La vie en lunettes roses

Ce mini-recueil de nouvelles tourne depuis un certain temps dans la blogosphère et j’avais de la curiosité pour cette auteure new yorkaise, apparemment culte aux Etats-Unis. De fait, je suis ravie d’avoir pu la découvrir.
D’un côté les sujets m’ont laissé relativement froide. La jeune femme d’un professeur de facultée vit dans le brouillard rose d’une consommation constante de psychotrope, du genre de ceux qu’on trouve facilement sur les campus. Une autre mène une aventure quasi muette et fondamentalement destabilisante pour son partenaire masculin.
Tout cela m’a nettement rappelé tous ces romans des années soixante-dix qui mettaient en scène une jeunesse aussi libérée que totalement paumée, intéressant mais sans plus.
D’un autre côté le style fuide et élégant de Laurie Colwyn et son talent pour camper ses personnage donnent un réel intérêt à ces nouvelles que j’ai finalement lu avec grand plaisir. Maintenant je crois que j’aimerai plus volontiers lire un de ses romans pour retrouver cette écriture toute en finesse. Une belle découverte !

Merci à Fashion pour ce les avis de Valedebaz, Uncoindeblog, Clarabel

La vie en lunettes roses (1981) suivi d’une fille dangereuse (1973)  – Laure Colwin – Traduit de l’anglais (américain) par Michèle Lévy-Bram – Autrement 2003

 

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Le papyrus de Venise

Au moment d’écrire un billet sur cet OLNI (objet livresque non identifié), je me retrouve sans voix, sinon sans clavier, à me demander par où commencer.
En fait le livre commence à Little big horn mais sans s’y attarder plus que cela, on y croise Lautréamont en plein siège de Paris, des éditeurs vénitiens du XVie siècle, un calmar géant, André Breton et quelques minotaures.
On se promène sur les site de fouille des chasseurs de dinosaure du XIXe ou dans les salons privés de collectionneurs de la Venise du XXIe… De mystérieux hommes en noir conspirent contre le savoir, quand d’étranges géants veulent le préserver pour l’humanité … Tout cet imbroglio semblant se cristalliser autour de la recherche d’un papyrus venitien perdu depuis des siècle et qui contiendrait, dit-on, la vérité sur une civilisation perdue, l’origine de la nôtre et bien d’autres choses encore…

Un vrai petit bijou ce roman qui se présente comme un feuilleton en sept fascicules, où à travers l’enquête menée par un petit antiquaire-libraire indépendant, se reconstituent quelques épisodes d’une très ancienne guerre du savoir aussi occulte que titanesque…  Le style en est enlevé voire bondissant, les péripéties s’enchainent avec bonheur mélant un gramme d’érudition pour quatre de fantaisie, le tout saupoudré d’humour et arrosé d’une série de crûs italiens fort tentants. Que du bonheur !

Le papyrus de Venise – François Darnaudet – Nestiveqnen – 2006

L’avis de Chimère (que je remercie 1000 fois pour ce prêt excellement distrayant)

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Jane Austen

Un peu plus de 400 pages de biographie pour une auteure dont tout le monde dit qu’on ne sait rien, cela semble beaucoup. C’est qu’en fait il est très exagéré de dire qu’on ne sait rien, ce qui me frappe moi c’est la quantité de choses et même de détails qui sont connus sur la vie et le quotidien de cette femme et de sa famille. Ce qui chiffonne ses biographes, ses admirateurs et ses critiques, c’est que si on sait énormément de choses sur ce qu’elle a fait, on ignore à peu près tout de sa vie intérieure. Sa soeur Cassandra a détruit une grande partie de sa correspondance et on ne lui connait pas de journal. De plus la tradition familiale a commencé à contrôler sa “légende” très tôt après sa disparition. Heureusement il reste quelques 160 lettres et… ses romans.
C’est donc justement sur les faits que cette biographie s’attarde. Je dirais que Claire Tomalin a attaqué la vie de Jane Austen par l’extérieur ; les vie et ce que l’on peut savoir des personnalités des membres de sa famille depuis ses grands-parents voire arrière grand parents, parents, frères, soeur mais aussi tantes, oncles et cousins y sont envisagés et mises en perspectives et les évènements de sa propre vie minutieusement décrits. Evènements au sens propre. Claire Tomalin peut dire où elle était à tel et tel moment et même pourquoi mais pas comment elle le vivait ni ce qu’elle en pensait. Là l’analyse de ses romans et de ses personnages prend le relais. Et cela devient passionnant…
L’inconvénient de ce procédé est qu’il nous éloigne parfois singulièrement du sujet, Jane elle même ; l’avantage est qu’il fait magnifiquement revivre une certaine Angleterre de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle avec ses contraintes, ses habitudes, son organisation matérielle, ses rapports humains. Les chapitres qui traitent des romans deviennent positivement fascinants sous cet éclairage et offrent toute sorte de pistes à la réflexion… et l’imagination.
Un ouvrage historiquement très solide, qui donne beaucoup d’épaisseur à l’écrivain par le biais de son environnement familial et matériel mais qui, j’imagine, peut paraître un peu long et touffu. Pour les passionnés !

L’avis de Cuné, Lilly

Jane Austen, Passions discrètes – Claire Tomalin – 1997 – Autrement 2000 (traduit de l’anglais par Christiane Bernard et Jacqueline Gouirand-Rousselon)

La parti pris de Carol Shields est bien différent dans sa biographie beaucoup plus concise. Tout d’abord c’est l’oeuvre d’une romancière et non d’une biographe stricto sensu, ensuite c’est l’hommage d’une admiratrice qui se concentre sur l’écrivain plus que sur son entourage, marque volontiers ses préférences, pour le personnage d’Emma par exemple, et n’hésite pas à privilégier tel ou tel thème qui lui tient plus particulièrement à coeur.
Tel quel c’est un livre magnifique, agréable à lire, très bien écrit qui brosse un portrait de Jane Austen tout à fait comparable sur le fond à celui de Claire Tomalin (rien d’étonnant c’est une de ses sources) mais de façon plus littéraire et plus personnelle. De plus, le format implique que Jane elle-même et l’analyse de ses romans occupent proportionnellement beaucoup plus de place que dans la biographie plus documentée de Tomalin, ce qui est fort agréable. Disons que les deux ouvrages se complètent fort bien.
Un seul bémol, la traductrice a retraduit à sa façon tous les titres des romans et au départ cela m’a un peu gêné de rencontrer “le coeur et la raison” ou “le parc de Mansfield”… mais c’est vraiment du détail. Extra !

L’avis de Cuné, Allie, Lilly

Jane Austen – Carol Schields – Fides – 2001(traduit de l’anglais par Corine Durin)

Pour finir cette revue de détail, je vous parlerai non pas d’une biographie mais d’un ouvrage critique sur Orgueil et Préjugés, mon roman préféré de l’auteur. (mon roman préféré tout court du moment).
Disons qu’il m’a fallu un petit effort d’adaptation au vocabulaire et au style. Je n’ai pas fait d’études littéraires et cet essai manie à profusion des mots fascinants comme diégétique, herméneutique, contrapuntique et autre hic… une fois qu’on est habitué tout va bien… On peut plonger dans une analyse très pointue et passionnante des tenants et aboutissants sociaux, idéologiques et psychologiques tant des personnages, que des lieux et des situations voire de la construction même du roman en trois parties – à l’origine le roman a bien été publié en trois volumes mais cela échappe en général au lecteur moderne.
De plus cela m’a permi de mieux apprécier certaines subtilités du vocabulaire et du style d’Austen en anglais – il y a des nuances qui gagnent à être éclairées. Car oui bien sûr je lis le roman en anglais, après l’avoir lu 20 fois en français je me suis dit que je pouvais tenter… et bien vous savez quoi, je confirme, ce n’est pas du Harry Potter (que j’adore au demeurant mais qui était beaucoup plus facile à lire en Version originale).
Bref un essai fascinant pour les fans du livres si la forme ne les rebute pas d’entrée de jeu.

Jane Austen Pride and Prejudice, Dans l’oeil du paradoxe – Catherine bernard – Ellipses – 2001

Les romans d’Austen dont j’ai déjà parlé (Vous avez dit monomaniaque ? vraiment ?)
Orgueil et Préjugés
Raison et sentiment
Persuasion
Northanger Abbey
Emma

Publié dans Jane Austen Challenge | 48 commentaires

Le maître de fengshui perd le nord

CF Wong est maître de fengshui à Singapour. Au fond le vieil homme n’aspire qu’à une chose gagner assez d’argent pour pouvoir s’adonner en toute tranquilité à son grand oeuvre : un recueil entièrement  rédigé à la main de citations et d’anecdotes intitulé “quelques bribes de sagesses orientale”. Mais CF Wong a bien des contrariétés, à commencer par une secrétaire bruyante, querelleuse et inefficace, une jeune stagiaire occidentale extrèmement moderne et totalement incompréhensible, sans parler d’un fantôme dans un cabinet dentaire, d’un climatiseur disparu ou de l’intention affirmée d’un astrologue indien et d’une voyante chinoise (au demeurant de vieux amis) de l’embarquer dans une complexe affaire de mort annoncée, et ce gratuitement ! Il est parfois bien difficile pour un maître de fengshui de préserver un semblant de tranquillité et d’harmonie tout en gagnant sa vie.
Franchement il est du plus haut comique ce CF Wong, écartelé entre traditions raffinées et obligations terre à terre, nageant le plus souvent dans l’incompréhension totale des propos tenus autour de lui, encore que, sur ce point, il soit loin d’être le seul… Nury Vittachi fait vivre pour nous un Singapour cosmopolite, agité, bruyant et probablement aussi étrange aux yeux de ceux qui le vivent qu’aux nôtres, ce qui n’est pas peu dire. Tous les acteurs de cette enquête (ces enquêtes ?) se croisent, s’agitent, discutent sans jamais se comprendre, aussi étonnés d’aboutir à une quelquonque solution que nous de les voirs arriver où que ce soit sans le recours à un consultant quelquonque, un géomancien par exemple. Hilarant !

Merci Chimère pour cet ébouriffant cadeau.

Lu dans le cadre de mon

Ceci est mon 301e article depuis la création du blog…

Le maitre de fengshui perd le nord – Nury Vittachi – 2002 – traduit de l’anglais (Honk Kong) par Julie Sibony – Picquier poche 2005

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Incorrigible !

Aujourd’hui j’aurais dû écrire un de mes vingt et quelques billets en retard. A la place, j’ai craqué pour ça…

Encore de beaux retards en perspective, shame on me !

N.B. Contrairement aux apparences, la théière rose (et néanmoins incassable) ne provient pas d’une librairie !

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Bal trafic !

Il n’y a pas si longtemps, ma Bal (boîte aux lettres pour les néophytes) et moi n’étions guère en bons termes. Rien de bon n’advenait jamais par son intermédiaire et il pouvait se passer plusieurs jours sans que je daigne jeter un coup d’oeil sur son contenu : factures, dépliants, factures, publicité, factures…  Merci bien ! Mais depuis un an et demi nos relations ont connu un spectaculaire revirement. Pas un jour sans que je cours la voir, l’ouvrir et bien souvent elle dissimule des enveloppes et paquets à l’adresse rédigée à la main qui compensent royalement les omniprésentes factures. Je songe d’ailleurs à la repeindre en mauve ou en jaune pour l’accorder à mon humeur. Certes elle reste intimidée par l’activité frénétique de certaines de ses congénères mais, en vérité je vous le dis, elle ne chôme pas cette petite et j’aimerai rendre un hommage mérité à sa silencieuse présence.

Hier soir donc, rentrant tardivement de trois jours de déplacement dans un lieu exotique s’il en est (Rocamadour si c’est pas exotique ça !) je passai rendre visite à la dite bal et la trouvai toute gonflée de bonnes nouvelles et de deux enveloppes. Je rappatriai joyeusement le contenu et m’empressai d’éventrer la première enveloppe… qui lacha un joli tas de petits paquets argentés et étiquetés – fou rire derrière moi ! Monsieur mon demi, plié en deux :

– Nooon mais c’est quoi ce trafic au juste ?

Pfff ! Bien que les apparences soient contre moi, je peux tout expliquer…


Car il s’agit de thé et je ne trafique pas, j’échange, histoire de nourrir ma . Et Loula m’a largement gâtée, 8 échantillons :

– Grand Olong
– Thé des alizées
– Kusmi tea aux amandes
– Grand Keemun
– Grand Yunan
– Ti kuan Yin
– Mélange anglais : Ceylan, Assam, Kenya
– Perles de Jasmin

Je n’aurais que deux mots : Merci et Miam !

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, la seconde enveloppe recelait ça :


Un Gailman !!!!! et le Gemmell que j’avais désespérement envie de lire…  (Oui de la part de Fashion, vous avez vu les petits coeurs roses !). Non que je manque réellement de lecture, il me reste à vu d’oeil une petite centaine d’ouvrages en attente, mais on n’est jamais trop prudent, rien que pendant mes trois jours lotois j’en ai dévoré quatre, prévoir c’est gouverner !

Et la bal dans tout ça, fini ? Que nenni, il y a quelques jours j’avais reçu “presque un mélo” de Cuné (délicieux il faut que j’en parle bientôt), “la vie en lunettes roses” un livre voyageur en provenance de Valdebaz et qui va bientôt repartir, sans parler de Virginia qui venait de chez Katell et qui va lui aussi s’envoler bientôt vers de nouveaux horizons…

Depuis les blogs, la BAL c’est trop d’la balle*…

 


* copyright Fashion

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Virginia

Eté 1943, en vacances sur une plage plutôt tranquille d’un Danemark occupé par l’armée allemande, un jeune garçon va connaitre à la fois un premier amour fugace et une expérience traumatisante qui le marqueront à vie.
Ce tout petit livre est intéressant par le style clair et élégant de l’auteur. Les descriptions sont étrangement vivantes et évocatrices et les monologues intérieurs transcrivent magnifi- quement la solitude et  la vacuité du narrateur.
L’histoire par contre m’a décue, si elle m’a bien accrochée au début par l’intensité des silences qui engluent les rapports entre les membres de ce curieux succédané de famille en vacances, elle se dilue ensuite et perd sa densité. Les personnages manquent de substance et restent des ombres dans un récit trop lâche. L’écriture si belle de l’auteur fait que j’ai lu ce roman avec plaisir mais en restant nettement sur ma faim.

Merci Nath pour ce

Les avis de Anjelica, Anne, Arlette, Clochette, Florinette, Elfe, Katell, Stéphanie, Tamara j’en oublie certainement

Virginia – Jean-Christian Grondahl – Gallimard 2004 – traduit du danois par Alain Gnaedig

Publié dans roman scandinave | 20 commentaires

Le printemps

Les poésies de Tristan au CE2

Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderies,
De soleil luisant, clair et beau.

Il n’y a bête ni oiseau
Qu’en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissé son manteau !

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent, en livrée jolie,
Gouttes d’argent, d’orfèvrerie,
Chacun s’habille de nouveau :
Le temps a laissé son manteau.

Charles d’Orléans (1394-1465)

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Emma

“I am going to take a heroine whom no one but myself will much like”. Ainsi s’inquiétait (!) Jane Austen de son personnage Emma et du roman qui porte son nom… Alors est-ce que seule sa créatrice peut aimer Emma ? je ne le crois pas.
Certes elle a des côtés agaçants, jeune, jolie, riche, gâtée et maîtresse chez elle ou peu s’en faut, elle trompe son ennui en inventant pour d’autres de meilleures destinées ce qui signifie de bons mariages… Si elle se contentait d’écrire ses intrigues, elle nous rappellerait quelqu’un mais voilà elle veut manier des gens bien réels et ceux-ci ne se comportent pas toujours en marionnettes dociles. Il faut dire qu’Emma est loin d’être aussi perspicace qu’elle le croit en ce qui concerne les sentiments et les pensées des autres. On ne peut pas dire qu’elle se trompe souvent, elle est systématiquement dans l’erreur et malheureusement les quiproquos qu’elle provoque ne sont pas sans effet…
Emma est le cinquième roman de Jane Austen, écrit près de 20 ans après Orgueil et Préjugé et Raison et Sentiments et certaines différences sont sensibles, non pas tant dans le style de l’auteur que dans “l’ordre des choses”.
Tout d’abord ici pas de relation préférentielle avec une sœur très aimée. Non seulement Emma vit loin de sa sœur mariée mais elle évite la seule jeune fille de son âge qui soit son égale lui préférant une orpheline pauvre, sans grande intelligence et peu éduquée mais qu’elle peut manipuler à son aise.
De plus, si elle cherche à marier les autres, Emma est parfaitement décidée à rester célibataire, aussi incapable de sentiment et de passion, semble-t-il, que de renoncer à sa quasi totale indépendance. Aucun frisson non, même lorsque, lors du seul et unique bal, un des personnage masculin renvoit comme un miroir l’image d’un Darcy mûri par l’expérience et sauvant de l’humiliation une jeune fille grossièrement ignorée par un fâcheux.
Car on est loin de la société brillante de ses deux premiers romans, Highbury est un tout petit village où Emma passe son temps entre son père, vieil hypocondriaque égocentrique, son ancienne gouvernante aujourd’hui mariée, la veuve et la fille appauvrie de l’ancien pasteur, le vicaire et sa femme, un beau-frère de 15 ans son aîné et c’est à peu près tout. Rien de très joyeux ni de très relevé comme compagnie… et la satire se déchaine, aussi incisive et vitriolée qu’on pouvait l’attendre. Jane Austen ne décrit que rarement ses personnage, elle se contente de les laisser parler et rien ne pourrait être plus cruel. Tour à tour mesquins, vains, médiocres, sots et j’en passe quand il ne sont pas tout à la fois, ces personnages nous offre un beau défilé et on comprend qu’ Emma ait besoin de dérivatif.
Après tout elle est pleine de bonnes intentions et prête jusqu’à un certain point à reconnaitre ses erreurs et à en tirer les leçons. Et là nous retrouvons l’essence du roman austenien, car il s’agit bien d’un roman d’apprentissage, Emma va apprendre à se connaitre, à écouter et à aimer comme les autres héroïnes de l’auteure mais en frôlant de près l’état de peste prétentieuse.
Au moment où elle écrivait ce roman, Jane vivait elle aussi dans un village entre sa mère et sa sœur, entièrement dépendante du bon vouloir des ses frères pour vivre. Les réunions animées, les sorties, les discussions du presbytère paternel plein à craquer étaient bien loin. Et j’avoue que je me suis interrogée sur le personnage de miss Bates, vieille fille sotte et volubile, vivant avec sa mère veuve d’un pasteur, en admiration devant sa nièce, toujours dépendante pour son confort et ses plaisirs de la bonne volonté des autres. Un personnage hautement comique mais sur fond d’amertume et d’une absence totale de perspective d’avenir… Est-ce d’elle-même que Jane se moquait ou avait-t-elle eu une vision de ce que serait l’avenir de sa soeur.
Un superbe roman, magnifiquement écrit, foisonnant, complexe, plein de pièges et de fausses pistes où certains trouveront qu’il ne se passe pas grand chose mais qui m’a tenu sous sa coupe.

Emma – Jane Austen – 1815

D’autres Billets sur Jane Austen dans ce blog :
Orgueil et Préjugés
Raison et sentiment
Persuasion
Northanger Abbey

Je ne trouve pas d’autres articles sur Emma, si vous en avez écrit un, dires le moi… Ah si celui de cuné
Lu dans le cadre de fashionK

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Le journal de Yaël Koppman

Yaël Koppman est une jeune économiste, maître de conférece en faculté et somme toute plutôt solitaire… Son éditrice de cousine lui propose un jour d’écrire de la chick lit, genre qui, dit-elle perfidement, lui conviendrait parfaitement. La chick lit, c’est cette fameuse littérature “de poulettes” si “tendance” depuis le succès du “journal de Bridget Jones”… A la fois surprise et vexée par cette proposition qui lui renvoie une image peu satisfaisante d’elle-même, Yaël se laisse peu à peu séduire par l’idée d’écrire l’histoire d’une jeune femme mais pas n’importe laquelle. Etant une admiratrice inconditionnelle en économie de John M. Keynes et en littérature de Virginia Woolf, elle décide de creuser l’histoire d’Anjelica Garnett, filleule du premier, qui fut aussi l’amant de son père, nièce de la seconde, fille des peintres Virginia Bell et Duncan Grant, épouse plus tard d’un autre peintre qui, au moment de sa naissance, vivait une histoire d’amour aussi triangulaire de complexe avec ses propres parents… à la grande époque du groupe de Bloomsbury.
En creusant l’histoire de cette enfant élevée par des esprits aussi brillants que libres mais entretenant des relations pour le moins fluctuantes, Yaël se voit sans cesse renvoyée à sa propre image d’enfant des années soixante-dix, privée de repères stables, ballotée de communautés en communautée, éternellement en rivalité avec une mère qu’elle n’arrive pas à comprendre.
Un roman réjouissant qui détourne avec bonheur tous les codes littéraires de la chick lit, depuis les tourments sentimentaux convenus jusqu’à l’obsession de la balance, en passant par l’égocentrisme consternant de la narratrice, pour en faire une sorte d’exploration littéraire doublée d’une analyse parallèle des réactions de deux jeune femme face au choix de vie de leur mère.
Le procédé du journal intime donne au récit une fluidité allègre, les références littéraires et culturelles donnent de l’intérêt et de la profondeur, le miroir psychologique permet à l’émotion de montrer le bout de son nez : un très joli roman qui donne irrésistiblement envie de se plonger dans la complexité des vies tumultueuses du groupe de Bloomsbury…

L’avis de Florinette, choupinette, Lou, et Marianne

Le journal de Yael Koppman – Marianne Rubinstein – Sabine Wespierer – 2007

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