Une plaie ouverte

Quand nous chanterons le temps des cerises,
Et gai rossignol, et merle moqueur
Seront tous en fête !

Trente ans après la semaine sanglante qui mit fin à la commune de Paris, Marceau croit reconnaitre un figurant de l’un des premier western de l’histoire. Dana, condamné à mort par contumace, camarade de lutte, de folie et de beuverie. Peut-il être encore vivant, quelque part dans l’ouest profond ou beaucoup plus près, être encore lui-même quand les derniers communards s’éteignent, rangés, perdus ou amnésiques. Dans l’esprit confus de Marceau embrumé de laudanum, miné par le passé, l’obsession grandit, le lançant à la poursuite de ce qui pourrait bien être l’ombre d’un souvenir…

« C’est une sacrée histoire que celle-là. Vraiment. Pourtant, espérer qu’il la raconte serait aussi vain qu’attendre le retour d’un mort. L’homme, s’il a existé ailleurs que dans la fumée d’une pipe ou les sornettes d’un vieux, on se contentera d’en chercher la trace. Rien, ou presque, ne garde son empreinte. À croire qu’il marchait sur des semelles de vent. Comme l’autre, qu’il aurait connu jadis et qui, pareillement, a tout brûlé derrière lui. »

Est-ce donc polar ? je dirai non. Est-ce un roman noir ? peut-être. Une enquête ? c’est trop dire mais une quête certainement… Étrange livre que cette plaie ouverte qui nous met inlassablement dans la tête l’air du temps des cerises*. Tout d’abord, on ne sait trop où l’on est, ni où l’on va, encore moins quand… l’Ouest lointain, Calamity Jane, le Wild West Show, la main du mort de Wild Bill Hickock tout cela est bien confus. et puis peu à peu les choses s’installent, se décantent, on est en France pendant ces quelques semaines fiévreuses de mai, enthousiastes, fraternelles, tragiques, enivrées par l’espoir, noyées dans le sang. La Commune, encore aujourd’hui, est un lieu de fantasmes et de légendes – comme l’ouest américain maintenant que j’y pense – et l’auteur connait l’époque sur le bout du doigt. On y croise Courbet, Rimbaud, Vallès… On a beau savoir, pour un peu on espèrerait. On suit Marceau, à jamais survivant plus que vivant. Si je devais mettre un bémol à ce roman à la construction décoiffante et au style flamboyant, ce serait Marceau lui-même, narrateur dont on ne sait presque rien – mais peut-être est-ce aussi son cas – et auquel on ne s’attache pas plus. Alors évidemment, à trop balader ses lecteurs, on prend un risque, celui de les perdre en route tant il faut un certain temps pour entrer dans l’histoire… mais pour celles et ceux qui s’accrochent, c’est un plaisir. Foisonnant !

J’aimerai toujours le temps des cerises :
C’est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte !

Une plaie ouverte – Patrick Pécherot – 2015 – Gallimard
Les avis de l’oncle Paul et du Papou

*Si la chanson n’a pas été écrite pour la Commune, elle lui reste pour toujours associée et d’ailleurs Jean-Baptiste Clément n’était-il pas un communard… Tiens pour la peine, je vous laisse avec un souvenir de ma dernière balade au Père Lachaise (haut lieu de la Commune et du roman donc…)

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L’écrivain des ombres

Et voilà Philou est mort ! Non je ne parle pas de mon chat mais bien de Philip Roth, sans aucun doute un des plus grands écrivains qui fut. J’ai donc décidé de partager avec vous un de mes vieux billets – grand Tolkien  onze ans déjà ! – histoire de vous donner envie. Car quand tout est dit, il reste qu’il FAUT lire Philou. Depuis deux jours, en lisant tout les articles, nécro et autre hommages qui lui sont consacrés – le plus intéressant est chez Thom, je ne saurait trop vous le recommander – j’ai vu fleurir le mot burlesque pour parler de son approche et je me suis dit que j’aurais plutôt utilisé grotesque, non pas pour ces romans eux-même mais bien pour les situations dans lesquels il met ses personnages et le point de vu qu’il choisit d’adopter.  Dans le Mystère de Wysteria lodge, Watson donne comme définition du mot grotesque : bizarre, ridicule, remarquable, ce à quoi Sherlock lui répond que ce mot implique surement quelque autre chose, du tragique voire du terrible. Et c’est bien une des forces de Roth de nous servir du terrible avec un humour à la fois si absurde et si corrosif qu’on reste ébouriffée par tant de pertinence et de virtuosité. Je vous laisse donc avec l’écrivain des ombres mais vous trouverez les billets sur la trilogie américaine au bout de ces liens : La Pastorale américaine ; J’ai épousé un communiste ; La Tâche. Enjoy
***

rohtghost.jpgL’écrivain des ombres marque la naissance d’un des plus fameux doubles littéraires de Philip Roth, le tout jeune écrivain Nathan Zuckerman, plus tard narrateur vieillissant de la trilogie américaine.

Le roman s’organise en quatre chapitres étrangement disparates et pourtant intimement lié autour d’un thème : la signification profonde de l’état, à moins que ce ne soit du métier ou encore de la fonction d’écrivain !
Dans le premier chapitre, le narrateur explore l’écrivain comme modèle, à travers sa rencontre avec son maître en écriture et s’attarde sur la distance qui se révèle entre l’homme et le personnage public ou rêvé lorsque passant de la lecture à la vie, l’élève « voit » réellement le maître.
Dans le second il s’attaque à une question en quelque sorte indissociable de l’oeuvre de Roth : Que signifie donc être un écrivain juif ? Peut-il rester lui-même et explorer son propre univers quand la communauté qui l’a soutenu, encouragé et porte d’une certaine façon son identité, l’investit de ses attentes et lui assigne, ou plutôt tente de lui assigner, des devoirs envers sa famille, sa communauté, mais aussi tous les juifs ? Questionnement qui trouve son point d’orgue lorsque la propre mère de Nathan, affolée par les réactions négatives à une nouvelle de son fils, lui demande tout bonnement s’il est vraiment antisémite. Se rendant compte à moitié de l’absurdité de la chose mais incapable de renier en bloc les opinions d’une communauté qui donne tout son sens à sa vie. Il n’y a que Roth pour vous faire rire avec un sujet pareil, à la fois absurde, profond, cynique et déchirant.
Le troisième chapitre permet à notre narrateur en plein délire de projeter la question sur une jeune femme qu’il a brièvement croisé chez son fameux « maestro ». Il imagine sous le physique fascinant de la belle étrangère une Anne Franck rescapée de Belsen qui, apprenant sur le tard la survie de son père lors de la publication de son fameux journal, choisit de garder le silence pour laisser à son témoignage « posthume » toute sa force d’impact sur la prise de conscience post-holocauste. Quitte à renier son identité et se condamner elle-même à une infinie solitude. Étrange avatar de l’agneau sacrificiel offrant son identité au monde d’après-guerre !
Le dernier chapitre enfin boucle la boucle et revient sur le quotidien du « célèbre écrivain » et ce qu’il peut avoir d’invivable pour son entourage.  Est-ce cela finalement être écrivain : donner son temps et son âme à l’écriture en lui sacrifiant tout et d’abord ses proches ?
D’une construction plus rigide que les romans de la trilogie américaine, L’écrivain des ombres est dans un premier temps un peu déstabilisant voire frustrant.  Le changement de focale à chaque chapitre prive de chaleur humaine les marionnettes de Roth, à l’exception notable de Zuckerman et de sa famille, et les maintient à mon sens à l’état d’archétypes. A l’arrivée pourtant, ces personnages mettent en scène une très belle réflexion sur le métier d’écrivain et sur la signification profonde d’un tel engagement envers soi-même, avec ses contraintes et ses ruptures. Remarquable !

L’écrivain des ombres – The ghost writer – Philip Roth – 1979 – Gallimard 1981 – traduit de l’anglais par Henri Robillat.

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Le premier amour

Dans une petite ville hongroise, à l’orée du XXe siècle, un très respectable professeur de latin d’une cinquantaine d’années mène une vie immuable et rangée centrée sur son métier et ses élèves qu’il aime à conduire sur le chemin de la connaissance. Perturbé depuis peu par une fatigue qu’il ne s’explique pas, il décide de prendre quelques vacances dans une obscure ville d’eau et pour tromper son ennui se met à écrire son journal. Au départ lieu d’anecdotes minuscules, d’inquiétudes pondérées sur sa santé et de réflexions morales celui-ci va devenir le témoin – l’acteur peut-être – d’une fêlure aussi inattendue que dévastatrice dans cette vie sans relief, une nouveauté qui va le conduire aux portes de la folie…

Lire Sándor Márai était sur ma liste depuis des lustres mais c’est une liste sans fin ni fond et on ne peut guère s’y fier. Quoiqu’il en soit, alors que j’étais en vacances sur une île (j’aime les îles, il y a la mer autour), j’ai trouvé ce roman sur une étagère et me suis dit que c’était tout justement un signe de dame littérature et bien m’en a prit. Le premier amour est un roman cruel et prenant, admirablement écrit et construit qui nous entraine par petites touches dans les méandres d’un esprit rationnel rongée par le doute sur l’utilité d’un métier qui tenait lieu de vie, par la solitude qui se voudrait voulue mais apparait soudain subie, par la vieillesse qui vient et se voit dans le regard des autres que l’on croyait pourtant sans conséquence, par la vie enfin qui glisse entre les doigts comme du sable trop fin. Dans ce premier roman écrit alors qu’il n’avait pas trente ans, Sándor Márai a su saisir les frustrations d’une âme vieillissante avec une acuité qui fait froid dans le dos. J’ai pensé à Zweig bien sûr et Schnitzler, il y a quelque chose dans cette écriture limpide qui parle de cette bourgeoisie austro-hongroise qui vénérait la raison, la culture et l’humanisme tout en croquant avec férocité les travers d’une humanité souffrante toujours en quête et toujours en peine de maitriser ses pulsions. Raffiné !

Le premier amour – Sándor Márai – 1928 – Traduit du hongrois par Catherine Fay

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L’habitude des bêtes

Les loups sont revenus… Du moins on en voit trainer près des habitations et quelques carcasses d’orignaux ont été retrouvée très dévorés. Inhabituel autour de ce petit village du Saguenay, inhabituel et fâcheux car la saison de la chasse s’annonce et les prédateurs à deux pattes n’entendent pas partager leur proies avec l’ennemi ancestral. Alors que d’autres – les garde-chasses notamment – y voient la respiration du monde et l’assurance que les cycles continuent, certains villageois envisagent battus et pièges pendant que d’autres encore – à mille lieues de ces préoccupations –  sentent, impuissants, monter la tension…

Un nouveau Lise Tremblay, c’est toujours une excellente nouvelle… J’aime son écriture, son univers, sa manière d’envisager l’homme dans sa complexité sans complaisance mais avec une certaine tolérance. Déjà dans la Héronnière, elle me rappelait ce que disait Jim Harrison sur ces gens des villes qui croient que ceux des campagnes ne peuvent qu’être vrais et bons puisqu’ils sont proches de la nature alors qu’en fait ils sont frustres, violents, alcooliques et pire encore (à vrai dire il me semble que c’était beaucoup plus cru que cela mais je n’ai pas retrouvé la citation exacte). Sans être aussi cruelle, Lise Tremblay n’est guère indulgente avec ses personnages (qu’ils viennent des rangs ou des villes d’ailleurs). Il y a ceux qui regardent sans se mêler – l’ex dentiste Ouellette, notre personnage principal en plein examen de conscience, lui qui ne s’est jamais intéressé aux autres et donc jamais mêlé de rien, ceux qui luttent pour changer les choses persuadés qu’ils sont d’être dans le vrai, ceux qui redoutent les conséquences de tout changement certains que rien ne pourra y faire,  ceux enfin qui mordent pour que rien ne change… pourtant le changement est bien là, partout, dans la mort qui rôde, dans la nature qui respire, dans les loups qui chassent et les hommes qui passent.  Une galerie de personnages haut en couleurs, un cadre sublime – les monts et les bois du Saguenay, une belle réflexion, une écriture prenante : du Lise Tremblay en somme.  Inspirant !

L’habitude des bêtes – Lise Tremblay – 2017 – Boréal

L’avis très positif de la très merveilleuse et très fantabuleuse karine  qui m’a offert cet opus.

PS : La mauvaise nouvelle c’est que je crois que j’ai quasiment tout lu de l’auteure, la bonne nouvelle c’est qu’il me reste quand même Chemin Saint Paul à dénicher.

De la même auteure dans ces pages (mon préféré ce serait peut-être La pêche blanche, ou La héronnière, ou…)
L’hiver de pluie
La danse juive
La pêche blanche
La soeur de Judith
La héronnière

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Les étoiles de Compostelle

Au XIIIe siècle, Jehan le tonnerre, jeune membre d’une communauté d’essarteurs* en Morvan est irrésistiblement attiré vers le chantier de l’abbaye voisine. Il ne se lasse pas d’observer les constructeurs, charpentiers, maçons et tailleurs de pierre, ces enfants de Maitre Jacques ou Pédauques qui réalisent des merveilles et parle un langage parsemé de mots inconnus. Séduits par sa curiosité et sa vivacité, ceux-ci l’engagent comme apprenti charpentier – lapin dans leur sabir. Mais il lui faudra un long voyage sur le chemin des étoiles pour réaliser ce que signifie réellement être initié…

Quelle belle langue que celle d’Henri Vincenot, riche, précise et poétique à la fois ! Les étoiles de Compostelle est un récit initiatique à plus d’un titre, passage de l’enfance à l’âge adulte, apprentissage d’un métier et bien sûr initiation au compagnonnage dans toute sa dimension aussi bien ésotérique que technique, bien qu’ici les deux aspects ne puissent être séparés. Alors certes l’ésotérisme druido-maçonnique fleure un peu le XIXe à mon sens – peut être que j’ai trop lu sur les Celtes – mais la volonté d’absorption syncrétique de l’église chrétienne est bien là et ce fut un réel plaisir de suivre Jehan sur le grand chemin, au rythme des leçons exigées par son inextinguible soif de connaissances* sans parler de quelques belles visites – moi qui ne peut m’empêcher de visiter toute église à ma portée, je comprends ô combien l’itinéraire capricieux de son guide et d’ailleurs j’ai reconnu quelques lieux au passage. Dorénavant plutôt que visiter je dirais donc que je fais labyrinthe en y entrant… Itinérant !

Les étoiles de Compostelle – Henri Vincenot  – 1982 

*défricheurs

PS : en refermant ce livre, j’ai ressenti une grande envie de revisionner une des séries fétiches de mon enfance… Ardéchois coeur fidèle – bon c’est un compagnon menuisier et ça se passe au XIXe mais baste 🙂

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L’herbe verte, l’eau vive

« So. In the beginning, there was nothing. Just the water »

Quelque part il y a Coyote qui apprend l’origine du monde. Quelque part il y a quatre vieux indiens qui porte des noms bien trop célèbres. Quelque part il y a Blossom, Alberta* – une de ces petites villes où il ne se passe pas grand chose mais où on peut déguster toute sorte de recettes à base de chien – ou de boeuf, aller savoir  – au Dead dog café ; où une jeune femme se demande comment avoir un enfant sans céder au mariage, où Lionel voudrait bien être quelqu’un, Charlie qu’on le reconnaisse et Elie qu’un barrage disparaisse… Chacun affronte le monde et le temps à sa façon mais un soir, à l’approche du solstice d’été, Elie prend quatre vieillards en stop, quatre vieillards aux noms improbables et au propos décousus pendant que dans un hôtel psychiatrique tout aussi improbable, on s’interroge sur la disparition de quatre patients beaucoup trop vieux pour baguenauder et que quelques voitures sombrent lentement dans des flaques…

Dis comme cela, L’herbe verte, l’eau vive (allusion au terme des traités signés au XIXe siècle avec les tribus amérindiennes**) pourrait paraitre loufoque d’accord mais non c’est plutôt un conte qui tisse ensemble des histoires qui finissent par former la trame même du monde. Du moins tel qu’on le vit à Blossom à deux pas de la réserve Blackfoot ou bientôt va se tenir la Danse du soleil qui célèbre, régénère, rappelle la continuité de toute chose, les saisons, le temps, la vie, la mort. Une construction au cordeau, une poésie du quotidien, une écriture prenante, Thomas King signe un roman aussi fascinant et attachant que Medicine river qui m’avait charmée, c’est drôle, cruel, fantaisiste, très contemporain avec la touche de magie qui enchante tout. Réjouissant !

L’herbe verte, l’eau vive – Thomas King – 1993 – Traduit de l’anglais pat Hugue Leroy – 2005 – Albin Michel

*Canada oui oui

**There, beyond the limits of any State, in possession of their own, which they shall possess as long as Grass grows or water runs. I am and will protect them and be their friend and father. »
Président Andrew Jackson, USA, 1829

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Snobs

Quand la très belle et très roturière Edith Lavery annonce ses fiançailles avec le célibataire de plus convoité de la meilleure aristocratie anglaise (à l’exception des princes d’accord) le comte Broughton, c’est un petit émoi à parfum de scandale au pays de sa très gracieuse majesté. Jamais la comtesse douairière n’aurait pu imaginer un instant que son fils épouserait une femme dont elle ne connaissait pas la famille depuis toujours. Et tout le monde de chuchoter à l’envi, la nouvelle comtesse saura-t-elle tenir son rang et intégrer le très fermé microcosme de bonne société anglaise? Les paris sont ouverts et chacun attend avec impatience Cendrillon au tournant…  car après tout c’est bien d’un mariage d’intérêt qu’il s’agit, et à notre époque toute dévouée à la passion amoureuse, n’est-ce pas un tantinet risqué ?

Julian Fellowes aime à observer la société anglaise – l’aristocratie en particulier – avec la cruauté méticuleuse d’un entomologiste. Comme dans Gosford park en 2001, il choisit le regard d’un semi déclassé – homme de la bonne société devenu acteur – pour décaler le point de vue et nous offrir un regard à la fois intérieur – son narrateur est admis partout – et extérieur, en tant qu’acteur il comprend plus ou moins toutes les parties en présence, y compris notre Cendrillon-Edith qui deux ans après son mariage a eu le temps de se lasser et est prête pour de prévisibles scandales. C’est caustique, acide, parfois drôle, un brin détaché – la désinvolte élégance anglaise qui admet la passion mais répugne à tout sentimentalisme et pour tout dire joyeusement immoral et ce de façon tout à fait assumée. On retrouve avec plaisir la verve de l’auteur qui a fait merveille dans ses scénarios – en plus de Gosford Park, il est le scénariste et producteur de Downton Abbey. Bref un très bon moment de lecture plus ethnologique que passionnée sans doute – tout ces personnages sont si anachroniques (pourtant cela se passe bien dans les années quatre-vingt-dix) et si loin de mes propres préoccupations qu’il est bien difficile d’éprouver quoique ce soit pour eux – mais fort agréable. So british !

Snobs – Julian Fellowes – 2004 – traduit de l’anglais par Dominique Edouard – Le livre de poche 2008

Pour le plaisir des yeux, la bande annonce de Gosford park de Robert Altman – 2001

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L’Âme de l’empereur

Condamnée à mort pour tentative de vol, hérésie et surtout falsification, Shaï se voit proposer un marché qu’elle ne peut refuser – falsifier une âme dans le plus grand secret. Ce qui est non seulement un crime majeur, mais une falsification inédite et peut-être bien impossible d’autant qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle âme. Cent jours pour s’imprégner de la personnalité d’un homme qu’elle n’a jamais vu, enfermée dans une petite pièce dont elle n’a jamais le droit de sortir – et tout en trouvant un moyen de s’échapper. Car Shaï ne s’y trompe pas, qu’elle réussisse ou échoue, elle n’en sortira pas vivante à moins que…

Brandon Sanderson est plutôt un habitué des pavés dit-on mais c’est par une novella que j’ai choisi de faire sa connaissance – tout juste 195 pages et menée de main de maitre. On y découvre un empire, ses intrigues, son art, sa philosophie à travers un huis-clos absolu – jamais Shaï ne sort de sa prison mais elle parle. En fait elle parle beaucoup, du moins chaque fois qu’elle en a l’occasion car la falsification suppose la connaissance et pour manipuler ses geôliers, il lui en faut beaucoup. C’est fin, subtil, teintée d’Extrême-Orient, le système magique est à la fois très technique, quasi scientifique et étrangement poétique. Les quelques personnages sont complexes voire ambigus, l’intrigue est fort bien menée avec d’agréables zones d’ombre (je déteste qu’on m’explique tout), une bonne dose de dilemme et une pincée de suspens. Ciselé !

L’âme de l’empereur – Brandon Sanderson – 2009 – traduit de l’anglais (USA) par Mélanie Fazi – 2012 – Le livre de poche – Prix hugo 2013 du roman court

 

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La dent du serpent

Tout commença par un dimanche assez tranquille et une vieille dame un peu timbrée parlant des anges qui venaient faire des travaux chez elle en échange de quelques morceaux de poulet rôti et d’une douche de temps à autres. De jeunes sans-abri en héros de l’ouest légendaire relevé des morts, le shérif du comté le moins peuplé de l’état le moins peuplé des Etats-Unis ne pouvait certes pas deviner que cela l’amènerait à affronter des adversaires redoutables dissimulés autant sous la parole divine que derrière des armes lourdes…
C’est toujours un plaisir de retrouver Walt Longmire, son meilleur ami Henry Ours debout et sa volcanique adjointe Vicky. Cette fois l’intrigue m’a paru quelques peu embrouillée, sans doute ne suis-je pas assez familière des affaires pétrolifères ; cela dit j’avais deviné ce que tramait les méchants, je dois avoir mauvais fond. Pour autant j’ai comme d’habitude apprécié l’atmosphère et le cadre du récit, tellement ouest profond, tout comme la touche historique et la bizarrerie inhérente à l’esprit Longmire. Comme j’aime moins l’action échevelée que la plupart des lecteurs, je continue a trouver certains faits d’arme un peu surjoués mais nonobstant j’ai passé un très bon moment dans le comté d’Absaroka. Western !
La dent du serpent – Craig Johnson 2013 – traduit de l’américain par Sofia Aslanidès – Gallmeister 2017

Dans les épisodes précédents (je n’ai évidemment pas tout chroniqué mais j’ai tout lu) :
Little bird
Le camp des mort
L’indien blanc
steamboat

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Midnight Texas

La petite bourgade de Midnight au Texas – deux rues, un croisement, un feu rouge, une demi-douzaine de boutiques – a tendance à attirer des gens atypiques et on y respecte la vie privée des autres : pas de questions indiscrètes et une tolérance de bon aloi. Un bon endroit pour Manfred dit l’incroyable Manfredo ou Bernardo l’extralucide qui, entre sa voisine tenant une boutique Wicca et l’étrange mont-de piété de son propriétaire – tenu la nuit par un locataire qu’on ne voit jamais de jour, s’y sent tout de suite parfaitement à sa place. Les petites bizarreries alentour lui semblant plus intéressantes qu’inquiétantes et en tout cas garantes de sa tranquillité. Pourtant en matière de bizarrerie, Midnight lui réserve encore quelques surprises, et pas toujours tranquilles…
En explorant les arcanes de Netflix, je suis tombée par hasard sur la série Midnight Texas qui m’a rappelé que de temps à autres un peu de bit-lit (bit-movie ?) me plaisait bien. Et comme quand on aime on ne compte pas, je suis – aussitôt pensé, aussitôt fait – partie à la recherche des livres dont la série s’inspirait – en l’espèce une trilogie de Charlaine Harris (bien connue pour sa Communauté du sud adapté sous le nom de True Blood) et hop me revoilà côtoyant, mediums, vampires, garous et autres sorcières – j’ai toujours rêvé d’être une sorcière même bien avant de visiter Poudlard.
Et bien croyez-le ou non, ce fut fort agréable, les romans de Charlaine Harris valent plus par leur atmosphère et leurs personnages que par l’action proprement dite, ce qui me convient très bien. Après la chaleur poisseuse de Bon Temps, l’ambiance sèche et poussiéreuse de Midnight est fort bien rendue et les personnages m’ont semblé plutôt meilleurs que ceux de ses précédentes séries – moins spectaculaires sans doute mais aussi moins caricaturaux, plus discrets voire secrets (j’aime que les personnages ne déballent pas leur jardin secret trop vite) mais non moins intéressants. Bon on croise bien une ou deux personnes de connaissance quand même mais c’est anecdotique. Les intrigues sont bien vues et vont crescendo au long des trois romans – voui il y a plus d’action dans le second et encore plus dans le troisième pour ceussent qui aiment – pour finir en feu d’artifice surnaturel – classique mais toujours efficace ; un bon cru pour les amateurs du genre. Dépaysant !
Midnight Texas -1 Simples mortels, passez votre chemin 2014- 2 Les esprits se déchainent 2015 – 3 Nuits blanches à Midnight 2016 – traduit de l’anglais (USA) par Anne Muller – J’ai lu
PS : La série créée par Monica Owusu Breen pour Universal date de 2017 et compte pour l’instant une seule saison de dix épisodes. L’histoire est suffisamment différente des romans pour qu’on puisse apprécier les deux et le casting est plutôt sympa. Cela dit ne cherchez pas la puissance transgressive et sulfureuse de True Blood, elle n’y est pas mais ça se laisse regarder et si la saison 2 est tournée, j’en serait ravie.
PPS : J’ai découvert bien d’autres bizarrerie en trainant sur netflix, je vous en reparlerai tiens…

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