Le Vaisseau d’or

Pour cette sixième édition de Québec en novembre, j’ai pensé partager – en plus du reste –  quelques poèmes parce qu’après tout, on n’a jamais trop de poésie dans nos vies. Et pour commencer, un classique, le grand Émile.

Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l’or massif :
Ses mâts touchaient l’azur, sur des mers inconnues ;
La Cyprine d’amour, cheveux épars, chairs nues
S’étalait à sa proue, au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l’Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un Vaisseau d’Or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?
Qu’est devenu mon coeur, navire déserté ?
Hélas ! Il a sombré dans l’abîme du Rêve !

Emile Nelligan (1879-1941)

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Québec en novembre 2017 – billet récap

Oyez oyez, gens de l’internet livresque, c’est reparti pour une sixième édition de Québec en novembre notre mois thématique de la belle province. Au programme des livres, des livres, encore des livres, mais aussi des recettes, billets voyages ou autres à la convenance des participants. Vous trouverez le « règlement » (souple le règlement, disons plutôt un genre de guide) par ici avec des idées de lecture et des liens. Un seul objectif : du plaisir et du Québec en toutes choses.

Pour celles et ceux qui y trouvent motivation, nous auront quelques LC communes dont voici le menu mais chacun.e peut faire à son gré

4 novembre : littérature jeunesse
6 novembre : top 10 à la québécoise
10 novembre : Marie-Renée Lavoie
12 novembre : romance et chicklit
14 novembre : Réjean Ducharme
16 novembre : Écoutons un livre québécois (raccord avec le rendez vous du blog de Sylire)
20 novembre : Michel Tremblay
22 novembre : BD québécoise
24 novembre : Polars québécois (Louise Penny par exemple)

Je récapitulerai ici-même au fur et à mesure, les billets parus. Enfin plus ou moins au fur et à mesure hein, à l’impossible nul n’est tenu. Karine fait également une recap sur son blog, à nous deux nous vaincrons ! Bienvenu au Québec les gens…

Pré-novembre…

1 novembre 2017

2 novembre

3 novembre 2017

4 novembre 2017 – littérature jeunesse… mais pas que!

5 novembre

6 novembre

7 novembre

8 novembre

9 novembre

10 novembre : LC Marie-Renée Lavoie

11 novembre

12 novembre 2017 (rendez-vous romance et chick litt)

13 novembre

14 novembre

15 novembre

16 novembre

17 novembre

18 novembre

19 novembre

20 novembre

21 novembre

22 novembre

23 novembre

24 novembre

25 novembre

26 novembre

27 novembre

28 novembre

 

 

 

 

 

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Réverbère de luxe

réverbère

Réverbère romain – Rome – septembre 2017

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Un Art

Chose promise, chose due, voici le très beau poème d’Elizabeth Bishop (1911-1979) qui a donné son nom au dernier roman d’Alice Zeniter et qui est cité quasi in extenso il me semble dans la dernière partie du dit roman… une petite merveille. 

Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître ;
tant de choses semblent si pleines d’envie
d’être perdues que leur perte n’est pas un désastre.

Perds chaque jour quelque chose. L’affolement de perdre
tes clés, accepte-le, et l’heure gâchée qui suit.
Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.

Puis entraîne toi, va plus vite, il faut étendre
tes pertes : aux endroits, aux noms, au lieu où tu fis
le projet d’aller. Rien là qui soit un désastre.

J’ai perdu la montre de ma mère. La dernière
ou l’avant-dernière de trois maisons aimées : partie !
Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.

J’ai perdu deux villes, de jolies villes. Et, plus vastes,
des royaumes que j’avais, deux rivières, tout un pays.
Ils me manquent, mais il n’y eut pas là de désastre.

Même en te perdant (la voix qui plaisante, un geste
que j’aime) je n’aurai pas menti. A l’évidence, oui,
dans l’art de perdre il n’est pas trop dur d’être maître
même si il y a là comme (écris-le !) comme un désastre.

Elizabeth Bishop, Géographie III,
traduction de Alix Cléo Roubaud, Linda Orr et Claude Mouchard

One art

The art of losing isn’t hard to master ;
so many things seem filled with the intent
to be lost that their loss is no disaster.

Lose something every day. Accept the fluster
of lost door keys, the hour badly spent.
The art of losing isn’t hard to master.

Then practice losing farther, losing faster :
places, and names, and where it was you meant
to travel. None of these will bring disaster.

I lost my mother’s watch. And look ! my last, or
next-to-last, of three loved houses went.
The art of losing isn’t hard to master.

I lost two cities, lovely ones. And, vaster,
some realms I owned, two rivers, a continent.
I miss them, but it wasn’t a disaster.

– Even losing you (the joking voice, a gesture
I love) I shan’t have lied. It’s evident
the art of losing’s not too hard to master
though it may look (Write it !) like disaster.

Elizabeth Bishop, Geography III, 1976

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L’Art de perdre

perdreNaïma est une jeune femme indépendante et plutôt bien dans sa peau, de son travail dans une galerie jusqu’à ses aventures amoureuses, elle se sent en phase avec sa vie de parisienne branchée. Seulement dans la France de 2015, tout semble soudain la renvoyer à des origines dont elle ne s’est jamais souciée et dont personne ne lui a jamais parlé. Non qu’elle ait posé des questions d’ailleurs… Alors peu à peu au travers d’un projet d’exposition, Naïma va remonter dans l’histoire de sa famille, dans l’histoire de l’Algérie, dans l’histoire des harkis – mais qu’est-ce qu’un harki d’abord et jusqu’où cette plongée dans le passé – et le présent – l’emmènera-t-elle ?

Difficile de rendre justice à ce roman foisonnant où à travers l’histoire de trois générations, l’auteure noue de multiples questions essentielles et fascinantes, liées aux secrets de famille, aux mensonges de l’histoire, aux ombres de la mémoire, voire aux  brumes de nos origines. L’art de perdre explore les vies de Ali, homme fort d’une Kabylie qu’il croyait immuable devenu harki sans le savoir, de Hamid qui après avoir contemplé le futur à travers les barbelés d’un camp décide de jouer la carte de l’oubli, de Naïma enfin qui, un peu tard, cherche à recoller les morceaux d’une histoire familiale dispersée et peut-être déjà hors de portée. Alice Zeniter signe ici un roman puissant à la pertinence troublante, dans une une écriture aussi fluide que précise, donnant vie à des personnages qui distillent une véritable émotion. J’avais énormément aimé Sombre dimanche mais je crois  que celui-ci est meilleur encore. Passionnant !

L’art de perdre – Alice Zeniter – Flammarion – 2017

PS : mention spéciale au titre magnifique tiré d’un poème d’Elizabeth Bishop que je compte bien partager avec vous d’ici peu.

PPS : Malgré l’excellent souvenir de Sombre dimanche, je n’avais pas vraiment envisagé de lire ce roman avant de voir l’auteure en interview… bien m’en a pris !

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Trévi

Construite au XVIIIe siècle pour perpétuer le souvenir de l’aqueduc Aqua virgo (Ie av JC), le cinéma l’a rendue mythique mais inutile d’essayer de s’y baigner aujourd’hui, elle est bien gardée. Dommage.. ou pas !

trevi

Fontaine de Trévi – Rome – septembre 2017

La Dolce vita – Federico Fellini – 1960

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Juste quelqu’un de bien

bereniceUn premier baiser, cela marque… du moins cela a marqué Bérénice, mais chaque fois qu’elle croise Aurélien, lui ne se souvient pas d’elle… Elle pourrait l’oublier sur l’étagère des rêves perdus mais d’un autre côté, la vie sentimentale de cette désormais trentenaire est si désespérément vide qu’elle peine à l’écarter définitivement de ses pensées. Jusqu’à ce qu’ils se recroisent dans des circonstances rien moins que romantiques et qu’elle apprenne à connaitre un homme bien différent de l’ombre fantasmée mais bien plus intéressant aussi.
Angela Morelli sait magnifiquement donner vie et profondeur à ses personnages. Tous ses personnages ! Du plus important au plus fugace, humains, perroquet (marxiste) ou même quartier… Car ici le 11e arrondissement de Paris se hisse au rang de personnage à part entière avec ses rues, ses bistrots, ses marchés colorés, ses petits chauvinismes d’arrondissement (rien de bon de peut venir de la ligne 9), ses impasses fleuries cachées derrière de lourdes portes cochères… Une histoire d’amour certes mais bien plus encore, une histoire de rencontres, une histoire de bistrot, une histoire de livres, une histoire de famille, une histoire d’amitié, une histoire d’être humains, vrais, imparfaits et terriblement attachants. Un livre qui fait du bien. Solaire !

Juste quelqu’un de bien – Angela Morelli – 2017 – Harper Collins

L’avis de la divine Karine

PS : le fait que l’auteure soit ma twinette d’amour, que j’ai entendu parler de cette histoire depuis trrrrèèèèsss longtemps et que je l’ai lu pour la première fois il y a plusieurs mois ne change rien au le bonheur de lire ce roman. D’ailleurs je l’ai relu ce week end pour faire ce billet et bien il était encore mieux la seconde fois 🙂

PPS de la même auteure sur ce blog : L’homme idéal (en mieux) (qui existe maintenant en version papier et en poche ce qui ne gâte rien) et Ça a commencé comme ça (sorti également en poche ce moi-ci d’ailleurs). Il me manque toujours la chronique de son second roman L’Amour est dans le foin rebaptisé Une Rencontre idéale (ou presque) en poche, mais cela viendra peut-être un jour.

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Forum Trajan

Les colonne de la basilique Ulpienne du Forum de Trajan, IIe siècle – en arrière plan le très monumental Vittoriano – 1911
forum trajanRome – septembre 2017

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Les Bourgeois

bourgeoisEntre 1920 et 1940, entre une hécatombe et un génocide, Henri et Mathilde Bourgeois auront dix enfants. Dix enfants honorables, catholiques et conservateurs voire royalistes, prêts à se battre pour Dieu, la Patrie et la Famille avec les majuscules qui correspondent. Mais vivre dans la chaleur d’une fratrie si nombreuse, partager son temps, son espaces, ses parents, sa vie pendant des années a toujours un prix. L’histoire des Bourgeois, militaires, avocats, hommes d’affaires, femmes au foyer, portant haut leur patronyme, s’inscrit dans la grande histoire du XXe siècle, avec ses joies, ses peines, ses guerres, ses désillusions et bien sûr ses deuils…

Vingt ans après l’Élégance des veuves dont la lecture m’a bouleversée, Alice Ferney lui donne une suite, au style tout aussi raffiné mais fort différente dans sa forme comme dans sa construction. Ici une narratrice – l’auteure peut-être – se penche avec un intérêt d’entomologiste sur les pages jaunies – et en désordre – d’un album de famille – ou peut-être d’une boite de photographies mélangées par le temps, essayant d’imaginer ce que peut signifier faire partie d’une fratrie aussi nombreuse et soudée autour de convictions fortes, inquestionnées voire élevées au rang de certitudes. De ce fait, il m’a été au départ assez difficile d’entrer dans l’histoire, les commentaires de cette narratrice ayant tendance à m’agacer mais peut à peu une sorte de dialogue interne s’instaure avec le lecteur – ou ici la lectrice – autour de cette famille dont elle dissèque l’histoire avec des élégances d’équilibriste, frôlant la complaisance avant de corriger le tir d’un trait d’humour ou d’une ellipse saisissante. Alors certes tous ces personnages ne me sont guère sympathiques car même si l’auteur se défend d’écrire un roman social, en choisissant une telle famille, elle situe quand même son point de vue à un endroit précis qui – en ce qui me concerne – ne pourrait guère être plus éloigné de mon histoire familiale et de mes convictions (et puis je n’aime pas beaucoup les gens pétris de certitudes, c’est plus fort que moi). Cela dit, le point de vue justement m’a fasciné, me montrant une toute autre manière de lire le XXe siècle qui, si elle ne me convainc pas, m’a fascinée. Brillant !

Les Bourgeois – Alice Ferney – Actes Sud – 2017

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La Beauté des jours

beauté

Jeanne est une femme d’habitudes et de routines, employée des postes, mariée à un homme aussi prévisible que prévenant, deux filles déjà adultes, un jardin fleuri donnant sur des voies ferrées où elle aime à regarder passer les trains – toujours les mêmes, le 18h01 et son passager si élégant, et le suivant 20 minutes plus tard et sa passagère au chapeau bleu. Mais derrière cette apparence des plus ordinaires se cache une âme lumineuse attachée aux petits bonheurs du quotidien. Et quand un cadre un peu oublié à force d’habitude se détache du mur, un rien d’imprévu se glisse dans la vie bien réglée de Jeanne.

Une de mes filles me dit parfois – entre reproche et amusement – que j’aime les films où il ne se passe rien (surtout quand ils sont en VO et de préférence dans une langue incompréhensible ajoute-t-elle – fi, faites donc des enfants). C’est un tantinet injuste je trouve (quoique pas totalement faux peut-être), disons que comme Jeanne je vois de la beauté – ou du moins de l’intérêt – là où d’autres ne voient que routine et insignifiance… une fleur bizarre, une couleur détonante, un inconnu qui passe, un palindrome inattendu, un petit défi qu’on se donne comme de marcher sur un pavage sans en toucher les joints quand on est enfant. La Beauté des jours est sans doute un roman où il ne se passe pas grand chose mais il réussit le tour de force d’être à la fois un hymne au vrai bonheur – celui qui passe inaperçu tant qu’il est là – et une ode à l’art le plus extrême comme dérivatif à l’ennui qui guette et pourrait menacer le-dit bonheur. J’aime Claudie Gallay, ses personnages, son écriture limpide, sa vision de l’art – ici celui, quelque peu dérangeant à mon sens, de Marina Abramovic, la délicatesse de ses non-dits, la profondeur qui se cache derrière son apparente simplicité. Chacun de ses romans est un petit bonheur de lecture et celui-ci tout comme les autres – plus, peut-être. Solaire !

La beauté des jours – Claudie Gallay – Actes sud – 2017

PS : De la même auteure sur ce blog, Une part de ciel, Les années cerise et je n’ai pas chroniqué les déferlantes, c’est mal !

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