Le collier de la princesse

En déplacement hors de sa juridiction, Le juge Ti prévoit d’en profiter pour se détendre quelques jours dans la Ville-du-bord-de-l’eau, ses lieutenants devant le rejoindre par la suite. Mais dès son arrivée, une rencontre, un meurtre et autres événements imprévus s’enchaînent, précipitant notre juge dans un complot d’ampleur impériale…
Le juge Ti mène habituellement ses enquêtes accompagné par tout ou partie de ses lieutenants, il est cependant seul dans les deux derniers romans écrits par Robert Van Gulik, Le collier de la princesse et Assassins et poètes. Tous deux nous montrent « le Juge ti en voyage », se suivent chronologiquement et prennent place alors que le magistrat est en poste à Pou Yang, haut lieu de ses exploits contre la clique bouddhiste. J’ajouterai en toute objectivité que ce sont deux de mes préférés.
Le collier de la princesse est un roman court et pétillant, l’action y est rapide sans pause ni temps mort, notre juge semblant, au contact tant de la jeune Fougère que de la troisième princesse, retrouver une vigueur dans l’action  plutôt assumée par ses lieutenants en temps normal. Il accepte une mission digne d’un agent secret, se fait passer pour un malfrat auprès d’une huile de la pègre, manie l’épée de belle façon et se livre à d’aventureuses expéditions avant d’assumer, quelques heures, de hautes responsabilités, avant-goût d’un futur pas si lointain*.
L’intrigue nous permet de surcroît de pénétrer quelques peu les secrets d’un palais, fut-il d’été, et de rencontrer le seul personnage impérial de toute la série, cette fameuse troisième princesse propriétaire d’un collier de perle sans prix. Si l’histoire du vol du collier est assez tortueuse, elle met magistralement en scène à la fois l’ambiance confinée et farcie d’intrigues des milieux proches du pouvoir et le concept de fonction dans la société chinoise impériale, concept pas toujours facile à appréhender pour des occidentaux. Van Gulik l’a maintes fois souligné, en Chine les honneurs et les privilèges étaient dus à la fonction et non à ceux qui les assumaient et, ainsi que le remarque  justement l’un des personnages du roman, nul n’etait intouchable à l’exception (relative) des membres de la famille impériale. Ainsi un simple « morceau de papier » permet instantanément au juge de changer de statut et de passer de l’état de gêneur à éliminer à celui d’inquisiteur impérial à qui même les plus hauts fonctionnaires doivent obéissance absolue – sans que personne ne songe même à remettre en cause sa légitimité.
Comme à son habitude l’auteur esquisse quelques très beaux portraits de femme et y ajoute un magnifique moine taoïste, adepte du non-agir comme le sera d’ailleurs le moine zen du dernier de ses romans, qui tient à la fois le rôle de deus ex machina de l’intrigue et celui de « sage »  incitant notre juge à tirer les leçons de l’expérience.
La délicatesse pleine de légèreté du décor de cette petite ville tranquille fait pendant à la rigidité glauque du complot dans un équilibre que je trouve assez parfait pour donner l’un des plus agréables épisodes de la série**.

L’avis de Thom et peut être même celui de Xavier, guest star du !

Le collier de la princesse (Necklace et Calabash) – Robert Van Gulik – 1966 – traduit de l’anglais par Anne Krief – 10/18

Dans les épisodes précédents
Les enquêtes du juge Ti
Trafic d’or sous les Tangs
Le paravent de laque
Meurtre sur un bateau de fleurs
Le monastère hanté
Squelette sous cloche
Le pavillon rouge
La perle de l’empereur


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* Dans quatre romans maintenant…
** Mon préféré c’est le prochain
!

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16 réponses à Le collier de la princesse

  1. Thom dit :

    En fait, une fois n’est pas coutume dans le JDC, je suis en avance, j’ai déjà relu l’excellent suivant :-))

    Mine de rien je m’aperçois qu’on en a quand même fait pas mal, des Juge Ti, malgré notre relatissement de tempo !

    Suis bien d’accord avec toi celui-ci, un des plus agréables, c’est exactement ça. Pas le plus fascinant, pas le plus complexe… mais le plus « fun », on a l’impression qu’arrivé à la fin de sa vie, Van Gulik se lâche complètement ^^

    • yueyin dit :

      Oui c’est le dernier juge ti d’aventures très « grand air », alors qu’assassins et poètes est plus intérieur et s’enracine dans le yamen… c’est drôle : les deux derniers de van gulik…

  2. Xavier dit :

    La dernière phrase de ton article résume parfaitement mon sentiment sur cet épisode… que nous avons tout trois également apprécié apparemment…

  3. Isil dit :

    Tiens, je pourrais bien reprendre ma lecture des enquêtes du juge Ti avec ce titre.

  4. choupynette dit :

    hé bien hé bien, heureusement que l’on ne se fie pas à la couverture… ;)))

    • yueyin dit :

      Ben elle est jolie la couverture (et c’est une illustration originale de l’histoire par Van Gulik lui-même !!!) mon fils l’adore, quand il la voit il fait le loup (genre tex avery, tient il faudrait que je lui montre du tex avery, il aimerait je crois…)

  5. Karine:) dit :

    Vraiment, tu es pas mal hot de suivre ce challenge aussi assidûment!  Je ne sais pas comment tu fais! 

    • yueyin dit :

      Ah c’est l’avantage de le faire à deux tu sais, quand on se met d’accord sur une date, ça aiguillonne 🙂 et puis je les ai tous lu et relu  à de nombreuses reprises ce qui fait que les relectures sont plutôt rapides (et fort plaisantes je dois dire) Tu as déjà lu des Juge Ti ?

  6. Karine:) dit :

    Yueyin: Non, jamais lu!  J’ai bien entendu noté la série après ta série de billets mais je n’ai pas encore amorcé tout ça!!  Disons que ma pile fait peur … un peu!!!  Faudrait que je place mes livres qui ne comptent pas ailleurs!

    PS-défouloir: o-b me fait badtripper ce soir!!! Grrrrr!!!

  7. hydromiel dit :

    J’avais commencé la série et j’ai beaucoup aimé. D’ailleurs je ne sais même pas pourquoi je n’ai pas continué  Ha siiiiiiiiiiiiii, ma PAL !! Trop haute

  8. anais dit :

    Je publie sur mon blog  un roman-feuilleton pour les adolescents:

    Ange Godiche à L’école de la Vie.

    Début le 1 mai

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