Assassins et poètes

Convoqué par le préfet à Tchin houa, territoire de son collègue et ami le magistrat Lo, le juge Ti se voit invité par ce dernier à un séjour littéraire auquel doivent participer plusieurs célèbres poètes. Notre juge, bien que peu intéressé par la poésie moderne, est bien obligé de s’incliner. Heureusement pour lui, quelques meurtres vont venir épicer son séjour, voire le corser lorsqu’il soupçonne un lien avec les prestigieux invités du yamen.
Ce roman est le dernier écrit par Van Gulik avant sa mort. Comme le précédent il met en scène le juge en voyage, seul, et nous permet de retrouver son estimé frère-né-après-lui Lo, déjà rencontré à l’occasion de précédentes enquêtes relatées dans Squelette sous cloche et Le pavillon rouge.
Cet opus est sans conteste l’un de mes préférés et tout d’abord à cause de lasomptueuse galerie de portraits dont nous régale l’auteur: un académicien impérial imbu de son importance, un poète de cour un rien blasé, un moine ch’an (zen en japonais) dont les propos, comme les calligraphies, sont de petits bijoux et une ancienne et passionnante courtisane directement inspirée d’une fameuse poétesse dont Van Gulik a fait le portrait dans sa vie sexuelle dans la Chine ancienne (que je vous recommande au passage). A côté de ces invités de marque, s’agitent quelques personnages secondaires tout aussi savoureux, marchand de thé aisé, petit quincailler, flûtiste ou danseuse, tous sont admirablement campés et tiennent leur rôle de façon plus que crédible dans une société codifiée mais parfaitement intelligible.
L’intrigue ensuite, solidement construite et passablement retorse, ne forme qu’une seule affaire aux ramifications complexes s’étendant autant dans le passé que dans le présent. Enfin j’apprécie particulièrement le côté civilisé, très convivial de cette enquête que le juge Ti mène de repas modeste  en banquets d’intellectuels, de concertations autour d’un thé en interrogatoire alcoolisé. En mettant bout à bout ces bribes de conversation, notre juge ne trouvera d’ailleurs pas la solution qui sera, certes, révélée mais en le prenant, pour une fois, plutôt de court.  Une tragique histoire où les renards tiennent leur place à moins, comme le dit le frère Lou, que ce ne soit « un drame de renard où quelques malheureux humains jouèrent un tout petit rôle ».  Un bijou !

L’avis de mon propre et estimé frère-né-après-moi Thom.

Assassins et poètes – Robert Van Gulik – 1968traduit de l’anglais par Anne Krief – 10/18

Dans les épisodes précédents
Les enquêtes du juge Ti
Trafic d’or sous les Tangs
Le paravent de laque
Meurtre sur un bateau de fleurs
Le monastère hanté
Squelette sous cloche
Le pavillon rouge
La perle de l’empereur
Le collier de la princesse

 

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6 réponses à Assassins et poètes

  1. Mango dit :
    Ah! c’est le vrai juge Ti de Van Gulik que j’aime! Je viens d’être trompée par le faux, celui de Frédéric Lenormand! Quelle déception ! (que j’exprime d’ailleurs dans un récent billet)

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