Imaginales

2017-affiche-julien-delvalDu 18 au 21 mai donc, a lieu l’un des plus grand festival de fantasy qui soit, et de toute façon le plus grand en France, celui qui me fait rêver depuis des années et que je vais – enfin – voir de mes yeux, entendre de mes oreilles et toutes cette sorte de chose….

Autour de 30000 visiteurs, des rencontres, des conférences, des invités, des tables rondes, des expos, des animations, des projections que sais-je encore si ce n’est que je n’aurais pas assez d’yeux pour tout voir mais que je compte bien y retrouver quelques amis, me faire une liste de lecture longue comme le bras et en un mot comme en cent profiter de la fête et du voyage, ce qui colle parfaitement au thème de cette année : Destin(ation)s

Enjoy !

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Les Saisons au bord de la mer

maspero« Ils se racontent des histoires, ceux qui se bercent de l’illusion que les maisons ont une âme à elles. Si les maisons en ont une, c’est seulement celle que forme l’ensemble des âmes de ceux qui les habitent. Jamais elles ne pourront parler à des intrus sans mémoire de la chaleur que leur communiquaient les vivants d’alors, de l’écho des voix au sein de leurs murs, des odeurs de cuisine et de fleurs, du vent de la mer qui faisait claquer les volets. L’âme des maisons, la vraie, ne survit que dans le souvenir de ceux qui y ont vécu. »

Deux époques, deux maisons du bord de mer. Dans la première enserrée en crabe autour de la guerre, il, le père, se souvient de son enfance insouciante d’avant guerre dans cette grande demeure bourgeoise du nord à l’écart de la ville et de ses remugles populaires mais d’où l’on voit, au fond du jardin, les falaises d’Angleterre par temps clair. Et la même maison, plus tard à l’adolescence, malmenée, rapiécée, surplombant une ville détruite, hantée par les ombres des absents. La seconde plus riante, plus légère, pleine des souvenirs de la fille, elle, et des jeunes années de cette famille, que le père avait voulue, avait crue indestructible. Une autre guerre était bien là, mais un rien lointaine vue de cette île bretonne perdue où seule la présence d’un homme silencieux en djellaba immuablement présent au débarcadère rappelle qu’en d’autres lieux peut-être des batailles font rages. Plus ensoleillés et plus riants ces souvenirs certes mais tout aussi empreints de ce parfum des choses passées, des vacances enfuies, du temps qui file et de tout ce qu’on n’a jamais pris le temps de faire…

Des saisons au bord de la mer est ma première lecture de François Maspero et le coup de foudre fut immédiat. J’aime son écriture, sa précision, sa poésie et puis j’aime les souvenirs d’enfance, ces images lumineuses mais un peu floues sur les bords qui semblent surgir des brumes du passé. Et puis Maspero, ce nom, cette ambiance grande bourgeoise mais très intellectuelle, ça me parlait. Maspero comme Gaston Maspero l’égyptologue ? Comme Henri Maspero le sinologue ? C’est que je connaissais la famille, oh pas intimement bien sûr mais enfin ça me parlait. Bien sûr j’allais découvrir que François était celui qui, de loin, me parlait le plus, un libraire, un éditeur, un traducteur, un révolté universel mais toujours proche des gens de tous les gens, ordinaires ou non. Ces gens différents qui le fascinaient autrefois sur la plage quand dans la grande maison, on vitupérait cette invasion de congés payés crasseux qui seraient mieux au travail. Avec qui il engageait la conversation dans ce train bringuebalant qui traversait le nord de la France presque entièrement détruit par la guerre. Qu’il racontait à sa fille toujours avide de légendes mais aussi d’histoires, histoires de voisins, histoires de familles, histoires de gens autour parfois d’une simple entrée dans le livre d’or d’un restaurant de Belle-île : « Robert et Youki Desnos sont venus ici, ils y ont été très heureux et ils reviendront l’année prochaine ». Son écriture à la simplicité trompeuse ensoleille un récit qui ne se veut pas biographique au premier chef – pas de nom pour le narrateur et sa fille – mais en a les contours flous, les brumes légères, les aspérités soudaines et les blessures sans remèdes. Inspirant.

Des Saisons au bord de la mer – François Maspero – 2009 – Le Seuil

 

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L’énigme de Saint-Olav

melchior1409, la ville de Tallinn sur la mer Baltique est en pleine expansion. Membre de la Hanse, ville libre d’Empire régie par le droit de Lübeck, elle se développe, s’enrichit, se construit à l’ombre tutélaire de la forteresse de Toompea tenue par des chevaliers teutoniques figés dans leur privilèges déclinants. Mais quand un membre réputé de l’ordre est décapité dans son ivresse et que l’arme du crime est retrouvée sur le chemin de la ville basse, le commandeur ne laisse pas de demander des comptes à la cité en agrémentant le tout de menaces bien senties. Heureusement pour un bailli quelque peu dépassé par les événements, le perspicace apothicaire de la ville, Melchior, a quelques dons pour l’observation et la déduction…

J’aime les polars historiques et plus encore les polars médiévaux. Alors une énigme dissimulée derrière les mur de Tallinn à la haute époque de la Hanse, des pirates Vitaliens et des Chevaliers teutoniques… autant vous dire que j’étais enthousiaste. Et ce fut globalement une belle lecture, intrigante et bien retorse. L’histoire est complexe, le cadre bien décrit – quoiqu’il manque ce je-ne-sais-quoi de vraiment quotidien qui fait mes délices, et la narration plutôt bien menée. On sent que l’auteur envisage une série, alléchant le lecteur par ses demi-révélations sur Melchior. Mais, et c’est peut-être là que le bât blesse, hors Melchior, les personnages peinent à prendre chair et gagneraient à être mieux connus, plus caractérisés, plus vivants en somme. Ce sera peut-être pour de prochains tomes. En attendant  c’est une lecture intéressante et sympathique et dit-on le premier roman policier estonien traduit en français. Cela mérite bien un petit détour. Hanséatique !

L’énigme de Saint-Olav – Indrek Hargla – 2010 – traduit de l’estonien par Jean-Pascal Ollivry – Gaïa éditions – 2013

L’avis du papou qui a beaucoup aimé…

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Ceux qui sauront

ceuxquisaurontEt si la troisième république n’avait jamais vu le jour ? Et si la seconde restauration, échaudée par les troubles post révolutionnaires, avait voulu marquer un grand coup en interdisant toute instruction au peuple – et accessoirement en exécutant publiquement Jules Ferry coupable de promouvoir une telle instruction ? Le royaume de France n’en aurait pas pour autant été à l’abri de tout problème, mais les révoltes sporadiques, peu ou pas organisées, sans meneurs capables d’envisager une action à long terme n’auraient guère eu plus d’impact que les jacqueries paysannes du moyen-âge : un flot de sang et puis rien, on recommence… et un siècle ou deux plus tard, Jean fils du peuple se retrouverait condamné pour avoir participé à une école clandestine pendant que Clara, fille de riche banquier, baillerait aux corneilles devant un précepteur désabusé rêvant d’échapper à cette infernale corvée d’apprendre. Mais les circonstances échappent parfois à toute prévision et les destins de Jean et Clara vont se croiser et changer à jamais leur vie et leur vision du monde…

Pierre Bordage signe ici une uchronie jeunesse de belle facture. Son royaume de France nouvelle manière revêt une tonalité un rien steampunk, la narration est enlevée, les personnages – principaux mais aussi secondaires – sont attachants et le propos porte à réfléchir sur cette horrible corvée scolaire qu’on impose aux enfants des pays riches quand ceux d’autres pays en rêvent sans pouvoir y prétendre. Tout au plus pourrait-on lui reprocher quelques questions sans réponse sur l’organisation de ce monde – notamment d’où viennent les innovations technologiques qui existent bien même si elles ne sont pas accessibles au plus grand nombre ? Où trouve-t-on le vivier d’inventeurs nécessaires dans cet environnement sinistré de la connaissance ? Cela dit, cette absence peut être due à l’ignorance des deux jeunes protagonistes et l’explication se trouve peut être dissimulée dans les suites de ce très sympathique roman, Ceux qui rêvent et Ceux qui osent, affaire à suivre donc. Uchronique !

Ceux qui sauront – Pierre Bordage – 2008 – Flammarion

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Naufragés

naufragésEn l’an de grâce 1431, la nef Querina affrétée par Messer Pietro Querini, noble capitaine vénitien, part de Candie à destination des Flandres. Dès le départ, la navigation s’avère mouvementée mais c’est aux abords de leur destination alors que les 68 marins se croient arrivés qu’une tempête les emporte et les garde au large pendant plus de cinq semaines. Ils se croient quelque part au large de l’Irlande, c’est en Norvège que les survivants s’échouent et plus précisément sur l’archipel de Lofoten, très loin au nord, par delà le cercle polaire. Onze d’entre eux seulement reverront Venise…

Quoique l’histoire de la plupart des naufrages tienne simplement en une ligne – perdu en mer, certains nous ont légué de fameux récits plus ou moins mouvementées, plus ou moins célèbres. Si l’histoire de la Querina ne peut rivaliser avec celles du Bounty ou du Batavia, ce qui la rend exceptionnelle – outre le fabuleux parcours des survivants – c’est qu’il nous en reste deux témoignages de première main différents et complémentaires, celui du Capitaine Pietro Querini lui-même, riche patricien, très conscient de sa position, de ses privilèges et celui de deux marins Cristoforo Fioravante et Nicolo de Michiel, plus proche de la mer et des gens – ces étranges pêcheurs du nord dont la vie quotidienne si simple en comparaison des fastes vénitiens ne laissent pas de les surprendre. La narration, très médiévale, fait la part belle à l’action dans les deux récits mais le capitaine s’attarde sur son ressenti, dans une tentative d’introspection assez moderne quoique fort teintée de dévotion, quand les marins ont tendances à parler au pluriel et se voir comme parties d’un équipage occupé à survivre. Le contraste est fort intéressant à observer et puis cela fait rêver ; ces marchands-marins de Venise ont exploré le grand nord à leur corps défendant certes mais qu’ont bien pu penser les pêcheurs des Lofoten en découvrant ces étrangers au parlé incompréhensible et aux manières si différentes ? Exotique !

Naufragés – Pietro Querini – Cristofo Fioravante & Nicolo de Michiel – XVe siècle – Traduit du vénitien par Claire Judde de Larivière – Anacharsis – 2005

l’avis de Ys

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Les passagers du Roissy express

masperoTu peux toujours prendre l’air compétent et professionnel pour annoncer qu’à Shanghaï il y a deux mètres carrés de logement par habitant, mais que saistu de la manière dont on vit à une demiheure des tours de NotreDame ? Tu te moques de tous ces gens qui vont faire un petit tour en Chine et qui en rapportent un livre, mais toi, que seraistu capable de rapporter de La Courneuve ou de BobignyPablo Picasso où mènent les métros que tu prends tous les jours dans le pays où tu vis ? (…) Estu jamais descendu, rien que pour voir, à SevranBeaudottes ou aux Baconnets, ces stations où tu passes si souvent, depuis tant d’années...

L’idée du voyage c’est lui qui l’a eue, il noterait, elle photographierait. Ni enquête, ni reportage, ce serait un simple voyage touristique sac au dos, de la plaine de France au pays d’Hurepoix, de Roissy à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, 38 gares, 50 kilomètres en sautant Paris, un mois de voyage. Descendre à chaque gare, trouver un hôtel, se promener, entrer dans les musées, visiter les hauts lieux, voir quelques spectacles, parler aux gens, amis, connaissances, inconnus qui vivent en ces contrées qu’on ne fréquente qu’en passant : tel était le programme. Un programme à bousculer forcément, sait-on bien comme il peut être difficile de trouver un hôtel à Aubervilliers ou au Bourget ?

Et c’est ce qu’ils firent et près de 30 ans plus tard, il  nous reste ce bijou de livre. Un voyage au long court de gares en cités HLM, de vieux centre en zones pavillonnaires, de musées improbables en hôtels imprévus, et des rencontres… Surtout des rencontre. Car ce qui ressort de cette lecture, c’est une immense humanité, beaucoup d’humour et peut-être un zeste de regret quand au détour d’une page, on est étreint par l’étonnante actualité d’une description pour quelques lignes plus loin se demander ce qu’il reste de cet autre endroit. Là où la petite histoire croise la grande, de « grands ensembles » à l’écart de tout, sinistrés par la fermeture d’une usine, à la triste cité de la Muette à Drancy – et dire que j’ai habité Drancy sans jamais m’interroger sur cette histoire, des folies aériennes du Bourget aux fortifs d’Aubervilliers, des luttes de la Commune au massacre du 17 octobre, c’est notre histoire qui s’écrit, mêlée à la douceur cossue ou la misère noire des vies ordinaires. Un parcours atypique, passionnant, un rien nostalgique parfois – en tout cas pour ceux vivent ou ont vécu dans ces eaux, poétique peut-être, bellement illustrée de photos aussi familières que dépaysantes. Superbe !

Les passagers du Roissy express – François Maspero et Anaik Frantz – 1990 – le seuil

De François Maspero, j’ai lu aussi Des saisons au bord de la mer qui m’a enchantée et dont je vous parlerai un jour et je compte bien tout lire. J’aime cet homme qui s’est éteint hélas en 2015.

can01.anibis.ch

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Mémoires d’Hadrien

hadrien« Les dieux n’étant plus et le Christ n’étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l’homme seul a été. »
Flaubert

Au IIe siècle de notre ère dans une longue lettre à son petit-fils adoptif et successeur putatif, Marc-Aurèle, Hadrien, empereur vieillissant se confie sur sa vie et ses œuvres, ses désirs et ses volontés, ses goûts artistiques, ses réflexions philosophiques, ses réussites, ses échecs…

Ces mémoires, rédigées à la première personne donc – et ce n’est pas rien d’attirer si bien le lecteur dans l’esprit d’un homme qui vécut il y a presque deux millénaires, se structurent en périodes. Le premier chapitre – animula, vagula, blandula – campe le personnage, ses valeurs et ses convictions, les suivants retracent sa trajectoire :  sa jeunesse jusqu’à la mort de Trajan son père adoptif – Varius multiplex multiformis, ses premières années d’empereur pacifiste et épris d’ordre – Tellus stabilita, l’apogée de son existence et sa passion pour Antinoüs – Sæculum aureum et enfin les dernières années de sa vie Patientia, qui voient l’empereur, physiquement diminué, s’interroger sur la mort, la sienne et celle des autres, mais aussi plus généralement sur l’impermanence de toutes choses.

Comme toujours au moment d’écrire sur un classique, je me demande en toute honnêteté qu’écrire qui ne l’ait pas déjà été, et beaucoup mieux, sur ce roman considéré assez universellement comme un chef d’œuvre et inscrit sur la liste des 100 meilleurs livres de tous les temps*. Et comme toujours également, je me dis que le seul point de vue adoptable est celui de l’expérience de la lecture. Car j’avais déjà lu ce roman, il y a trente ans je pense, et à l’époque il ne m’avait pas laissé de souvenirs durables. Oh j’avais aimé mais comme un roman historique. Ce qu’il est sans aucun doute – l’érudition de Marguerite Yourcenar scintille à chaque page mais tellement intégrée et je dirais digérée qu’elle ne semble jamais pesante. Je l’avais aimé donc mais comme tant d’autres et oublié. J’ai toujours aimé l’histoire avec passion sinon avec sagesse et dévoré des quintaux de romans historiques de toute qualité. Mais en limitant ma lecture à cet aspect, j’étais passé à côté de ce livre – question d’âge, de période, d’expérience, de vitesse peut-être car j’en étais encore à mes périodes insatiables et ogresques de lectures dévorées toutes crues et à toute allure (mais je me suis calmée, si si je l’atteste, lecteur de peu de foi, je lis moins et moins vite) car s’il est bien plus qu’un roman historique, il se déguste lentement, se relit par morceaux, se médite, oblige à l’interruption par surcharge cognitive, au retour en arrière pour la musique des mots. Méditation philosophique et esthétique sur la solitude de l’esprit humain en quête de sens – en cette période où Flaubert l’envisageait libre car dégagé de tout dieu, réflexion humaniste sur les appétences humaines à l’ordre ou au chaos, au bonheur ou à la liberté, analyse lucide des traces que tout homme espère laisser sur l’onde des temps, ode à la tolérance et la paix – si ardemment souhaitées si rarement accomplies, exploration désenchantée des rapports de l’esprit et du corps, celui-ci servant celui-là avant de l’asservir par ses fêlures et ses usures. J’en oublie sans doute, tant ce roman est riche et dense, superbement écrit aux limites du roman classique et de la poésie pure.  Sublime !

Mémoires d’Hadrien – Marguerite Yourcenar – 1951 – Plon

*Celle du cercle norvégien du livre composée à partir des propositions de 100 écrivains de 54 pays différents

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Les Barbares

barbares« Chacun appelle Barbarie ce qui n’est pas de son usage »*

Au premier abord, Les Barbares dirigé par Bruno Dumezil peut impressionner par sa taille et son poids – 1500 pages tout de même, mais la forme même de l’ouvrage en rend l’accès assez aisé même pour une non-historienne comme moi. Il s’agit en effet de cinq articles de synthèse, explorant l’histoire de ceux que l’usage a consacrés comme barbares. Car comme le fait justement remarquer l’auteur dans sa préface, le barbare n’existe pas par lui-même mais dans l’œil de celui qui projette sur son altérité un certain nombre de représentations subjectives, qu’elles soient liées à son langage, sa vêture, ses coutumes, sa violence incontournable, son animalité supposée ou sa pilosité débridée (Ah les barbares chevelus !).

Le premier article se consacre donc à la conception grecque du barbare (à tout seigneur tout honneur puisque c’est aux grecs que nous devons le mot barbare –  celui qui communique par des bar-bar-bar et non en bon grec, le second celle de Rome, des origines jusqu’à l’apogée de l’empire. Le troisième, lui, se consacre à l’antiquité tardive et revient sur l’état des lieux des connaissances actuelles sur ce que l’on a longtemps appelé « les grandes invasions » – notion aujourd’hui largement remise en cause par les progrès de l’archéologie notamment. Le chapitre quatre s’intéresse au moyen-âge et à l’éloignement de la barbarie avant que le cinquième ne revienne sur les représentations modernes et contemporaines du fameux barbare – entre autre, mais pas uniquement, dans la littérature. En tout une centaines de pages pleines d’intérêt dont je ne saurais trop recommander la lecture. Et donc me direz-vous où sont passé les 1400 pages restantes ? Elles sont consacré à une petite encyclopédie de la barbarie – un glossaire plutôt – où les entrée les plus classiques – Gaulois, Celte, Burgonde, Huns ou Wisigoth – en côtoient d’autres plus surprenantes peut-être comme  Asterix, Asimov, Conan ou Game of throne le tout dans une gamme très variées, citons Lindisfarne, Ibn Kalhûn, boire dans un crâne, Sutton Hoo, Cheveux et poils (si !) ou Withby. Je ne vous dirais pas que j’ai lu tous les articles du glossaire, mais je l’ai abondamment feuilleté, ce qui m’a permis d’éclairer certaines notions un peu floues dans mon esprit et de découvrir avec intérêt des faits et des analyses dont je n’avais pas idée.

Alors certes il faut aimer les barbares, sans doute suis-je gagnée d’avance, étant tombée dans la fantasy quand j’étais petite (et dans Astérix semble-t-il) ce qui m’a de tout temps amenée à me poser toutes sortes de questions incongrues sur le peuplement anglo-saxons de la Bretagne (il fut un temps où il était bien difficile de trouver des textes en français à ce propos, croyez-m’en), la culture des hommes du nord (là on a Régis Boyer et c’est bien), l’ogham, l’Edda, le Kalevala, les mérovingiens chevelus ou le royaume wisigoth (après tout, Toulouse en fut la capitale un temps, ça crée des liens). J’ajoute que bien entendu chaque entrée est confiée à un spécialiste de la question, ce qui en plus d’être très ébouriffant donne une idée assez claire de l’état de la science aujourd’hui autour de ces thèmes. Passionnant !

Les Barbares – 2016 – dirigé par Bruno Dumézil – PUF

*Montaigne

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Apaise le temps

quint » Relier, c’est bien, ça parle des gens et des livres qu’on relie, qu’on relit ».

Aujourd’hui Yvonne est morte et avec elle c’est une institution qui risque de s’éteindre. Celle des Livres, une petite librairie de Roubaix, fondée par les parents de la défunte et depuis toujours planche de salut pour les avides de connaissances que ce soit celle des livres ou celle des mots. Car chez les Lepage – libraires de père en fille, on ne dédaigne pas les apprentissages de base et bien des gens du coins quelles que soient leurs origines leur doivent d’avoir appris à lire. Yvonne, tout naturellement pourrait-on dire, a tout légué à Abdel Duponchelle, professeur de lettres et client assidu depuis ses cinq ans quand il réglait royalement ses achats avec des pièces de 20 centimes. Mais pour quoi faire finalement ? Tout liquider, faire table rase du passé ou sauver ce qui peut l’être ? Voilà les questions que se pose Abdel et bien d’autres vont s’y ajouter. Ainsi il a toujours su qu’Yvonne ancienne photographe talentueuse n’avait plus touché un appareil depuis 62 mais pourquoi ? De même qu’il savait que son père était mort tragiquement la même année mais pas vraiment les détails ? Et de toutes façons, peut-on encore sauver une librairie de quartier à Roubaix – ville la plus sinistrée de France – par les temps qui courent ?

Apaise le temps est un tout petit livre – moins d’une centaine de pages –  qui tient le pari de brasser en un tout étonnamment lumineux de multiples thèmes étonnamment sinistres. Misères urbaines, illettrisme, médiocrité ambiante, commerce sauvage et sans âme – l’irruption d’une monstrueuse librairie en ligne à la surface démentielle ! à Roubaix ! mais à quoi peut-il bien faire allusion, on se le demande ? – solitude des déplacés et soudain au milieu de ce peu réjouissant tableau les fantômes de la guerre d’Algérie qui s’invitent. Et pourtant, pourtant il y a de la lumière dans tout cela, dans ces personnages, au premier chef Abdel Duponchelle dont le nom est un pont en soi, mais aussi Zina l’albanaise diplômée des métiers du livre qui ne se fait pas à sa reconversion en manœuvre déshumanisée de la grande multinationale « culturelle », Rosa l’assistante sociale qui ne lit pas pour ne pas rêver et Saïd le vieil exilé qui collectionne les mots. À eux quatre, c’est qu’ils nous redonneraient foi en l’humanité si on n’y prenait garde. Alors certes les allusions à la guerre d’Algérie me sont parfois passées au dessus de la tête, je le connais mal ce conflit et Michel Quint ne s’attarde pas à remettre le contexte mais c’est égal, rien que pour son humanité, son amour de la lecture qui relie et son style incroyable – que je découvre, qu’il m’a fallu apprivoiser et qui m’a finalement conquise – c’est un roman qui vaut le détour. Apaisant !

Apaise le temps – Michel Quint – 2016 – Phébus

Les avis de Cuné , Jérôme et  Noukette qui m’ont donné envie

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La Rage

La-rage-de-Zygmunt-MiłoszewskiTeodor Szacki est désormais procureur dans la ville d’Olsztyn célèbre pour ses onze lacs, son passé prussien et les beaux bâtiments qui lui restent de cette époque. Nouvelle ville, nouveau départ pour notre atrabilaire procureur qui vit avec une nouvelle compagne et son ado de fille. Ce qui ne va pas sans heurts et lui cause bien des contrariétés. D’autant que c’est un peu calme sur le plan professionnel et qu’il aimerait bien un peu plus d’action, une belle enquête peut être, ou plutôt un bon meurtre pour dire les choses, quelque chose qui lui stimule un peu les neurone et lui permette d’utiliser ses bien réelles compétences d’enquêteurs. Et malheureusement, il va être exaucé, notre Téodor, et au delà de ses rêves les plus obscurs.

Après s’être frotté aux souvenirs douloureux de la Pologne communiste à Varsovie dans Les Impliqués et avoir exploré les relents de l’antisémitisme à Sandormierz dans Un fond de vérité*, Zygmunt Milosewski confronte ici son procureur fétiche – un peu aigri et bien mal embouché – aux violences faites aux femmes. Et comme toujours il le fait avec une précision et une pertinence qui fait un tantinet froid dans le dos. Du sexisme le plus ordinaire, dont Szacki est loin d’être exempt, aux pires violences, il entrelace les fils de son intrigue et conduit ses personnages jusqu’au point de non retour, brossant en creux le portrait d’une Pologne contemporaine à la fois tournée vers l’avenir et rongée par le passé, la désorganisation voire l’incurie. La Rage est un très bon polar prenant et bien écrit, tout au plus – si je devais mettre un bémol – regretterais-je quelques questions restées sans réponses mais mon rationalisme est un peu chatouilleux. Cet opus marque, semble-t-il, la fin des aventure du procureur Szacki et c’est bien dommage. Objectivement son égotisme finissait par considérablement m’agacer je l’avoue, mais le suivre dans ses enquêtes fut un vrai plaisir… Dépaysant !

La rage – 2014 – Zygmunt Milosesewski – traduit du polonais par Kamil Babarski – Fleuve éditions 2016

L’avis de Ys qui l’a fait connaitre ce cher et agaçant procureur

*non chroniqué, my bad

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