut être du lecteur, questions techniques, métaphysiques ou fantasmes purs ? Une nouvelle entétante qui reste longtemps à l’esprit.


Jouvence – Alain le Bussy – Griffe d’encre – 2007

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poèmes (toujours)…

Mais l’oiseau point d’empreinte
Ne laisse. Son empreinte est
Son vol même. Nulle trace
Autre que l’instant-lieu,
Joie du pur avènement :
Lieu deux ailes qui s’ouvrent,

Instant un coeur qui bat.

François Cheng – Cantos toscans – 1999 – A l’orient de tout – Gallimard

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L’ombre de montfort

Toulouse 21 septembre 2001, L’hôpital psychiatrique où le docteur Beatrice Beaumont exerce, est littéralement soufflé par l’explosion de l’usine AZF. Quelques jours plus tard, Béatrice accorde une interview au représentant d’un grand hebdo parisien, espérant pouvoir évacuer la colère que le traitement de la catastrophe lui inspire. Or le journaliste, Vincent Nadal, lui montre de petites annonces parues quelques temps plus tôt, qui semblent prévoir l’explosion et la lier à son mari, le très médiatique François de Montrejouls, comte authentique, célèbre humanitaire et aux abonnés absents depuis plusieurs jours. De fil en aiguille, de New York en Istanbul et de découvertes en incrédulité, Beatrice et Vincent se voient entrainés dans une rocambolesque aventure dont les racines plongent très loin dans le passé de la famille Montréjouls et pourraient bien menacer la fille de Béatrice et François, dernière détentrice du nom…
Mi-roman d’aventure, mi-roman policier avec en fil d’ariane quelques épisodes historiques allègrement mis en scène, l’ombre de Montfort est une vrai réussite.
Les personnages tout d’abord sont réellement attachants, Beatrice en bandanas de soie griffés en plein désert mais au caractère griffus, Vincent plus secret mais plein de ressources et d’autres encore plus secondaires mais bien campés. Le style ensuite est alerte et plein d’humour avec des dialogues épiques et savoureux. La narration enfin entrelace avec bonheur rebondissements en chaîne et  encarts historiques qui éclairent le récit sans jamais l’alourdir. Mené par le bout du nez, on se retrouve essoufflé mais consentant à la dernière page, bien marri d’être obligé de la tourner.
A titre personnel, j’ajouterai que l’ancrage toulousain du récit (avec quelques écart grand sud ouest : Vincent s’imaginant en d’Artagnan d’aujourd’hui – c’est dire que cela devait me plaire) ajoute à son charme. L’explosion bien sûr qui me chamboule encore après tout ce temps, mais aussi les allusions à la beauté de cette ville, sa lumière, ses drôles de briques roses… non qu’il en soit beaucoup question, disons que cela fait partie de l’ambiance comme les retours sur son histoire, la croisage des albigeois, Simon de Montfort ou Saint Dominique qui ont profondément marqué la ville de leur empreinte. De Toulouse à Petra, d’une ville rose à l’autre… un coup de coeur !

Les avis de Fashion et Flo, le blog de Patricia Parry

L’ombre de Montfort – Patricia Parry – L’empreinte – 2005

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poème…

Suivre le poisson, suivre l’oiseau.
Si tu envies leur erre, suis-les
Jusqu’au bout. Suivre leur vol, suivre
Leur nage, jusqu’à devenir
Rien. Rien que le bleu d’où un jour
A surgit l’ardente métamorphose,

Le Désir même de nage, de vol.

Fraçois Cheng – Cantos Toscans – 1999 – A l’orient de tout – Gallimard

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Les aventuriers de l’or bleu

Il n’y a pas très longtemps, on m’a reproché de ne jamais faire de critique négative. C’est vrai je suppose, j’écris parfois des billets mitigés mais pas plus. En fait je ne lis que des livres qui me plaisent. Dès qu’ils m’ennuient, je les abandonne à leur triste sort. Je les reprends parfois plus tard, je persévère un peu si le style ou l’intrigue me semble receler quelques promesses mais c’est tout. Je lis pour le plaisir et un livre inachevé pour cause d’ennui, je ne le chronique pas. En plus, l’avouerai-je, je n’aime pas tellement lire les critiques négatives. Trop souvent cela se résume à “ça ne m’a pas plû donc c’est mauvais”: si on est d’accord cela n’apporte pas grand chose et si on ne l’est pas c’est limite vexant. Il y a des exceptions bien sûr, des articles qui parlent du ressenti du lecteur ou qui savent être constructifs dans le négatif mais cela reste un exercice difficile.
Tout cela pour dire que, une fois n’est pas coutume, Je dois parler d’un livre que je n’ai ni aimé ni fini parce que je l’ai promis à Monsieur Babelio dans le cadre de masse critique et que je repousse le moment depuis trop longtemps
L’idée pourtant me plaisait bien au départ, trois jeune scientifiques spécialistes dans la problématique de l’eau se sont lancés dans une sorte de tour du monde qui devait leur permettre (qui leur a permis ?) de faire vivre un site internet d’informations, de reportages et d’ateliers à destination des écoles. Généreuse idée, beau projet, sympathique aventure humaine.
L’eau est en effet un sujet tout à fait passionant. Malheureusement dans le cas présent j’ai eu l’impression que pour ne pas faire trop lourd ou trop didactique, les auteurs ont carrément oublié d’en parler, se contentant la plupart du temps de dire qu’ils s’étaient renseignés ici ou là mais sans restituer d’informations ni de réflexions autour, ce qui m’a pour le moins frustrée.
La cohabitation des trois chercheurs dans leur fourgonnette aménagée et leurs rencontres à travers plus de trente pays était un autre aspect intriguant du projet. Mais je ne sais pourquoi ce qui aurait pu être une reflexion sur la perception de l’eau et de ses problème d’un continent à l’autre ou même simplement une suite d’anecdotes intéressantes sur les globe-trotter d’aujourd’hui m’a semblé se limiter à l’exposé d’une suite de problèmes administratifs (particulièrement ennuyeux je le confirme) et d’organisation. Les auteurs font bien allusion à des expériences humaines riches ou troublantes mais ils ne les exposent jamais repartant tout de suite sur la description en détail du nombre de fois où ils ont dû faire la queue à tel consulat, à quelle heure ils y sont arrivés, ce qu’ils ont mangé entre temps… je n’ai pas compris, je suis restée dehors !
Bien que je me sois accrochée au début en espérant quelquechose, je n’ai pas pu dépasser la moitié du livre. Je le regrette, le projet était sympathique, leur site une belle idée qui j’espère a bien marché et marche encore mais pour le livre, je n’ai pas pu ! Mea culpa !

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

Les aventuriers de l’or bleu – F. Groud – T. Pennel – M. de Rostolan – Presse de la renaissance – 2007

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Le combat de l’épouvanteur

Tom Ward est de retour, un peu plus grand, un peu plus autonome et toujours prêt à lutter contre ces étrangetés qui menacent les humains et que sa condition de septième fils d’un septième fils lui permet de voir et de combattre. A vrai dire les origines complexes du jeune Tom se précisent dans cet opus d’une façon peut être pas si facile à accepter.
Un sombre complot se trame dans un coin du comté déjà fortement éprouvé par trois redoutables familles de sorcières, dont l’une est celle de son amie Alice. Il se chuchote même que les trois clans, pourtant ennemis depuis toujours, pourraient s’unir pour invoquer Satan lui-même et que peuvent faire un épouvanteur et son apprenti face à de tels adversaires ?
Ebranlé par la mort de son père et le départ de sa mère, le jeune garçon se voit de plus obligé de faire face à ce que sa nature et son héritage impliquent pour ses proches lorsque son frère aîné est enlevé avec sa famille par un des clan de sorcières. Mais lequel et comment les sauver sans trahir son engagement ?
Le quatrième épisode des aventures de Tom Ward confirme l’excellence de cette série à la fois prenante et originale. Le jeune épouvanteur évolue et murit tandis que son maitre semble s’affaiblir. Son destin se dessine plus sombre et dangereux qu’il ne semblait au départ. De plus j’aime beaucoup l’ambiance intemporelle de ces récits qui évoque une angleterre rurale profonde, isolée, dangereuse autant par la présence d’entitées surnaturelles que par l’ignorance et la superstition de ses habitants. Une vraie réussite !

Le combat de l’épouvanteur – Joseph Delaney – Bayard Jeunesse – 2008


Les précédents billets sur l’épouvanteur du comté :
L’apprenti épouvanteur – la malédiction de l’épouvanteur
Le secret de l’épouvanteur

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le jeu de Zag

Et voici le jeu de Zag, ça ressemble étonnament au jeu du dictionnaire (grand classique du club lire et délire) mais en plus… littéraire.

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la joueuse de go

1931, dans une Mandchourie sur le point de sombrer dans le chaos mais qui tente désespérément de l’ignorer, une jeune chinoise entre deux mondes et un soldat japonais prisonnier du sien se croisent le temps d’une partie de go. Leurs deux voix s’accompagnent, se mèlent parfois, divergent souvent, racontent un même temps mais pas forcément la même histoire.

La jeune narratrice fille d’un couple moderne pour l’époque se débat pour donner du sens à un monde qui est en train de disparaître. Elle voit, comme tout le monde, les signes anonciateurs de la fin à mesure que l’armée japonaise avance puis occupe le pays. Mais comme la plupart des gens, elle tente de vivre comme si rien de tout cela n’existait, comme si d’autres ne s’étaient pas engagés dans un combat sans merci, comme si les lendemains et les projets avaient la moindre chance d’avoir une importance.

Le jeune soldat assume imperturbable le rôle qui lui est dévolu, brisé et figé à force de discipline dans le carcan d’une tradition qui l’oblige à cautionner des actes qui le révulsent secrètement. Lorsqu’il entame sa partie de go sur la place des mille vent, il croit en sa mission, la supériorité de son pays et le bien-fondé de son action mais ce qu’il a vu de la guerre l’a profondément troublé.

Tandis que le monde qu’ils connaissent s’écroule autour d’eux, tous deux apprennent à se découvrir bien au-delà des apparences et des secrets, sans même en avoir réellement conscience. Le Go ne revèle-t-il pas l’âme de celui qui joue ?

Je me suis laissé prendre par ce récit et ces personnages si impuissants face à leur histoire. La narration alternée permet de percevoir autrement leur différence de culture, d’aspiration, de maturité aussi et cette étonnante conjonction autour de ce très ancien jeu de stratégie, aussi ancien que l’histoire d’amour et de haine qui lie leur deux pays. Prenant !

La joueuse de go – Shan Sa – Grasset – 2001

Les avis de Kalistina, BMR-MAM, Anjelica, Essel, Stéphanie,

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poèmes (encore et toujours)…

Ceux qui viennent de la nuit
Retourneront à la nuit

Nuit de bougies, de flambeaux
De grenouilles eventrées

De vins de riz dont s’abreuvent
Toutes sangsues de rizières

De papiers-monnaies brûlés
Pour toute âmes errantes

Après la troisième veille
Point de saule qui retienne

Point d’effraie qui se souvienne
A bout d’exil et de cri

Ceux qui viennent de la nuit
A la nuit retourneront

Vaste est l’obscur
Pur l’oubli

François Cheng – Que dira notre nuit – 2001 – A l’orient de tout – Gallimard

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