Le club des philosophes amateurs

Dire que c’est un polar, c’est peut être y aller un peu fort… Certes le prétexte est une mort suspecte (et néanmoins violente et poétique), mais on ne peut pas dire que l’enquête occupe réellement l’espace. Le récit est plutôt l’occasion de regarder vivre Isabel Dalhousie, directrice d’une revue de philosophie de l’éthique et fort intéressée par la vie des gens autour d’elle. La peinture d’Edimbourg et de son athmosphère est plaisante, les personnages sont intéressants voire attachants et les disgressions éthiques en dialogue interne sympathiques mais au bout d’un moment j’ai commencé à m’ennuyer un peu. L’intrigue est trop diluée pour mon goût. Pourtant je lirai volontiers le prochain volume de la série…pour voir et pour le personnage central.

Un petit roman agréable et léger pour soirée fatiguée.

Le club des philosophes amateurs – Alexander McCall Smith – 10/18

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Le Château

Comment me suis-je retrouvée dans cette galère mais en me promenant dans la blogosphère et notamment dans mon petit pré carré de blogs et mon forum unique et favori : les chats de bibliothèque, où Kafka était à l’honneur. Bref me voilà écumant les librairies à la recherche d’un Kafka, si possible le Château ou l’Amérique que je n’ai pas lu adolescente (le procès et la métamorphose m’ont laissé des souvenirs plutôt effrayants)… Après avoir fait trois librairies, je trouve enfin et j’achète…les deux ! Soyons fous !

Je n’étais pas sûre du tout de m’en sortir mais j’attaque… ce à quoi je ne m’attendais absolument pas (merci à ceux qui m’ont donné envie de lire ce roman), c’est d’être à ce point fascinée ou peut être captée par cette écriture… Des mots, des phrases, des paragraphes qui s’enchainent et entraînent, un vrai déluge impossible à laisser en plan… L’histoire, je suppose que je peux la résumer, K. débarque un jour dans un village (où, quand, comment, nul ne sait), il est immédiatement confronté au pouvoir du château qui semble dominer la vie du village, rien ne se fait, rien ne se décide, tout se réalise, dans la crainte, le respect des règles (supposées) du château… Semble dis-je car toute l’histoire est là, K. s’efforce par tous les moyens de se faire reconnaitre par le château mais il ne peut ni l’approcher, ni même l’appréhender, sans cesse il lui échappe, les gens, les situations se dérobent devant lui sans qu’il puisse jamais saisir quoique ce soit de concret. Bon je ne suis pas sûre du tout d’avoir saisi toute la signification du texte, nope, je suis même sûre du contraire mais qu’importe…ça me fera de la relecture pour plus tard… Quand j’étais ado, je pensais que les descriptions horrifiques de Kafka d’une entité broyeuse d’humain était une sorte d’allégorie en partie prémonitoire des dictatures asphyxiantes du XXe siècle. Mais maintenant je ne sais plus du tout à quoi se confronte K., à la vie peut être simplement mais en tout cas il se débat, c’est peut être ce qui fait que je n’ai pas pu le lâcher après l’avoir rencontré…

Un texte magnifique et peut être incompréhensible mais alors avec panache…

Le château – Franz Kafka – Folio – 1926

Plus de Kafka ? allez voir les chats !

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De bons présages

L’apocalypse selon Pratchett et Gaiman…

La fin du monde aura lieu bientôt, quelques jours disons, en effet l’antechrist va avoir 11 ans et cette date marque le début de la fin. Bon jusque là tout va bien… C’est écrit après tout…N’empêche, l’ange et le démon qui ont supervisé discrètement l’éducation de l’enfant  grande bête nommé dragon, seigneur des ténèbres, destructeur de rois etc. sont un peu inquiets. Depuis toujours cet enfant leur semble disons un peu trop "normal" : il y a comme un truc qui cloche, mais les voies du seigneur, comme celles du diable, sont impénétrables après tout. Les choses se gâtent vraiment quand le molosse des enfers envoyé pour escorter ledit prince de ce monde, ange de l’abîme sans fond, engeance de satan et tutti quanti n’apparait pas à l’heure dite. Il y a décidement quelquechose qui ne tourne pas rond… Et quelle chose, un échange de bébé à la naissance à fait que l’antéchrist, le vrai (celui qui doit mériter tous les titres précédemment cités) s’appelle Adam Young et vit, une enfance somme toute assez banale dans la banlieue de Londres, et là rien ne va plus… Le bien et le mal eux-même en perdent leur latin… Finalement cette fin du monde alors, ça va se passer comment ?

Soyons clairs, je ne suis pas habituellement une fan de Pratchett, bien qu’il soit, dit-on, l’écrivain anglais le plus populaire actuellement, cependant cette farce réjouissante qui retourne, parodie et concasse  tous les clichés du genre mérite vraiment le détour. L’histoire est drôle, les personnages hilarants, l’écriture allègre, bref un roman à rire…

Mon passage préféré, l’arrivée du Molosse des enfers, gros chien noir effrayant aux yeux rouge démon qui, à la recherche de son maitre, change de forme à mesure qu’il entend la voix dudit maitre décrire à ses amis son idéal canin… et se retrouve à l’état de petit corniaud malin à l’oreille retroussé :

_ "et je l’appelerai…

_ oui comment tu l’appelera ? s’enquit la petite fille.

Le molosse attendit, c’était le grand moment. Le Nom. Il définirait ses buts, sa fonction, son identité. Ses yeux luisirent d’iune flamme rouge sang, même s’ils étaient nettement plus près du sol, il saliva sur les orties.

_"Je l’appelerai Toutou, décida son maître. Avec un nom comme ça, y a pas de souci à se faire.

Les légions angeliques et demoniaques n’ont qu’à bien se tenir…

De bons présages – Terry Pratchett et Neil Gaiman – J’ai lu fantastique -1975 (1995 pour la traduction française)

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Octave et le cachalot

 J’aime pas la mer, c’est froid, c’est mouillé et ça sent mauvais.

Octave à peur de l’eau, vraiment peur, bien qu’il vive dans la dernière maison  à l’ouest de l’île d’Avel. Une nuit de pleine lune, une voix l’appelle dans son sommeil… C’est le grand cachalot qui a besoin de son aide… Octave est impressionné mais il veut le sauver… en échange son étrange ami va lui faire vivre la nuit la plus magique de son existence et le réconciler avec la mer.

Un récit merveilleux et poétique à mettre entre toutes les mains dès que leurs propriétaires sont partants pour une BD.

Octave et le cachalot – Alfred Chauvel – Delcourt Jeunesse – 2006

 

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Ciel Bleu

Galsan Tschinag nous conte ici une histoire d’enfance, son enfance, dans un campement Touvas en Mongolie. Le récit étonnant de poésie d’une vie nomade, dure, entièrement axée sur l’élevage et le groupe familial, où chacun du plus petit au plus vieux trouve sa place et joue son rôle.  Seules les exigences du gouvernement communiste viennent troubler cette harmonie. La scolarisation obligatoire des  enfants les coupe un temps de leur matrice, les obligeant à une vie grise et sédentaire de pensionnaire. Mais il y a encore les vacances, le retour vers le campement et les courses interminables dans un décor trop somptueux pour que je me risque à le décrire.

C’est l’enfant Galsan qui nous raconte ce quotidien avec en fil d’ariane sa relation avec son chien Arsilang, le lion, qui symbolise son enfance. Il décrit aussi sa grand-mère choisie, seule au monde et adoptée par sa famille, ses parents rudes mais attentifs aussi, son  frère et sa soeur plus grands, partis plus tôt pour l’école et revenus différents… Une fenêtre ouverte sur un désert sans autre  limite que le ciel. Magnifique.

Galsan Tschinag, agé aujourd’hui d’une soixantaine d’années, est né et a été elevé dans les steppes du haut Altaï en Mongolie occidentale. A la fin de ses études secondaires à Oulan-bator, il intègre un cursus de linguistique en RDA. Ciel bleu, son premier roman, a été écrit en Allemand. Aujourd’hui en plus de l’écriture, il se consacre à la protection des traditions de son peuple, les Touvas.

Ciel bleu, une enfance dans le haut Altaï – Galsan Tschinag – éditions Métailié – 1994

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Le journal d’une princesse Tome 7

j’ai hésité à parler de ce roman. Normalement je parle uniquement des livres, bons ou mauvais, qui m’ont plû et celui là m’a vraiment déçu. J’avais offert le premier de la série à une de mes puces, sans arrière pensée… un livre fait pour les "filles", elle le veut, bien ! Comme elle me harcelait sans arrêt (allez maman, lis le, c’est TROP bien), j’ai fini par le lire et là, le coup de foudre… L’histoire était invraisemblable mais vraiment drôle, le style enlevé, piquant, les personnages attachants et il y avait une verve irrésistible qui me faisait mourir de rire – au grand dam de la personne même qui m’avait quasiment obligée à le lire…(maman on rit pas en lisant c’est la honte). Du coup pour les tomes suivants, il a fallu se battre,

– Moi d’abord c’est mon livre !

– Hep, c’est quand même moi qui l’ai payé, ce livre

– Oui mais tu me l’a donné…

– D’accord mais je lis plus vite…

– etc. etc.

Bref, grâce à Meg Cabot et Mia thermopolis nous avons vécu une vrai communion livresque intergénérationnelle, ce qui n’est pas si courant. Même la deuxième poussine s’y est mise et finalement les a lus aussi, bien qu’elle soit limite en âge (béni soit les Mrs Knowling et Cabot qui donnent envie de lire aux p’tits loups).

Donc, tout le monde l’aura compris, je suis une fan du journal d’une princesse et tant pis si j’ai passé l’âge… J’ai donc attaqué le 7e tome avec grand plaisir… Une petite lecture détente entre deux autres ouvrages…et là plus rien… Pratiquement pas d’histoire, invraisemblable ou non, une méchante sensation de déjà vu qui s’aggrave tout au long de la lecture, de nouveaux personnages totalement inconsistants, même les anciens sont délaissés, les petits encarts de type liste ou  note biblio qui étaient jusque là vraiment drôles, sont  devenus de lourdes disgressions de plusieurs dizaines de pages, quand au style qui était un des atout de ce journal… disparu lui aussi, pour ne laisser qu’une vague imitation de style ado médiocre. Finalement les passages censés retranscrire les textos sont les seuls qui échappe au désastre c’est dire. Dommage, mais pour ce qui est du Journal d’une princesse, mieux vaut s’arréter au tome 6.

La fête d’une princesse – Meg Cabot – Hachette jeunesse – 2006

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Dame Agatha – Une autobiographie

 C’est bien difficile de parler de dame Agatha, elle est si connue… Pourtant la plupart du temps on ne sait pas grand chose d’elle, elle a écrit des romans policiers, beaucoup, elle n’est plus à la mode, mais ses livres se vendent toujours autant. Voilà en gros… Qui était vraiment cette dame ? Mystère ! Cette discrétion elle l’a voulue et son autobiographie commencée en 1950 et achevée 15 ans plus tard ("et maintenant que j’ai atteint l’âge de 75 ans, le temps semble venu de lettre un point final. En ce qui concerne mon existence il n’y a plus rien à dire")  n’a rien d’un volume de confessions intimes, dame Agatha n’était pas du genre à se faire piéger par l’écriture, de tout temps c’est elle qui a tiré les ficelles et ce livre ne fait pas exception.

Ce qu’elle choisit de nous raconter dans son style personnel tout en simplicité et malice, c’est un itinéraire. Son enfance victorienne, totalement excentrique à nos yeux, son premier mariage à peu près catastrophique, ses voyages autour du monde d’abord avec Archie puis seule, sa fille, ses maisons, l’orient, Max son second mari, et l’archéologie qui devait être une des grandes passions de sa vie… De disparition mystérieuse point, d’analyse pertinente de ses intrigues ou de la génèse de ses romans pas plus… Lady Mallowan a toujours dit et redit qu’elle écrivait pour faire bouillir la marmite… elle persiste et signe…

En même temps, la jeune Agatha est tombée dans l’écriture très jeune et je doute qu’elle ai passé plus d’un jour de sa vie sans écrire et cela bien avant d’être publiée… Journal intime ou de voyage, correspondance, nouvelles, c’était chez elle un besoin absolu et elle puisait sa matière dans ce qu’elle observait autour d’elle. A chaque tournant du récit se rencontre un personnage, une réplique, un nom, une situation qui rappelle un de ses romans ou nouvelles… Un vrai plaisir pour une fan.. dont je doute qu’il soit fortuit.

Ma scène préférée, sa rencontre avec Max Mallowan. Comme cela se faisait à l’époque, on avait organisé pour mrs Christie, célèbre romancière, une visite de quelques sites archéologique dans ce qui est aujourd’hui l’Irak. Bien sûr elle se devait d’être accompagnée et la corvée échut au plus jeune des archéologues présents, Max Mallowan. Au beau milieu de nulle part la voiture tomba en panne. Max et le chauffeur durent bricoler plusieurs heures pour la faire redémarrer. Que faisait donc mrs Christie pendant ce temps ? Se tordait-elle les mains, paniquée à l’idée de passer un temps indéfini dans le désert ? Non. Elle s’était étendue à l’ombre du véhicule et ne trouvant rien de mieux à faire s’était octroyée une petite sieste. Je l’imagine bien dans les vêtements féminins de l’époque (on est dans les années trente) installée par terre, tranquille comme baptiste, pour un somme réparateur.  Max lui aurait raconté plus tard que c’est à ce moment là qu’il avait envisagé pour la première fois de l’épouser… véridique ou non, elle n’a jamais mis cet épisode invraisemblable dans un de ses romans… un très beau livre !

Une autobiographie – Agatha Christie – Le masque – 1977 (réédité en 2002)

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Magdalaine la bâtarde

1139, Magdalaine la bâtarde a autrefois été noble et mariée, un drame l’a précipité dans a prostitution et l’anonymat pour sauver sa vie… aujourd’hui elle bénéficie de protecteurs puissants et tient une maison close de grand luxe à Southwark près de Londre. Seulement quand un meurtre est commis dans l’abbaye qui jouxte son établissement,  les préjugés contre ses activités pourraient bien faire d’elle et de ses "filles" des coupables toutes désignées…

Chose promise chose due… J’était un peu réservée après avoir lu le troisième épisode de cette série, mais je m’étais promis de lire le premier pour voir… j’ai donc lu et vu et je révise ma position… Les relations entre les différents personnages historiques m’ont paru cette fois beaucoup plus claires et par voie de conséquence l’intrigue bien plus prenante…. En fait l’histoire du troisième tome que j’avais trouvée un peu confuse s’éclaire à la lumière de ce premier opus…

L’ambiance est bien rendue, le quotidien authentique et assez fascinant, les personnages interessants, bref une très bonne série mais qu’il est préférable d’aborder dans l’ordre…

Magdalaine la bâtarde – Roberta Gellis – 10/18 – 2005

 

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Mort d’une héroïne rouge

1990, à quelques kilomètres de Shangai, le corps d’une jeune femme est retrouvée dans un canal – voilà un début de polar bien classique. Le reste l’est moins…

L’affaire prend tout son relief  quand la victime est identifiée comme une héroïne rouge, une « travailleuse de la nation » personnage utilisé et médiatisé par le Parti pour servir de « modèle » tant sur le plan moral que social à ses concitoyens. Pour l’inspecteur Chen, qui doit son poste au Parti, et son adjoint Yu, policier de métier, l’affaire s’annonce aussi complexe que politiquement épineuse.

L’enquête policière est prétexte à une plongée dans la Chine des années 90, lieu des plus exotiques pour moi. (je connais bien mieux la Chine du VIIIe siècle…) La corruption, l’avènement d’un capitalisme entre sauvage et contrôlé on ne sait pas bien, mais aussi l’austérité du quotidien, les souvenirs toujours brûlants du passé, notamment les séquelles de la révolution culturelle, et en même temps une certaine joie de vivre  sont décrits avec réalisme mais sans emphase particulière. Ajoutez à cela, des personnages bien dessinés, une intrigue solide, un zeste de poésie (chinoise) et une bonne dose de gastronomie…que du plaisir !

Les enquêtes de l’intéressant inspecteur Chen, policier-poète-traducteur-espoir du parti, se poursuivent avec « Encre de chine », « Visa pour shangai » et « Le très corruptible mandarin ».

Qiu Xiaolong est né à shangai où il a étudié la littérature anglaise. Depuis Tienamen il vit aux Etats Unis.

Mort d’une Héroïne rouge – Qiu Xiaolong – Liana Levi – 2001

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les murs

Je Hais les Haies
Je hais les haies qui sont des murs.
Je hais les haies et les mûriers
Qui font la haie le long des murs.
Je hais les haies qui sont de houx.
Je hais les haies qu’elles soient de mûres
Qu’elles soient de houx!
Je hais les murs qu’ils soient en dur
Qu’ils soient en mou!
Je hais les haies qui nous emmurent.
Je hais les murs qui sont en nous!

Raymond Devos

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