Kukum

“Pourquoi rentres-tu si tard Almanda ? C’est dangereux la nuit. Tu pourrais tomber sur des sauvages.”

Almanda, 15 ans, est née dans la lointaine Irlande. Arrivée toute petite, et déjà orpheline, au Québec, elle a été recueillie par charité et élevée dans une ferme non loin du lac Saint-Jean. Attachée jour après jour aux tâches immobiles de la ferme, Almanda rêve des forêts qui s’étendent sans limite au delà de l’immense lac… Et puis l’imprévu. Un canot qui glisse silencieusement sur la rivière, des yeux noirs qui la regardent, un jeune homme qui semble avoir tout le temps du monde à sa disposition. Et il revient, jour après jour apprenant peu à peu à connaitre cette étrange fille blonde. Almanda a senti l’appel de l’horizon. Elle sait que si Thomas le lui demande, elle le suivra jusqu’au bout de ce monde inconnu qu’il lui raconte…

Kukum signifie grand-mère en innu-aimun et la kukum de cette histoire, Almanda Siméon, c’est l’arrière grand mère de Michel Jean, la mère de l’Hirondelle d’Elle et Nous –  ce magnifique roman dont j’ai déjà parlé. Et cette Kukum, empruntant la voix de son arrière petit fils, nous conte sa vie, longue, pleine, heureuse, tragique et passionnante.  Car bien sûr ce monde nouveau qu’Almanda s’est choisi et qui l’a adoptée sans réserves est à l’aube de bouleversements aussi terribles qu’inéluctables. Mais la fin des choses ne leur enlève pas leur beauté et Michel Jean restitue à travers la mémoire de cette femme hors du commun toute la richesse d’une vie avec ses joies et ses peines mais aussi l’histoire d’un peuple et d’un territoire, Nitassinan – notre terre.

Ce qui me touche tout particulièrement dans Kukum comme dans Elle et Nous, au delà de l’intérêt bien réel de lu récit, c’est l’intrication des histoires, des destins, des peuples et des territoires. Jeannette Gagnon – Hirondelle – était une innu, mariée un québécois francophone mais sa mère – Almanda –  était née en Irlande, avait été élevée comme une francophone avant de choisir une autre vie. Premiers peuples, francophones, irlandais, d’autres encore, ont fait l’histoire du Québec, parfois séparément mais souvent ensemble. En lisant les romans de Michel Jean, il me semble que la réconciliation est enfin là. Un très beau roman, à l’écriture fluide et fraîche comme l’eau vive. Une bouffée d’air frais !

Kukum – Michel Jean – 2019 – Libre expression – 2020 – Dépaysage

PS : étudiante en Anthropologie à Montréal à la fin des années 80 (et oui, je sais enrouler une bande magnétique avec un crayon), j’ai eu la chance de suivre les cours de Rémi Savard, qui a consacré sa vie à la culture innu et a toujours été un grand défenseur des droits des premières nations. Je sais, ça n’a pas grand chose à voir mais j’avais envie d’en parler.

Lu dans le cadre du palpitant Québec en Novembre animé par la non moins palpitante et suprêmement passionnante Karine et moi-même – Catégorie Arnaq (un roman d’un auteur autochtone) mais il aurait très bien pu convenir aux catégories Grand champion (prix France Québec 2020), Place de la république (édité en France par Dépaysage) et Tu m’aimes-tu (croyez moi, il y a d l’amour dans ce livre)

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11 réponses à Kukum

  1. Aifelle dit :

    Je note pour l’année prochaine, c’est le genre de livre que j’aime.

  2. Luocine dit :

    Je ne connaissais pas cet auteur et ce que tu en dis me donne très envie de le lire au plus vite. Je comprends très bien ta remarque personnelle sur cet enseignant qui t’a ouvert d’autres horizons . On n’oublie jamais ceux qui nous ont ouvert l’esprit.

  3. Ingannmic dit :

    Tiens, dans “Jonny Appleseed”, que je viens de lire, il y a aussi une “kokum” ! Je note moi aussi ce titre, qui me semble faire une belle continuité à la lecture de “Shuni”…

  4. Anne dit :

    Ohlala il est plus que temps que je découvre Michel Jean, que je ne connais que de nom et de (belle) réputation jusqu’ici…

  5. PatiVore dit :

    La couverture est très belle, je note parce que le thème me plaît aussi ; bon weekend 🙂

  6. Karine dit :

    Suis ravie qu’il t’ait plu autant qu’à moi!

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