Les enquêtes d’Erwin le saxon

Pendant les longs mois de mon absence bloguesque, j’ai traversé les affres et tourments d’une abominable panne de lecture. Rien à faire : rien que de penser à lire, j’en baillais. Alors j’ai plié, crocheté, me suis abonnée à un nombre ridicule de chaines youtube mais bon, tout cela ne m’a jamais suffi. Dans ces cas là, je ne connais pas 36 remèdes : à moi les relectures et de préférence les relectures les plus confortables, celles de livres ou de séries de livres que je connais par cœur tellement mes yeux en ont usé les lignes. Alors dans un moment de grande fraternité lectoresque – et pour le cas ou vous aimeriez les romans historiques ET que vous ne connaitriez pas encore le très sagace Erwin – il m’est venu l’envie de vous parler cette superbe série de Marc Paillet.

J’aime les romans historiques, cela se sait, et particulièrement les polars historiques qui d’enquête en enquête permettent aux auteurs d’approfondir les personnages et de brosser de beaux panneaux d’ensemble d’époques plus ou moins connues. Ici c’est le règne de Charlemagne qui est à l’honneur et vous avouerez avec moi que ce n’est pas la période que l’on rencontre le plus communément. Sachant que je suis, pardonnez moi de citer le grand Georges, foutrement moyenâgeuse dans mes goûts, cette série ne pouvait manquer de m’attirer dès le départ, elle a rempli toutes ses promesses à la lecture et je ne me lasse pas de la relire encore et encore quand l’envie m’en prend.

Charles le Grand, fils de Pépin et petit-fils du Marteau des Sarrasins (ça fait peur, dit comme ça) (en même temps c’est l’idée) disposait pour gouverner son immense empire, d’un certain nombre d’institutions. Entre autres, celles des comtes et marquis – en général des parents ou des compagnons d’armes – qu’il nommait pour gouverner ses provinces en son nom avec tous pouvoirs. Et celle des Missi Dominici, les envoyés du maitre, pour s’assurer que lesdits comtes n’en prenaient pas trop à leur aise – on est jamais trop prudent – et respectaient ce tout nouveau contrat de vassalité qui était en train de se créer dans la bonne vieille Gaule jadis romaine.

Erwin est donc un abbé saxon – à l’époque les fonctions d’abbé et d’évêque ne sont pas intrinsèquement liées à un lieux comme ce sera le cas plus tard – né et élevé dans l’actuel Grande-Bretagne (oui et il est grand, maigre, caustique dans ses propos et plutôt austère dans ces habitudes, je ne vois pas du tout à quel détective grand-breton il pourrait faire penser) érudit et disciple du célèbre Alcuin qui fut la cheville ouvrière de la renaissance carolingienne. Associé au comte Childebrand, cousin de Charlemagne de la lignée des Nibelung (quel joli nom), ils forment l’une de ces paires redoutées de tous car ne relevant que de l’empereur. Et ils s’y entendent pour bousculer des choses que l’on croyait bien établies, évinçant des comtes à la justice approximative, écartant des évêques aux appétits trop grands, apaisant au passage quelques révoltes, creusant là où on ne les voudrait pas et bien souvent redresseur de torts – quand bien même leur justice nous semble parfois  cruelle mais bon on est au IXe siècle.

Au fil des enquêtes, ils nous font visiter quelques coins de cette Gaule encore si variée dans ses peuples, ses coutumes et ses langues. De Lyon en Berry en passant par ce qui sera la Bourgogne (le Poignard et le Poison), ce qui est encore à l’époque la Septimanie (Les noyées du grau de Narbonne) ou même la résidence impériale  de Thionville en Moselle (Le mystère de la femme en bleu), Marc Paillet nous permet d’explorer ce monde en mutation ou se dessine l’Europe à venir. Stratifications sociales et familiales, droits variables et complexes selon l’origine des sujets, vie quotidienne, paysages, marchandises et transport, enfin toutes ces choses qui font exister une époque. A cela s’ajoute toujours un rien de politique : révoltes (les Spectres de la nouvelle lune, la Femme en bleue, la Salamandre), souvent d’actualité sous Charlemagne qui ne fit pas dans la dentelle pour pacifier ses conquêtes, ou même ambassades car l’empereur ne dédaigne pas d’envoyer ses chers missi prendre contact avec le très célèbre Haroun al Rachid au coeur de sa ville de Bagdad (le Sabre du calife) ou explorer un peu les coutumes des redoutés Hommes du Nord du côté du Jutland (les Vikings aux bracelets d’or). Dans tous les cas, un meurtre ou plusieurs seront l’occasion, pour notre saxon, de montrer son étonnante sagacité  car il n’est guère porté sur l’ordalie ou autre torture et préfère démontrer, prouver et faire avouer. Ce qui le rend éminemment sympathique aux lecteurs du XXIe siècle cela va sans dire. Embarquez donc au côté d’Erwin et Childebrand pour un voyage dans le temps et l’espace, gage d’évasion, de dépaysement et – disons-le – de plaisir même pas coupable.

(ayant écrit un seul billet jusqu’ici sur ce cher Erwin, je vous mets quelques liens vers le blog du Papou qui s’est récemment fait une orgie carolingienne 🙂 )

Le regretté Marc Paillet, historien, résistant, journaliste et écrivain, né en 1918, nous a quitté en 2000 à ma considérable tristesse car je l’appréciais fort et l’apprécie toujours.

Si la mouvante frontière entre l’antiquité et le moyen âge vous intéresse, il est également l’auteur du Remords de Dieu qui à travers les tribulations de deux clercs immortels entre le IVe et le IXe explore la naissance et la mort de civilisations qui se crurent toutes impérissables. Plus érudit que la série Erwin mais disons moins pétillant dans son intrigue, ce roman fascinant et excellemment écrit est un plaisir de lecture.

Enfin et à toutes fins utiles, si vous aviez comme moi, du mal à quitter cette époque passionnante, vous pourriez vous tourner vers une œuvre de pur historien, en l’espèce Pierre Riché, très grand spécialiste de l’histoire médiévale, en lisant son très bel essai, Les Carolingiens, une famille qui fit l’Europe (Hachette 1997). Un ouvrage passionnant, clair et fort bien écrit qui débarrasse efficacement l’histoire carolingienne des quelques scories façon roman national – voire nationaliste – qu’elle trainait depuis le XIXe. Hautement recommandable !

Bon voyage les gens et puisse la lecture vous être agréable…

 

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Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon

Paul est en prison. Voilà qui a tendance à borner un horizon ; ici réduit à 6 m² partagé avec un homme et demi de muscles, de tatouages, de violences verbales et de passion pour les Harleys. Deux hommes, deux lits superposés, deux fenêtres, deux tabourets scellés au sol, deux tablettes, un lavabo, un siège de toilette. Voilà l’horizon et pour l’ambiance : La prison nous avale, nous digère et, recroquevillés dans son ventre, tapis dans les plis numérotés de ses boyaux, entre deux spasmes gastriques, nous dormons et vivons comme nous le pouvons.

Pour l’homme et demi, bikers et membre des trop fameux Hells, peu de mystère, quand bien même il protesterait de son innocence, tout le monde se tient à carreau devant lui – y compris les gardiens qui ne tiennent pas à ce qu’il s’énerve. Mais Paul ? Comment cet homme tranquille et serviable, superintendant pendant 26 ans du même immeuble dans Ahuntsic (concierge en somme), n’aspirant qu’au calme du ciel, des eaux et des forêts, a-t-il bien pu se retrouver dans ce « condo » d’un triste genre ? L’histoire d’une vie…

J’avais aimé une Vie française et la Succession, ce nouvel opus m’a donc plaisamment sauté dans les mains presque à mon insu et puis le thème me parlait, ce huis-clos improbable entre un déraciné décalé et un bikers frappé – ce dernier renvoyant excellemment en miroir l’humanité – et peut-être la solitude – du premier. Et puis ce grand écart entre Toulouse et Montréal… évidemment. L’écriture de Jean-Paul Dubois est comme toujours intense, précise, ironique, pétrie de nostalgie et de questions sans réponse, délicatement désespérée mais avec une petite lueur peut-être, celle d’une lumière sans pareille sur l’argent d’une mer nordique. Prenant !

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon – Jean-Paul Dubois – 2019 – L’Olivier

PS : Après presque un an de pause, je me suis dit que taper dans la rentrée littéraire était le moins que je pouvais faire.

PPS Mon blog a treize ans aujourd’hui, treize ans !!!! tout ce temps déjà… joyeux blogoversaire à moi-même donc 🙂

PPS : Cela me fait plaisir de vous retrouver

L’avis de Jérôme

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Le Premier Jardin

Après des années d’errance théâtrale qui l’ont rendue célèbre en Europe, Flora Fontange se voit offrir un rôle à Québec dans la pièce de Samuel Beckett Oh les beaux jours, l’occasion pour elle de retrouver les lieux de son enfance – qu’elle a soigneusement évités depuis fort longtemps – et de retrouver sa fille, jeune adulte qu’elle sent s’éloigner d’elle. Deux occasions redoutées qui vont l’entrainer dans  une étrange balade à travers la ville et les profondeurs de sa mémoire et peut-être lui permettre de se retrouver voire de se réconcilier avec son histoire et avec elle-même…

Lire un Anne Hébert est toujours un bonheur et Le Premier Jardin ne fait pas exception à la règle. Cet été j’ai eu le bonheur de suivre une promenade littéraire à Québec sur les pas des écrivaines qui en ont écrit. C’est là que j’ai entendu parler de ce roman et je savais – je savais – qu’il me fallait le lire. J’ai adoré me promener à nouveau dans la vieille ville sur les pas de Flora, femme vulnérable, blessée qui depuis des années fuit dans les personnages qu’elle incarne pour éviter d’être elle-même – ou peut-être pour se pardonner de ne pas s’être soumise à ce qu’elle aurait du être comme l’ont fait tant de femmes anonymes et dévouées dans l’histoire de cette ville. C’est magnifiquement écrit, superbement mis en scène – si j’ose dire – dans l’exceptionnel décor qu’est la ville de Québec, et le personnage est étonnamment attachant sous ses apparentes superficialités de femme-enfant. Un magnifique roman sous le signe du temps qui passe et de la réconciliation intime. Excellent !

Le premier jardin – Anne Hébert – 1988 – Le Seuil 200

*ce n’est peut-être plus la journée (je me suis un peu perdue dans les LC), mais Anne Hébert est une immense écrivaine et compte parmi les classiques de la littérature québécoise.

**de la même auteure dans ces pages : Kamouraska, Il y a certainement quelqu’un (poème)

***un jour j’écrirai mes billets en retard sur Les fous de Bassan et Les chambres de bois si si si

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Taqawan

 « Il faut se méfier des mots. Ils commencent parfois par désigner et finissent par définir. Celui qu’on traite de bâtard toute sa vie pour lui signifier sa différence ne voit pas le monde du même œil que celui qui a connu son père. Quel monde pour un peuple qu’on traite de sauvages durant quatre siècles ? »

Un après-midi de juin, le bus scolaire de la réserve mi’gmaq de Restigouche est bloqué sur la route. Des gyrophares scintillent dans tous les sens, les gens courent, les forces de police du Québec, venues en nombre, semble avoir encerclé les lieux. Inquiets pour leurs parents, quelques écoliers s’échappent du bus pour rentrer chez eux malgré le chaos ambiant. Pour Océane, 15 ans, c’est le début d’une épreuve qui la marquera pour longtemps…

1981, le Québec est en pleine crise institutionnelle. Après l’échec du référendum de 1980 sur la souveraineté, le parti québécois à l’origine dudit et réélu de frais, entend affirmer son indépendance face à l’autorité fédérale canadienne. Or si les droits de pêche sont sous juridiction provinciale, les réserves dépendent le l’administration fédérale. Une belle occasion pour le gouvernement québécois de montrer qu’il est maître chez lui serait-ce au dépens des autochtones à qui il entend interdire de pêcher le saumon  – activité traditionnelle s’il en fut. Et ainsi un peuple en lutte pour sa langue et son autonomie se retrouve à s’en prendre à une minorité plus mal lotie pour se faire entendre. Paradoxe ? Sans doute mais nourri de tout un contexte que Taqawan* s’emploie admirablement à nous montrer** à travers l’histoire tragiquement banale qui va réunir pendant quelques jours, quatre personnalités très différentes.

Dans les livres de Eric Plamondon, j’aime tout : l’écriture, les sujets multiples qui s’emboîtent, l’humour par l’absurde, l’humanité souffrante des personnages. Mais ce qui m’impressionne le plus c’est sa maîtrise de la narration collage. (J’invente des mots si je veux). Taqawan, comme Hongrie Hollywood express avant lui – se présente comme un assemblage de courts chapitres, rassemblant, tressant, tissant une histoire bien plus large et complexe que son intrigue, à travers ici un conte, là une rencontre, une recette, un viol, une précision linguistique, une poursuite en canoé, un rappel historique et bien d’autres choses encore… Et à la fin, on s’aperçoit que tout se tient, qu’on aime chaque personnage, que les pages ont tourné toutes seules et qu’on est bien marrie d’avoir encore une fois à quitter la Ristigouche et ses reflets. (C’est qu’il m’y avait déjà emmené dans sa nouvelle éponyme qu’on retrouve aujourd’hui dans le recueil Donnacona***** et que je ne saurais trop vous recommander). C’est grave et pétillant, engagé mais sans manichéisme, allègre mais plein d’enseignement, à mille lieux de la caricature ou de l’angélisme facile. C’est tout ce que j’aime dans un roman. Grisant !

Taqawan – Eric Plamondon – Quidam  2018 – Le quartanier 2017

Les avis enthousiastes (entre autres) de Karine, Keisha, la cause littéraire, ceux moins convaincus du papou et de catherine  – Et on me souffle dans l’oreillette (l’oreillette actualitté précisément) que Taqawan vient de recevoir le prix France Québec littérature 2018 – il était déjà détenteur du prix des chroniqueurs de Toulouse polars du sud 2018.

*Taqawan c’est le nom que les mi’qmaq donne au jeune saumon qui revient pour la première fois pondre dans la rivière de sa naissance.

**à Toulouse polar du sud, l’auteur racontait que ce qui l’avait frappé quand il avait découvert cette histoire, c’est que lui québécois n’en avait jamais entendu parler, ce qui l’avait amené à se rendre compte que les amérindiens était largement invisibles dans l’histoire du Québec telle qu’il l’avait apprise. Des propos qui ont été droit au coeur de l’ancienne étudiante en anthropologie qui avait suivi avec effarement la crise d’Oka en 1990. (oui c’est moi)

***Ah et je comprend maintenant pourquoi il a rigolé quand je lui ai dit que j’étais anthropologue – c’est baveux ça Eric  – mais je ne vous dirais rien, lisez le livre

****Ce qui me fait penser que la conversation entre Yves et Caroline qui mène à leur rupture est quasiment l’écho parfait d’une conversation (heureusement moins dramatique) que j’ai eu il n’y a pas si longtemps. Le mot nationalisme ne sonne vraiment pas tout à fait pareil de part et d’autre de l’atlantique.

***** Saviez-vous que Donnacona en plus d’être une ville québécoise, était le nom d’un chef iroquaien qui accompagna Jacques Cartier en France et eu quelques entretiens avec le roi François 1er ?

******Oui j’aime les billets courts mais parfois, j’ai trop de chose à dire (comment ça je suis bavarde ?) (je crois que je viens de battre mon record de notes de bas de billet)

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Albertine en cinq temps

À 70 ans, Bartine, désormais seule au monde, emménage dans une maison de retraite et se retrouve – littéralement – face à elle-même. Albertine à 30 ans – pleine de vie et d’une colère qui peine à s’exprimer, Albertine à 40 ans perdue dans sa rage, Albertine à 50 ans plus apaisée, enfin autonome mais sur la défensive, Albertine à 60 ans cassée et droguée, Albertine à  70 ans presque sereine, ou disons prête à faire face à sa vie. Une vie cabossée vécue sous le maitre signe de la frustration qui, dans cette étonnante introspection chorale, nous fait la démonstration d’une inaptitude au bonheur tout en esquissant en filigrane une histoire intime de la condition féminine dans le Québec du tournant du XXe siècle.

Je continue mon voyage dans le théâtre de Michel Tremblay et grand Tolkien que je regrette de n’avoir jamais eu l’occasion de voir au moins une de ses pièces sur scène. Je me demande même parfois si je ne préfère pas ses pièces à ses romans – si du moins une telle préférence pouvait avoir un sens tellement j’aime son écriture, sa finesse, la richesse de son univers et la subtilité qu’il instille dans ses personnages. Albertine, personnage centrale des Chroniques du Plateau Mont-Royal nous ouvre ici les secrets d’un cœur rongé par le rôle qui lui a été assigné et dont elle n’a jamais pu, jamais voulu se satisfaire. Eut-elle été plus heureuse si elle avait vécu un autre destin dans une autre époque ? qui sait. Ayant lu  cet été Le Peintre d’aquarelle – dont je vous parlerai quelque jour – roman qui conte le destin du fils d’Albertine, Marcel, destin hors norme, tragique mais peut-être finalement moins terrible que celui de sa mère ; j’ai été profondément touchée par cette femme si peu en accord avec ce qu’on attendait d’elle, si insoumise dans son apparent conformisme, si seule enfin tout au long de sa vie. Attention Chef d’oeuvre !

Albertine en cinq temps – Michel tremblay – 1984  Léméac – 2007 Actes sud papiers

 

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160 rue Saint-Viateur ouest

Enquêtant sur la mort quelque peu mystérieuse et fort peu ragoutante d’un chercheur en ingénierie végétale apparemment victime de ses propres expérimentations, le lieutenant Mathis Blaustein, se retrouve parallèlement confronté à une étrange visite au domicile de ses parents, très précisément au 158bis rue Saint-Viateur ouest, lieu où il n’est officiellement plus censé mettre les pieds. C’est que le dit lieutenant Blaustein né et élevé dans la communauté Hassidique de Montréal est à la fois policier et homosexuel, ce qui le met par définition au ban de la communauté de son enfance. Un ostracisme qui ne l’empêche pas de rendre visite – en cachette – à sa mère et donc d’être présent lorsqu’une vieille femme quelques peu déboussolée vient bouleverser la vie bien rangée de Madame Blaustein. De fil en aiguille, de piano cloué au mur en lettres d’amour fanées, Mathis remonte aux racines d’une histoire sanglante qui relie deux continents et pourrait bien lui permettre, chemin faisant, de rassembler les fragments de sa propre identité.

J’aime le Mile End, ce quartier de Montréal situé juste à la limite ouest du Plateau Mont Royal et où l’on mange les meilleurs bagels du monde. Et ce fut un plaisir de m’y promener au côté de ce policier atypique en quête de réponses tant sur des meurtres présents ou passés que sur sa propre identité. Quête qui l’entraînera au demeurant plutôt loin dans le temps et dans l’espace. Roman d’atmosphère et de non-dits ou l’Histoire avec une majuscule croise crimes et secrets de famille, 160 rue Saint-Viateur ouest est un polar, foisonnant, bien mené, bien écrit et pour tout dire hautement recommandable. Entraînant !

160 rue Saint-Viateur ouest – Magali Sauvé – Mémoire d’encrier – 2018

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les sangs

Anne ma soeur Anne, ne vois tu rien venir*…

Dans une ville hors du monde et du temps, Féléor Barthélémy Rü, l’homme le plus riche qui soit, ne tombe amoureux que de femmes d’exception qui lui vouent un amour absolu jusqu’à la déraison. Sept femmes, toutes différentes, toutes vouées à mourir d’amour et à lui laisser en souvenir, un journal, quelques lettres, un récit…

N’ayant rien lu sur ce roman (pas même le bandeau qui apparemment l’ornait chez grasset car j’ai une édition québécoise), je me suis trouvée totalement désarçonnée par cet étrange roman.* Désarçonnée, rebutée – à la limite du malaise parfois – mais fascinée aussi par une narration et une écriture étincelante au service d’une vision aussi noire que possible mais pourtant étonnamment allègre d’un conte* déjà passablement effrayant au départ. Audrée Wilhelmy brode ici sa version de l’amour à mort entrelaçant avec virtuosité féerie, érotisme et horreur, ajoutant une touche de perversité à nos peurs d’enfants. Sulfureux !

Les sangs – Audrée Wilhelmy – Léméac 2013 – Grasset 2015 – Nomades 2017

*Charles Perrault
**Aussi essaierais-je d’en dire aussi peu que possible (mais si je peux être brève farpaitement)
***Comment ? quel conte ? Mais qui donc avait eu sept femmes et gardait ses souvenirs dans une pièce fermée à clé ? Laissez-moi réfléchir…

L’avis de argali , celui de Enna

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Les villes de papiers

Les villes de papiers, ce sont des repères imaginaires – villes, ponts, rivières – que les cartographes dissimulaient autrefois au détour d’une carte pour se protéger des contrefaçons. De quoi faire rêver une enfant déjà portée aux songes que ces endroits impossibles à trouver ailleurs que sur le papier.  De là à s’évader dans cette autre réalité, faite de maison, de fleurs, d’oiseaux, d’étoffes ou d’épices épinglées par des mots noirs sur la page blanche…

D’Emily Dickinson, on sait peu de choses, c’est à dire tout ce qui est concret et rien de ce qui importe. Cette femme qui sema toute sa vie des poèmes sur des chiffons de papier d’emballage et préféra de loin les relations épistolaires aux rencontre de chair (IRL avant la lettre), n’a apparemment aucun mystère. Née dans une famille puritaine, elle mena une vie de jeune fille rangée, étudia au séminaire, revint vieillir doucement dans la maison de ses parents auprès de sa jeune soeur, se coupa peu à peu du monde pour vivre, éternellement vêtue de blanc, quasiment recluse dans sa chambre. Ce qui se passait dans son esprit et dont témoigne une immense correspondance et près de 2000 poèmes, c’est une autre histoire. Et c’est celle-ci que Dominique Fortier entend raconter. Perchée sur l’épaule d’une enfant émerveillée par le minuscule, elle s’accorde à son rythme et ses mots, cueillant les images de sa poésie pour en retrouver l’inspiration.

« En écrivant, elle s’efface. Elle disparaît derrière le brin d’herbe que, sans elle, on n’aurait jamais vu. Elle n’écrit pas pour s’exprimer, quelle horreur, ce mot lui rappelle celui d’expectorer, dans les deux cas le résultat ne peut être qu’un flegme gluant, plein de glaires ; elle n’écrit pas pour se distinguer. Elle écrit pour témoigner : ici à vécu une fleur, trois jours de juillet de l’an 18**, tuée par une ondée un matin. Chaque poème est un minuscule tombeau élevé à la mémoire de l’invisible. »

Les villes de papiers est un roman au charme entêtant, une écriture cristalline qui témoigne elle aussi des plaisirs minuscules d’un monde plus sensible que sensuel. On le referme avec une seule chose en tête, trouver un recueil d’Emily Dickinson et s’y plonger. Lumineux

They shut me up in Prose —
As when a little Girl
They put me in the Closet —
Because they liked me « still » —

Still! Could themselves have peeped —
And seen my Brain — go round —
They might as wise have lodged a Bird
For Treason — in the Pound

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Québec en novembre top départ – la récap !

On l’attendait, il est là… à partir d’aujourd’hui – 1er novembre – ce sera Québec à tous les étages sur tout un tas de blogs… S’il vous faut encore des idées vous trouverez des liens dans mon billet de présentation et dans celui de Karine bien sûr. Il y a aussi les anciennes récap que vous trouverez dans le menu. Bref de quoi faire. Et comme toujours je ferai la récap de l’année dans ce billet, pensez à me mettre vos liens en commentaire, ce sera plus simple.

1, 2, 3 top départ ! et que la lecture soi

Présentation

1er novembre

2 novembre

3 novembre

4 novembre

5 novembre

6 novembre

7 novembre

8 novembre

9 novembre

10 novembre

11 novembre

12 novembre

13 novembre

14 novembre

15 novembre

16 novembre

17 novembre

18 novembre

20 novembre

21 novembre

 

 

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Top 7 québecois – Programme de lecture pour Québec en novembre

Dans la série de mes top sept, et Québec en novembre pointant son nez poudré à frimas, j’ai pensé partager avec vous mon programme (potentiel) (et optimiste) de lectures pour novembre. Alors certes j’ai déjà pas mal de romans déjà lus à mon actif (que je vous avais partagé par là) mais en matière de lecture ma devise est « jamais trop » ou quelque chose du genre et puis j’ai des réserves, je suis allée au Québec cet été, d’où valises lourdes et pile à lire… Reste à écrire et cela, ma foi, est une autre histoire.

  1. Taqawan de Eric Plamondon chez Quidam 2018 – Il se trouve que l’auteur a sa journée dédiée le 16 novembre, ce qui tombe très bien (oui je sais, c’est moi qui l’ai proposée mais il y a eu plein d’amatrices alors…)
  2. Les remparts de Québec de Andrée Maillet – l’héxagone – 1964 En souvenir de la délicieuse promenade littéraire que nous avons suivie Karine et moi en août dernier dans la ville de Québec sur les traces des auteures qui s’y sont promenées.
  3. Je voudrais qu’on m’efface d’Anaïs Barbeau-Lavalette – BQ 2012 – Parce que Karine a dit qu’il fallait et si elle le dit… (Il y a aussi une journée dédiée à l’auteure d’ailleurs, le 24 novembre)
  4. Les Sangs d’Audrée Wilhelmy chez Nomades 2013 – Lu et approuvé par la très belle librairie Carcajou de Rosemère où j’ai mes habitudes
  5. Le fleuve de Sylvie Drapeau chez Léméac 2015 – parce que c’est un cadeau et que j’ai grande confiance en la personne qui l’a choisi
  6. La vie rêvée des grille-pain de Heather O’Neill chez Alto 2015 – Pour exactement la même raison que précédemment (Une lc est prévue aussi, le 30 sauf erreur)
  7. Un petit bruit sec de Myriam Beaudoin chez BQ 2003 – parce que depuis Hadassa j’attends de lire autre chose de cette auteure
  8. Alice marche sur Fabrice de Rosalie Roy-Boucher aux éditions de ta mère 2018 – parce que le titre et le quatrième ont fait qu’il m’a sauté dans les mains quasiment de lui-même
  9. Au péril de la mer de Dominique Fortier chez Alto 2015 – j’ai hésité pour celui-là (on avait envisagé une journée dédiée aussi mais je crois qu’on n’avait plus de place) car elle a sorti un roman cette année qui me fait bien envie aussi… dilemme de dilemme.

Oups j’en suis déjà à neuf dans mon top sept oui bon de toute façon les chiffres et moi… (au passage je me rends compte que j’ai sélectionné huit autrices pour un auteur et je ne l’ai même pas fait exprès) L’important étant que c’est un chouette programme qui me fait déjà les yeux doux. je finis mon marathon Outlander (7976 pages, une paille, mais j’achève) et je m’y mets et Vous vos projets, où en sont-ils ?

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