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Vi, la minuscule, la précieuse, voilà le nom qui fut donné à l’héroïne de ce court roman. Née à la fin de la guerre dans un Vietnam du sud qui n’allait pas tarder à étouffer dans l’étau d’une dictature brutale. Enfant plutôt gâtée, boat people, réfugiée dans un camp de Malaisie, puis installée au Québec. Il lui faudra trouver sa voie, elle la microscopique, l’invisible, entre sa famille – une mère attentive et des frères protecteurs mais encore tout pétris de tradition, une communauté figée par l’exil, un monde nouveau qui pourrait s’offrir à elle et lui ouvrir des perspectives inusitées, une acceptation de l’histoire enfin – un retour au Vietnam peut être – qui lui permettrait enfin d’être elle-même.

Comme toujours avec Kim Thuy, l’histoire, la petite comme la grande, se brode en points délicats ; courts chapitres s’entrelaçant comme autant de minuscules chroniques de la vie ordinaire d’un destin qui ne peut pas l’être. Une page, deux pages, trois au plus distillant un épisode, une image, une saveur et finalement des personnages vivants, parfois forts, parfois non, mais toujours admirablement dessinés – la mère de Vi notamment, être hors du commun à l’âme trempée – il est vrai que les portraits de femme tout en retenue et pudeur sont une des forces de Kim Thuy. J’aime ce talent de l’auteure de nous plonger dans une vie qui pourrait s’afficher pleine de fureur et de ruptures en la tournant toujours vers la vie avec cette incroyable douceur dans le style qui dit les choses – et fermement – sans jamais céder à la violence. Magique !

Vi – Kim Thuy – 2016 – Libres expressions (Montréal) – Liana Levy (Paris)

De la même auteur, je ne saurais trop conseiller les deux précédents – et délicieux – romans, Ru et Mãn.

L’avis de Yspaddaden de Tête de lecture qui a aimé elle-aussi

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Le Pendule de Foucault

penduleÀ Milan, un étudiant en histoire, Casaubon, en pleine thèse sur les Templiers rencontre – autour d’un ou plusieurs verres – Jacopo et Diotallevi, deux hommes fort cultivés qui travaillent pour les éditions Garamond – maison confidentielle, on apprendra vite pourquoi* – et ont parfois recours à son large et peu conventionnel savoir. C’est le cas lorsqu’un mystérieux colonel, écrivain putatif, vient leur confier qu’il a fait une mystérieuse découverte sur les Templiers avant de disparaitre tout aussi mystérieusement. Casaubon ne le sait pas encore mais c’est le début d’un engrenage qui l’entrainera loin, très loin, jusqu’au Plan…

Le pendule de Foucault est un roman étonnant, foisonnant, labyrinthique qui entremêle joyeusement une multitude de références – religieuses, historiques, occultistes, ésotériques, mythologiques, politiques, philosophiques, que sais-je encore – tout en explorant les thèmes de prédilection de l’auteur : le complotisme, le secret et surtout la mystification, le tout  avec l’érudition et l’allégresse de style habituelles d’Eco.

Bien qu’écrit dans les années 80, ce roman semble prédire et décrire à loisir ce que nous vivons aujourd’hui tous les jours sur internet et qui existait déjà, certes, mais n’est devenu que trop évident sur ce média : l’énorme appétences humaine à chercher un sens – forcément caché – derrière chaque chose, chaque évènement, chaque certitude quitte à l’inventer. Il est d’ailleurs assez cocasse de reconnaitre à la fois le procédé et  l’intrigue (une toute petite partie du Pendule cependant) qui quinze ans plus tard devait être reproduit – avec moins de brio mais plus de succès – par Dan Brown dans le Da Vinci Code**… à la différence près que jamais Eco ne se laisse prendre à son propre jeu. Alors certes c’est un roman qui se mérite avec des passages parfois complexes – qui peuvent éventuellement entrainer une addiction au moteur de recherche – mais aussi des moments de bravoure intensément jubilatoires***. Grandiose !

Le Pendule de Foucault – Umberto Eco – traduit de l’italien par Jean-Noel Schifano – 1990 – Grasset

*La partie sur l’édition à compte d’auteur est d’une lucide cruauté terriblement actuelle
**On dit qu’un jour Umberto aurait dit en riant à Dan Brown qu’il devrait lui payer des royalties pour son best sellers…
***et je pèse mes mots…

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La femme au carnet rouge

C_La-Femme-au-carnet-rouge_9463Un matin comme un autre, en quête de son matutinal café, Laurent trouve un très beau sac de femme en cuir mauve posé sur une poubelle. Alerté par l’étrangeté, quoique divorcé il en connait assez sur les habitudes féminines, et persuadé que l’objet a été abandonné après une agression, il décide de l’amener au commissariat. Mais l’attente est longue et rebuté il finit par le ramener chez lui et faire ce qu’il n’a pas encore osé, l’ouvrir et en examiner le contenu : un miroir ancien, trois photos, une pince à cheveux, une pochette de maquillage, un livre de Modiano dédicacé (le libraire en lui frétille), un ticket de pressing (il se sent devenir détective) et surtout un carnet de moleskine rouge, contenant en vrac, pensées fugitives, réflexions et diverses listes mais ni nom, ni adresse… Assez pour retrouver la femme au carnet rouge admiratrice de Modiano ? Il l’ignore mais il va essayer…

Quel joli roman ! Plein de douceur et de délicatesse, il nous fait entrer à pas de chat dans la vie de ses deux personnages et nous les rend étrangement vivants et attachants. Laurent a baptisé sa librairie le Cahier rouge, Laure (rassurez-vous, on apprends son prénom dès les premières pages) se confie à un moleskine de même nuance, la connexion est-elle suffisante ? Qu’importe quand la curiosité s’éveille et que chaque pas accroit l’intérêt que l’on porte à l’inconnu. Un très joli chassé croisé parisien et littéraire, léger sans doute mais qui fait du bien à lire. Sensible.

La femme au carnet rouge – Antoine Laurain – Flammarion – 2014

 

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Petites manies de lectrice – the tag

Papillon m’a fait la grâce de me taguer sur mes petites manies de lectrice (Mais ai-je donc des manies ? Ahem oui surement.) Voici donc quelques secrets bien gardés ou pas sur mes lectures…

Que penses-tu des adaptations cinéma ?

ppJ’adore ! J’y cours. Dès qu’une adaptation d’un de mes livres fétiches sort, je me précipite et inversement je décide souvent de lire un livre parce que j’en ai vu une adaptation. (j’ai acheté d’un coup toutes les adaptations existantes de Proust quand j’ai commencé à lire la Recherche – ma préféré est celle de Nina Companez au fait) J’aime comparer les visions différentes que suscite une œuvre, m’interroger sur les choix du réalisateur, éventuellement râler parce que je ne suis pas d’accord mais je trouve toujours cela intéressant et j’ai la chance que ma vision interne ne soit jamais perturbée par la vision de quelqu’un d’autre que ce soit quant au casting ou à la mise en scène. Je continue à relire mes livres préférés sans me soucier des différentes incarnations des personnages par exemple, sauf bien sûr quand je les trouve plus que judicieusement choisies (Viggo fut un excellent Aragorn par exemple, encore mieux que dans mon imagination en fait).

Quel marque-page utilises-tu ?

guideOh j’en ai de toutes sortes, certains très beaux et durables, d’autres publicitaires, je les sème, les oublie, les perds, les retrouve et me trouve souvent sans, dans ces cas terribles je me fie à ma mémoire, à toutes sortes de solutions de remplacement depuis le petit chiffon de papier (kleenex, facturette,…) jusqu’à divers instruments contondants (téléphone, ciseau,…) et puis j’avoue (j’avoue) je corne souvent les pages de mes poches (voyez ce que j’ai fait du guide de l’uchronie de Lhisbei, mea maxima Culpa).

Quel est ton coup de cœur 2015 ?

poésieMon coup de cœur extatique de l’année est sans conteste La poésie du gérondif de Jean-Pierre Minaudier publié au Tripode. Je n’ai toujours pas chroniqué cet OTNI (objet textuel non-identifié), mais si vous connaissez vous comprenez sans doute pourquoi…

Sinon il y en a eu plein d’autres alors faisons une petite (mais drastique) sélection (j’ai eu du mal, j’ai dû en enlever plein) :
Une odeur de gingembre de Oswald Wynd
Rois du monde – première et seconde branche de Jean-Philippe Jaworski
Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda
L’idée ridicule de ne jamais te revoir de Rosa Montero
L’observatoire de Edward Carey
Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir
Les Singuliers de Anne Percin
La trilogie des falsificateurs de Antoine Bello
Manderley Forever de Tatiana de Rosnay
Le Principe de Jérôme Ferrari
Man de Kim Thuy

Comment classes-tu tes livres ?

En piles hélas trois fois hélas. En fait en théorie, je les classe par genre puis par auteur. Mais comme je manque de place, ils sont entassés au petit bonheur la chance, en piles de plus en plus hautes et de plus en plus branlantes et je souffre mille morts quand j’en cherche un. Ce qui est bien dommage voire paradoxale, car les livres sont bien la seule et unique chose que j’aime ranger.

Quels sont tes blogs de lecture préférés ?

J’en lis beaucoup dès que j’en ai le temps surfant de liens en liens, sans doute mes préférés sont-ils les anciens que je lis depuis des années comme ceux de Papillon, Cuné, Karine, Lhisbei  ou Yspadadden mais d’une façon générale j’aime les blogs de lecture.

Des petites habitudes inavouables quand tu lis ?

A part corner les pages de mes poches, je ne vois pas :-) je traine mes livres partout, dans mon sac, mes poches, mon cartable… Je lis en marchant, en mangeant, dans la salle de bain, la cuisine ou les toilettes, dehors, dedans, sont-ce là des habitudes inavouables ?

Un auteur contemporain que tu aimerais rencontrer et pourquoi ?

Houla, je ne sais pas. Je suis dans la vraie vie d’une timidité maladive qui m’empêche de parler aux auteurs de j’admire ; par contre une fois la glace brisée (si c’est le cas), je peux les écouter des heures parler de leur métier, de leur inspiration, de la façon dont ils transforment leurs expériences, leurs penchants et leurs idées en littérature…

Où achètes-tu tes livres ?

Un  peu partout. Ma librairie préférée est sans doute l’Ombre blanche à Toulouse, mais j’aime hanter toutes les petites, moyennes et grandes librairies, les bouquineries, les salons, et ce partout où je vais (y compris dans des endroits dont je ne connais pas la langue d’ailleurs)… sans parler des bibliothèques.

En ce moment quel genre de littérature lis-tu le plus ?

utoJ’ai toujours lu de tout, j’aime changer. Je lis plus de Science fiction ces derniers temps car depuis les Utopiales de Nantes en Octobre, j’ai des pages de titres en réserve, mais je continue à picorer des idées de toutes sortes en alternant nouveautés, valeurs sûres et découvertes… (sans parler de mon himalayenne PAL que je devrais bien faire baisser).

Un livre à la fois ? ou plusieurs ?

Plusieurs la plupart du temps car j’aime mener de front romans et essais en particuliers mais il m’arrive de lire plusieurs romans en même temps. ça dépend de mon humeur en fait, par contre si un roman me happe, je le lis d’une traite, les autres attendent.

Quelle est ta lecture en cours ?

penduleLe pendule de Foucault de mon bien aimé Umberto (jubilatoire), mais je lis aussi les Présocratiques (avec messire Lou) et j’avais commencé l’excellent L’Amie prodigieuse de Elena Ferrante qui attend sagement que j’en ai fini avec Umberto…

Sur quel site communautaire dédié à la lecture aimes-tu aller ?

Je suis inscrite sur Goodread, Babelio et sans doute d’autres mais je n’y vais jamais, je préfère les blogs.

Livres papiers ou numériques ?

liseuseLes deux mon capitaine. J’aime les livres papiers, la souplesse de lecture qu’ils permettent, les allers et venues entre les pages… j’aime retourner en arrière, relire, avancer de quelques pages (ou plus) puis revenir où j’en étais. Mais la liseuse m’offre une liberté que j’apprécie au plus haut point, en voyage notamment (où je n’emporte plus de valises de livres) mais aussi pour les séries que je lis et relis avec entêtement et délice mais qui forment des piles souvent envahissantes.

Quel est ton endroit préféré pour lire ?

Je ne suis pas sûre, mon lit, mon canapé, un fauteuil de jardin, un banc public, une terrasse de café, une serviette de plage…

Invite cinq amis à répondre à ce tag (sans obligation d’aucune sorte)

Yspadadden, Cuné, Keisha, Cryssilda, Bluegrey

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Coeurs solitaires

coeurs solitairesNottingham coule des jours habituels sinon véritablement tranquilles – du moins vu d’un poste de Police – jusqu’à ce qu’une, puis plusieurs jeunes femmes soient tuées après avoir eu recours à la rubrique « Coeurs solitaires » du journal local pour faire des rencontres dont la dernière leur fut fatale. Un tueur en série, ce n’est jamais facile pour des enquêteurs bien que certains y voient des perspectives de promotion, quoiqu’il en soit cela annonce surtout des heures supplémentaires – et des sueurs froides – pour l’inspecteur Resnick et son équipe…

Les polars et moi sommes plus ou moins fâchés depuis que le sang et le pathos ont tout envahi et pris le pas sur les enquêtes et les personnages – du moins à mon goût – mais il y a des exceptions et la série des Charlie Resnick est bien parti pour en être une. L’auteur sous prétexte d’enquête – au demeurant fort bien menée – brosse en profondeur tout un petit monde bien typé, depuis Charlie lui-même, flic ordinaire, polonais d’origine, amateur de jazz, de chats et de sandwichs gourmands jusqu’au dernier personnage secondaire de son enquête – au hasard la mère d’une victime ou un témoin de passage, en passant bien sûr par chaque membre de son équipe ; l’auteur prenant le temps de creuser les liens, les situations, les caractères. C’est efficace, bien écrit dans un style fluide et agréable, vivant enfin et cela nous replonge dans ces lointaines années 90 quand portables et réseaux sociaux n’existaient pas encore et que les gens – tout aussi solitaires qu’aujourd’hui – écrivaient parfois aux journaux pour trouver l’âme sœur d’un soir et plus si affinité. Alors certes les amateurs de sang et de thriller haletant n’y trouveront peut-être pas leur compte mais pour qui aime à s’attacher aux personnages et s’insérer dans un monde, c’est royal. Whodunnit !

Coeurs solitaires – John Harvey – traduit de l’anglais par Olivier Schwengler – 1993 – Rivages

Les avis de Cuné et l’Actu du noir qui m’ont donné envie

PS : La bonne nouvelle c’est que la série Resnick compte une douzaine d’opus et j’ai déjà lu le deuxième et c’était bien :-)

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Qu’a-t-elle vu, la femme de Loth ?

loth

Dans un futur qui nous est proche, le cataclysme a bien eu lieu mais tout autrement qu’on l’attendait. Soudain la mer morte a gonflé, enflé, comme si les profondeurs de la terre vomissaient sa colère ou celle d’un autre, la mer morte a rejoint la méditerranée, engloutissant au passage, l’est de l’Asie, le nord de l’Afrique et le sud de l’Europe. Et avec l’eau a jailli le sel, un sel mauve aux propriétés fascinantes, séduisantes, addictives… et la compagnie des Soixante-quinze fut. La compagnie s’assura la propriété de toutes les terres entourant le cratère d’où avait surgi manne et destruction, fonda la colonie pour l’exploiter et la peupla de ses salariés – un refuge offert aux millions de réfugiés poussés sur les routes par la dévastation ou encore à ceux qui avaient de bonnes raisons de s’écarter du monde. Car l’extraction du sel a ses impératifs, nulle technologie ne fonctionne, la brume mauve étouffe tout ce qui vit, rien ne s’enfonce dans la mer violine où se trainent péniblement quelques pataches de plastique – à peine des bateaux, seuls lien avec le monde extérieur ; un lien bien lent au demeurant car trois semaines, au bas mot, sont nécessaires pour rejoindre le nouveau port méditerranéen de Paris, siège des soixante-quinze. Mais qu’arriverait-il dans un endroit aussi isolé et où la seule loi est le règlement de la compagnie si la direction disparaissait brusquement, l’ordre perdurerait-il ou…

Quelle bonheur que cette année grecque qui me permet de découvrir des pépites que je n’aurais jamais rencontrées autrement. Car ce livre est une pépite d’une richesse incroyable, tant par les thèmes – nombreux – qu’il brasse, que par son histoire palpitante et sa construction retorse, parfaitement – et astucieusement – maitrisée. Le gouverneur Bera – nom du dernier roi de Sodome – est donc mort, et les notables de la colonie se trouvent sans instruction, sans chef, sans procédures, totalement perdus dans une situation hautement kafkaïenne. Le roman se partage donc entre les rapports qu’ils écrivent pour la Compagnie – chacun séparément car ils ne se font nulle confiance –  et la lecture lointaine qu’en fait un  petit personnage étrange, décrypteur de lettres de son état, engagé par la dite-compagnie – mais avait-il le choix – pour y comprendre quelque chose. Les témoignages sont grinçants, horrifiques, peut-être délirants, à la limite du grotesques, l’analyse en est sarcastique voire cynique. Et à mesure qu’on pénètre plus avant dans les arcanes de la nouvelle Sodome gouvernée par le profit, régie par la brume et le secret jusqu’à l’absurde, isolée par la peur des épidémies et des raids d’indigènes agressifs, divisée règlementairement en classes qui n’ont pas à se fréquenter, on se dit tout en tournant fébrilement les pages pour savoir ce qui va se passer – ou plutôt ce qui s’est effectivement passé, que ce futur est peut-être déjà là mais qu’heureusement, il y a toujours une petite lueur d’espoir au fond de l’humanité, serait-elle chétive et un tantinet corrompue. ébouriffant !

Qu’a-t-elle vu, la femme de Loth ? Ioànna Bourazopoulou – 2007 – traduit du grec par Michel Volkovitch – Ginkgo éditeur 2011

PS : Tiens encore une grecque qui détruit le Parthénon, enfin là elle ne fait pas dans le détail, elle rase toute l’antiquité occidentale, Grèce, Italie, Narbonnaise; Moyen-Orient, Egypte… tout vous dis-je… et bien sûr, ce n’est certes pas innocent…

UlysseLu dans le cadre de l’année grdiversitéecque organisée par la très appréciée cousine Cryssilda et moi-même. ainsi que dans celui du défi diversité de Lhisbei car il s’agit bien de SF (ou du moins d’anticipation nécessitant suspension d’incrédulité) écrite par une femme, traduite et se passant en orient (enfin ce qui l’a remplacé), ce qui me permet quand même de toper un nouvel item, le 7 et hop 12/20

Publié dans année grecque, roman grec, SFFF | 16 commentaires

Retour au pays bien aimé

retourà la mort de sa mère, Georges, jeune trentenaire suisse plutôt aisé, décide de retourner dans le veld sud-africain où il est né mais dont il ne garde que de vagues souvenirs. Son idée, revoir la ferme de ses grand-parents et peut être la vendre. Encore faudrait-il la retrouver car le pays de ses souvenirs a disparu, il ne reste que des ruines, des terres à l’abandon, quelques fermes déshéritées où survivent une poignée d’afrikaners déclassés, appauvris, isolés qui lui offrent l’hospitalité mais le considèrent avec méfiance. Sous le ciel immense et plombé du Veld, l’exil peut prendre bien des visages mais permet-il le retour ?

Dans Retour au pays bien aimé, tout – histoire, personnages, panorama – semble  s’étioler sous le poids d’un ciel pesant qui bien loin d’ouvrir l’espace ou de symboliser la liberté, pèse sur le paysage et enferme les hommes d’une façon quasi carcérale. Juste hors de vue, rôde la peur, celle d’un danger jamais nommé dont on ne sait ce qu’il est ni s’il existe réellement. D’une certaine façon, l’exil géographique de Georges, tout nourri des souvenirs de ses parents plus que des siens, semble peu de chose par rapport à celui que vivent ceux qui sont restés, exilés de leur propre vie, vivant des souvenirs d’un passé à jamais révolu englouti dans des événements dont on ne saura jamais exactement ce qu’ils furent. Jeunes et vieux, tous vivent de et dans cette perte,  projetant sur le revenant souvenirs, fantasmes d’évasions ou de changements mais sans jamais vraiment s’intéresser à ce qui peut se passer ailleurs, le regard de chacun semblant tourné vers l’intérieur, incapable de voir plus loin, autrement, autre choses.

Après quelques  recherches, j’ignore toujours si l’auteur avait en tête des événements précis pour ceux jamais nommés qui sont au centre de cette histoire – et qui auraient eu lieu dans les années quarante si on se réfère à la date de publication du livre mais l’histoire de l’Afrique du Sud est complexe et les bouleversements n’y manquent pas. En situant son roman hors du temps, l’auteur en fait un récit universel tissé de peur et de colère qui dérange et perturbe avec une puissance peu commune. Une roman fort qui se lit en apnée, se termine hors souffle, et laisse derrière lui bien des sujets de méditations. Puissant.

Retour au pays bien aimé – Karel Schoeman – 1972 – Traduit de l’afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein – 2006 – Phébus

Lire-le-monde-300x413Lu dans le cadre du projet Lire le monde de Yspadadden – Les avis de Keisha ,   Brize et  Fanja

PS : Karel Schoeman est un auteur qu’on se réjouit de rencontrer, j’ai déjà un autre de ses titres en vue…

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Le Monde du fleuve

éternitéL’aube fut et l’humanité se réveilla d’entre les morts. Des milliards d’hommes, de femmes, d’enfants provenant de tous les continents et de toutes les époques ouvrirent les yeux près du grand fleuve, nus, jeunes, vigoureux et totalement perdus. Que s’était-il passé ? Qui les avait mis là et pourquoi ? Mystère. En attendant, ils avaient un monde à leur disposition…

Avec un tel sujet, on attendrait un roman philosophique, peut être ésotérique, post-humaniste avant la lettre pour le moins. Et on aurait tort car c’est essentiellement d’un roman d’aventures qu’il s’agit et mieux d’un roman d’aventures exotiques façon XIXe victorien dans la grande tradition des Ridder Haggard et consort. Jusque là tout va bien, j’ai un faible pour les romans du XIXe et le coté aventureux est fort enlevé, mon seul bémol est qu’il partage également les fantasmes et conceptions psycho-anthropologiques du XIXe victorien, sur les femmes notamment, ce qui m’a amenée plus souvent qu’à mon tour à lever les yeux au ciel. (Et même là, il me semble que Ridder Haggard en son temps reculé avait moins de mal à camper des personnages féminins d’envergure). Certes le fait d’avoir choisi comme héros principal de ce tome, un explorateur anglais et néanmoins fascinant du XIXe siècle – le très célèbre et très controversé Richard Francis Burton qui faillit bien en son temps être le premier à trouver les sources du Nil – pourrait y être pour quelque chose. Admettons et disons que le premier tome du fleuve de l’éternité est un bon roman d’aventures coloniales victorien, revenant sur les thèmes de prédilection de l’auteur, immortalité et religion notamment, un peu lent à l’allumage peut-être mais pêchu par la suite, avec un soupçon de SF pour faire passer et tenir en haleine. So seventy.

Le monde du fleuve – Le fleuve éternité 1 – Philip Jose Farmer – 1971 – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Guy Abadia – Robert Laffont 1979

L’avis de Lou qui me semble assez enthousiaste

PS : De PJF, je ne connaissais jusque là que les nouvelles du Livre d’or de la Science Fiction que j’avais beaucoup aimés.

PPS : L’auteur se met lui-même en scène sous les traits d’un personnage du XXe siècle aux même initiales, grand admirateur de Richard Burton… et c’est plutôt réussi, avec le soupçon d’autodérision qui va bien.

Lu dans le cadre du défi Diversité de Lhisbei (dont WP me refuse d’insérer le logo aujourd’hui), premier tome d’une série jamais lue et post humanisme mais mon score n’augmente pas, j’avais déjà topé ces items donc 11/20 toujours

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Aïvali, une histoire entre Grèce et Turquie

AIVALI-coverChaque peuple a son ennemi, un ennemi mortel. S’il n’en a pas, eh bien il doit s’en trouver un. Un ennemi qu’il faut montrer du doigt, dénoncer dans les livres d’école. Car il ne s’agirait pas qu’en grandissant les enfants comprennent enfin que d’autre que lui sont responsables de ce qui va de travers dans leur vie.

1923, le traité de Lausanne redéfinit les frontières de l’ex empire ottoman et d’un trait de plume signe ce qu’on appellera l’échange ou la grande catastrophe. Un million et demi de Grecs d’Asie mineure et cinq cent mille Turcs essentiellement crétois devront quitter les terres où ils sont nés pour rallier celles du pays d’en face, qu’ils ne connaissent pas mais dont ils partagent, plus ou moins, la langue et la religion… mais dans quelles conditions ! Soloup, puisant tant dans l’histoire de ses grand-parents que dans les récits d’autres témoins des deux origines, choisit la ville d’Aïvali comme épicentre pour évoquer ces sanglants évènements à travers quatre portraits croisés  car les maisons d’Aïvali vidées manu militari de leurs habitants hellènes serviront d’abris aux réfugiés turcs venant de Grèce.

Elles ont deux vies ces maisons : une grecque et une turque. Mais si les maisons pouvaient parler, elles ne parleraient ni des Grecs ni des Turcs, mais de la souffrance des hommes.

J’attendais énormément de cette bd, on m’en avais dit tant de bien, cela me touchait de si près, du coup j’ai tourné autour un moment, hésitant de peur d’être déçue et puis finalement j’ai tenté et ce fut aussi bien que tout ce qu’on m’en avait dit. Aïvali est un merveilleux roman graphique. Par sa largeur de vue, son humanité sans angélisme, la poésie de son écriture, la sobriété élégante de son dessin qui alterne beauté paisible et terreur pure façon Munch, Soloup réussit le pari d’éclairer un épisode extrêmement complexe en restant au plus près des hommes et des femmes qui furent pris dans une tourmente qu’il ne pouvait que subir, ces réfugiés d’autrefois poussés sur des routes inconnues tout comme ceux d’aujourd’hui, qui eux aussi viennent de ses régions que le démantèlement de l’empire ottoman livra à toutes les convoitises. Dans la dernière partie du roman, Soloup se met en scène en miroir a Aïvali, ville de ses grand-parents, discutant avec Memet, un turc dont la grand-mère venait de Crète, et tous deux se reconnaissent comme les bâtards du traité de Lausanne portant une histoire inextricable qui exige d’eux qu’ils soient ennemis… mais au nom de quoi ? Dame Cryssilda et moi sommes nous aussi des petits-enfants de ce fameux traité et de l’échange qui suivit, c’est même ainsi que nous avons eu l’idée de cette année grecque mais tout ce qui concernait cette période était flou dans mon esprit, nourri uniquement de légende familiale, et je crois qu’il est bon et nécessaire que cette histoire soit mieux connue et racontée en mémoire de ce qui fut et pour se préserver de ce qui est ou sera. Bouleversant !

– S’il le fallait, chacun de nous prendrait le parti de son pays, n’est-ce pas ? Comment parler ensuite de « fraternité » et d’autres utopies du même genre ?
– Pourquoi ? Il serait plus réaliste de nous imaginer en train de nous battre au corps à corps ? Nous prendrions les armes pour défendre notre patrie et notre religion ? Pour donner à nos enfants une vie meilleure ? Ou au nom de la Bourse et du pétrole ?
– Va le dire aux patriotards, Turcs et Grecs confondus.
(…)
– Franchement, je ne sais pas ce qui est bien.
– En tout cas, nous savons ce qui ne l’est pas.
– SI c’est une utopie de vouloir que les hommes ne soient ni bourreaux, ni victimes, alors vive l’utopie !
– Et cela ne vaut pas seulement pour les Turcs et les Grecs.

evzonepa

Aïvali, une histoire entre Grèce et Turquie – Soloup – 2015 – Traduit du grec par Jean-Louis Boutefeu – Steinkis

L’avis – enthousiaste – de Cryssilda

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Relire

relire

« à l’heure où les réseaux sociaux imposent une vitesse supersonique à nos échanges, de préférence limités à cent quarante caractères, (…) un essai sur la relecture, éloge inévitable de la lenteur et hommage à la récidive, passera pour une provocation. »

Pour certains c’est une évidence, pour d’autres une perte de temps voire une incongruité. Relire, alors qu’il y a temps à lire, tant de nouveautés, tant de livres en attentes dans nos mémoires, nos étagères ou les rayons des librairies et bibliothèques. « Une expérience du contretemps, voire un acte de résistance, comme un luxe face à l’immensité des possibles » (P31) Dans ce petit essai, Laure Murat après nous avoir conté comment elle en est venue à s’intéresser au sujet – Ah les expériences de relecture et leurs trahisons – en vient à sa façon de s’y attaquer : en envoyant un questionnaire – assez précis ma foi – à quelque 200 intellectuels connus (et français ce me semble ou du moins francophones), écrivains, journalistes, éditeurs, libraires… Certains n’ont pas répondu, d’autres abondamment, certains ont suivi le questionnaire, d’autres l’ont raccourci ou se sont lâchés. La première partie fait donc la synthèse et l’analyse de leurs retours (avec quelques chiffres, mais aussi des questions de fond, Que relit-on et pourquoi ? et Proust dans tout ça ?), tandis que la seconde contient une partie des questionnaires complétés, ceux d’Agnès Desarthe, Stephane Audeguy, Olivier Rolin, Annie Ernaux et tant d’autres.

Dès que j’ai vu cet essai, chez dame Cuné sauf erreur, j’ai su qu’il était pour moi. Car au delà de toutes ces personnes fascinantes ou non qui ont répondu, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur ses propres pratiques, or il se trouve que je suis de celles qui lisent, relisent et relisent encore (et encore encore, mais si c’est possible). Et nos pratiques, on les retrouve bien sûr, en partie du moins. On se reconnait ici ou là, on s’interroge aussi sur les différences bien sûr ; pourquoi si peu de femmes citées comme relues ? Neuf seulement contre 125 hommes. Les résultats auraient-ils été différent ailleurs ? disons sans aller très loin, outremanche ? Ou si l’enquête s’était adressée à des lecteurs qui ne font pas profession d’écrire ? Mystère. Et les traductions ? les différentes traductions entrent-elles dans la catégorie des relectures ? pour moi certainement mais le débat est ouvert et fort passionnant. Bref toutes sortes de cogitations bien agréables qui débouchent au détour d’une page sur les fameux questionnaires complétés, une vingtaine au total, j’en attendais beaucoup, trop peut être. Disons qu’au delà de toutes ces théories diverses et variées et souvent fortement psychanalytiques, j’aurais aimé un tantinet plus de plaisir et de passion mais c’est personnel après tout. Quoi qu’il en soit j’ai noté quelques auteurs et titres parmi les relectures citées, mention spéciale tout de même à Stephane Audeguy qui connait l’art de clore une lettre avec élégance. Intéressant !

Relire – enquête sur une passion littéraire –  Laure Murat – Flammarion – 2015

Les avis de Cuné , Keisha, Dominique et Bluegrey

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