Et de dix…

10years

Il y a dix ans, (enfin il y a eu 10 ans hier, je suis en retard comme il se doit) je décidai un beau soir d’ouvrir un blog, hop, comme cela, sans rien connaitre à rien, après juste quelques semaines de fréquentation d’une poignée de blogs de lecture (dont certains existent encore, si, si, si, n’est-il pas dame Cuné ?). En quelques clics, Chroniques de lecture vit le jour (Et si j’avais réfléchi, Tolkien sait que j’aurais choisi un nom plus original). Depuis il n’a guère changé… des livres, des livres et encore des livres, de tous les genre et de tous les âges, des billets points trop longs (j’espère), garantis sans spoil (à ma connaissance), avec notes de bas de page (parfois), parenthèses (nombreuses) et pas mal d’enthousiasme (le plus souvent) (Je préfère. Les livres sans enthousiasme, ça me fatigue rien que d’y penser alors en écrire…).

gaston-livresEn dix ans, la blogosphère, ce bizarre concept, n’a cessé de changer, les gens sont venus, partis, revenus, des blogs se sont ouverts, ont fermé, se sont spécialisés, facebook a bien souvent remplacé les commentaires comme lieu de discussion, mais la passion des livres – sous toutes ses formes – est bien là. Et moi je m’amuse toujours. A mon rythme (tout sauf régulier), avec quelques interruptions de programme (ça arrive), des reprises en fanfare (avec bonnes résolutions), des participations aléatoires à tout plein de challenges (j’ai raté le mois anglais en juin, shame on me), des organisations (certes brouillonnes) de rendez-vous incontournables (qu’on se le dise) (Québec en novembre – avec Karine – et l’Année grecque – avec Cryssilda – pour cette année), et je bénis encore et toujours cette idée saugrenue d’ouvrir un blog qui m’a valu tant de rencontres (virtuelles ou réelles), d’amitié, de fou rire, d’idées de lecture, de voyages, de retrouvailles, de champagne, de discussions, de colis postaux, d’éboulements livresques, de mojitos, et j’en oublie…

Bienvenue chez moi les gens, merci dix mille fois de vos visites et de vos commentaires et à très bientôt pour de nouvelles aventure…

Bon anniversaire blogounet et longue vie !!!!

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Le Retour

leretour1755, Elizabeth Cook attend son mari, parti depuis bientôt trois ans et sur le chemin du retour… Trois ans d’absence, pour la seconde fois, mais c’est terminé. On le lui a promis. Son célèbre mari restera désormais à terre, couvert d’honneur. Fini les naissances et les deuils supportés seule, finis les décisions délicates à force de questionnement solitaire – qu’aurait-il donc souhaité ? – fini enfin les inquiétudes fiévreuses, me reconnaitra-t-il, le reconnaitrai-je, sera-t-il le même que celui qui est parti ? Oui, on le lui a promis, ce retour près d’elle – son port d’attache, et de ses enfants – ceux qu’il connait, ceux qui ont survécu, est le dernier…

Inspiré par l’extraordinaire destin du capitaine James Cook, grand marin, explorateur, cartographe, découvreur d’iles en tout genre, Anna Entquist nous livre ici – paradoxalement – un intime et magnifique portrait de femme dans l’Angleterre bruissante des lumières où la course à la connaissance fait pendant aux rigidités d’une société codifiée. Couple d’origine modeste mais instruits – Elizabeth décrypte les journaux de bord de son mari et l’aide en en faire des relations pour le public, les Cook sont entrés dans la bonne société par la petite porte, celle du mérite personnel, et restent à jamais un peu en lisière des choses, à la fois honorés et ennuyés par une vie mondaine qui leur reste étrangère. Tous deux sont les précurseurs d’une Angleterre nouvelle, tournée vers l’étude, la connaissance et le monde qui reste à découvrir. James Cook ne résistera pas à la pression et connaitra le prestigieux et dramatique destin qu’on lui connait*. Quant à Elizabeth, femme intelligente et forte, elle devra encore et toujours vivre l’absence, l’apprivoiser, tenter de lui échapper pour impitoyablement y revenir, de perte en perte, elle survivra à toutes les absences, en toute solitude, en femme de marin. Puissant !

Le retour – Anna Entquist – 2005 – traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin – Actes sud 2007 – Babel – 2009

*les explorateurs m’ayant toujours fait rêver – Ah le dix-huitième siècle et ses trois mâts partis conquérir l’horizon (en toute brutalité certes mais les enfants s’en moquent), je connaissais grosso modo la vie et les découvertes de James Cook (mais pas celle de sa femme bien évidemment tsss)

 

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Les nuits de la Saint-Jean

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La petite ile de Sandhamm dans l’archipel de Stockholm est un lieu privilégié de vacances pour suédois aisés et touristes en mal de nature. L’hiver en revanche, il n’y a pas grand monde, quelques iliens qui y vivent à l’année et le week end ou lors des petits vacances scolaires quelques stockholmois ayant la chance par famille ou achat de posséder une maison sur l’ile. C’est le cas de Nora Linde, juriste récemment divorcée, qui amène ses enfants passer quelques jours à la Toussaint dans sa maison d’enfance. En jouant dans les bois, ses enfants font une découverte troublante qui va relancer une enquête vieille d’un an, la disparition d’une jeune fille qu’on avait crue disparue en mer. Nora et son meilleur ami, Thomas, officier de police, se retrouvent par la force des choses au centre de l’enquête…

J’aime bien les polars de Viveca Sten, elle excelle a peindre l’ambiance du Stockholm d’aujourd’hui et de la vie dans l’archipel qui lui fait face. Vie d’aujourd’hui et même d’hier, puisque l’intrigue des Nuit de la Saint-Jean s’articule autour d’un carnet, découvert dans un vieux tiroir, narrant la vie d’un jeune garçon de Sandhamm dans les années vingt – où la vie était autrement plus dure et encore dominée par un protestantisme des plus rigoristes – et de ses répercussions sur un crime commis presque cent ans plus tard. Certes le lien entre les deux est assez ténu mais les deux lignes narratives sont fort bien développées avec une certaine justesse psychologique. Pour ma part, je me serais passée d’une fin – heureusement point trop longue – un peu trop « suspens et course poursuite » qui ne m’a pas semblé apporter grand chose à l’histoire mais c’est du détail (et puis je n’aime guère le suspens c’est connu alors je suis de mauvaise foi), dans l’ensemble une lecture fort agréable et recommandable pour qui aime les polars plus centrés sur l’énigme et les personnages que sur l’horreur. Suédois !

Les Nuits de la Saint-Jean – Viveca Sten -2015 – Albin Michel – 2016 – Le livre de poche

PS :  Les nuits de la saint-Jean est la troisième enquête de Nora et Thomas, malheureusement je crois que j’ai omis de chroniquer les deux premier ahem !!!! Cela dit cela peut se lire indépendamment.

PPS : On me dit dans l’oreillette que vu qu’il s’agit quand même d’un démembrement (je ne spoile pas, c’est un bras que les enfants trouvent dans la neige aux premières pages du roman), il y a – quand même – une dose de gore pour les amateurs, je dis ça je dis rien…

PPPS : C’est l’adaptation en série télé des romans – Meurtres à Sandhamm – qui m’a donné envie de lire les romans. Chaque saison (il y en a quatre) fait trois épisodes et s’inspire – plus ou moins librement – d’un des romans. En France la série est diffusée sur arte. J’aime beaucoup (d’ailleurs ils ont modifié le déroulement de la fin et toc) (c’est tout ce que j’ai trouvé comme trailer, my bad :-) )

 

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L’élégance des veuves

20150805 MR L'élégance des veuves

À l’orée du XXe siècle, trois générations de femmes de la bonne bourgeoisie parisienne se succèdent dans le dévouement qu’exige leur éducation « royaliste et catholique ». Valentine, l’aïeule, est fiancée sans que l’on s’enquiert de ses sentiments, ses fiançailles rompues puis renouées toujours sans son avis. Du moins la constance du promis – Jules – méritait-elle son intérêt voire – à l’avenir – son affection…

« En une année, celle de ses vingt ans, elle fut fiancée officiellement, mariée religieusement, installée bourgeoisement, ardemment fécondée et douloureusement accouchée : la vie de Valentine commençait à être ce qu’elle devait être. »

Car tel est le destin des femmes de cette famille – de ces familles – enfanter et enfanter encore pour la gloire de Dieu, de la patrie et de la famille – dans cet ordre – avec tout ce que cela suppose de dévotion, de dévouement, d’oubli de soi et de douleur aussi, celle des pertes inévitables qui ne peuvent manquer de marquer profondément ces destins entièrement enroulés autour du noyau familial. Valentine, Mathilde, Gabrielle…

« C’était un bourgeonnement incessant et satisfait. Un élan vital (qu’ils avaient canalisé), un instinct pur (dont ils ne voulaient pas entendre parler), une évidence (que jamais ils ne bousculaient), les poussaient les uns après les autres, à rougir, s’épouser, enfanter, mourir. (…) Car les épouses étaient toutes accaparées par cette tâche : procréer. Et Dieu qui les guidait, à qui chaque soir elles offraient leur journée, ce Dieu-là se chargeait de bénir leur couche, et de pardonner aux époux la douceur des caresses en soufflant autour d’eux des petits enfants. Ainsi les couples étaient féconds, comme si la terre avait été si belle qu’il fallait enfanter des êtres capables de s’en émerveiller. Ou si cruelle qu’il fallait apprendre à compter, parmi ceux qui naissaient, lesquels survivraient. »

Ce court récit d’une élégance folle réussit à être à la fois un vibrant hommage à ces femmes – ces épouses et mères plutôt  – profondément impuissantes mais étonnamment dignes et un réquisitoire impitoyable contre leur condition, contre cette vie bourgeoise étouffante, sclérosante, sans perspectives ni même velléités d’épanouissement. Servi par une écriture ciselée, c’est un roman beau, cruel, affuté comme un rasoir, touchant d’une certaine manière mais profondément perturbant. On le lit d’une traite, fascinée et on le referme en souhaitant du fond du cœur : Plus jamais ça !

L’élégance des veuves – Alice Ferney – Actes sud – 1995

Publié dans roman français | 15 commentaires

Dragon

Dragon

Dans un Bangkok rongé par la corruption et peu à peu submergé par les eaux d’une mousson sans fin, un tueur en série s’en prend aux pédophiles adeptes du tourisme sexuelle. Le lieutenant Tannhaüser Ruedpokanon est donc chargé d’user de sa parfaite connaissance des bas-fonds – sa recherche de la perfection physique le conduit dans des endroits des plus interlopes – pour régler rapidement le problème et ce, en toute discrétion, car il ne s’agit d’effrayer les touristes. Mais Dragon, ainsi que chacun le surnomme, va se révéler un adversaire hors du commun…

La nouvelle collection Une heure de lumière du Bélial, propose aux lecteurs français des novellas, longue nouvelle ou court roman, format très prisé outre-atlantique – notamment en Sf – mais peu usité par chez nous. Dragon, une de ses premières publications, réussit le tour de force d’être, en 150 pages, un thriller brutal, un roman noir glauque à souhait et un singulier conte fantastique entre mysticisme et post-apo* sans oublier de camper quelques personnages singuliers – au premier chef le fameux Tannhaüser. Habituellement, je fuis les sujets comme la pédophilie et le gore sous toutes ses formes (j’ai un petit coeur tout mou à préserver), mais voilà j’ai un faible pour Thomas Day depuis l’Instinct de équarrisseur**, alors j’ai pris mon courage à deux mains (à deux yeux ?) et malgré quelques scènes un rien brutales (pour le moins), je dois dire que ce petit roman est une merveille, une merveille cruelle et dérangeante qui jette à la tête du lecteur la pourriture de notre monde sans entrevoir de solution, serait-elle criminelle. Soufflant !

Dragon – Thomas Day – 2016 – Le Bélial

*post-apocalyptique, avec dérèglement climatique, déliquescence politique, post humanisme et le toutim, et oui le « post-apo », baptisé dans les années 70 commence à ressembler furieusement à du « ici et maintenant ».

**Une des meilleures variations autour de Sherlock que j’ai lues, mais en mode trash quand même

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La Nature de la bête

gamache_11_naturedelabete_portrait1466711352Laurent Lepage est un petit garçon à l’imagination débordante, trop peut être. Pas de jour sans qu’il annonce une invasion extraterrestre, une armée d’arbres en marche où un tragique enlèvement. Aucun habitant de Three Pines ne prête plus attention à ses annonces dramatiques, alors un gros canon chevauché par une bête monstrueuse, non vraiment… Seulement Laurent disparait et certains commencent à se demander si pour une fois, Laurent n’avait pas vraiment vu quelque chose.

Le désormais ex-inspecteur-chef Gamache coule toujours une retraite paisible avec sa femme à Three Pines, ce village des Cantons de l’est qui ne se laisse découvrir que si l’on se perd. Sa famille l’y rejoint souvent et ses amis-voisins sont fidèles au poste. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais depuis une dizaine de romans, il apparait clairement que Three Pines est aussi idyllique que mortel étant donné le nombre de meurtres proprement impensable qui s’y déroulent. Notre ex-inspecteur, son ex-équipe et ses ci-devant voisins se retrouvent donc embarqués dans un nouveau mystère autour de morts inexpliquées, d’une pièce de théâtre peut-être maudite et d’un improbable et mythique canon géant qui n’aurait jamais dû exister. Lire un Louise Penny me fait l’effet d’une tasse de thé bien chaud (de chocolat, de grog, de whisky pur malt – rayez les mentions inutiles) dégusté près d’un feu de cheminée pétillant, quelque chose d’infiniment agréable et douillet. Je ne m’en lasse pas. Charmant !

La nature de la bête – Louise Penny – 2016 – Flammarion Québec

Dans la même série précédemment…

Le Long retour

La Faille en toute chose

Les Aventures de l’inspecteur-chef Gamache

 

Publié dans Polar, roman québécois | 14 commentaires

La galerie des maris disparus

marisdisparusJuliet, jeune femme protégée d’une rigoriste communauté juive londonienne, est, à la grande honte de sa famille, une aguna. Son mari s’étant un jour volatilisé sans explication, elle n’est  ni épouse, ni veuve, ni même divorcée. Entre deux – voire trois –  états, elle n’a plus d’existence bien qu’elle se démène pour joindre les deux bouts et élever ses deux enfants. Jusqu’au jour où partie acheter un réfrigérateur – achat éminemment utile quoiqu’un peu extravagant pour sa bourse, elle consacre finalement l’argent à un portrait d’elle par un jeune artiste dont les œuvres lui ont accroché l’œil dans un parc. Car Juliet a un don particulier, elle voit vraiment et reconnait infailliblement le talent. C’est le début pour Juliet d’une singulière émancipation au rythme de l’effervescence artistique des années soixante et soixante-dix…

J’avais bien sûr beaucoup entendu parlé de Natasha Solomons, raison pour laquelle sans doute, ce roman a attiré mon attention au détour d’une vitrine. Et que bien m’en a pris, car non seulement j’ai découvert une auteure selon mon cœur mais de surcroit, par le biais de son roman le plus abouti – selon moi – à ce jour. Car depuis j’ai lu les deux précédents qui m’ont beaucoup plu. Jack Rosenbaum rêve en anglais étreint le lecteur dans une nostalgie presque insupportable tant elle est bien évoquée et le Manoir de Tyneford se pose en classique du romanesque anglais avec un côté addictif parfaitement contrôlé, apte à tenir le lecteur éveillé jusqu’à trois heures du matin. Mais La galerie des maris disparus – tout aussi drôle que le premier et maitrisé dans sa construction que le second – est d’une facture à la fois plus originale et plus personnelle. À aucun moment le destin de Juliet n’est convenu, elle s’émancipe sans rébellion – gardant des liens forts avec sa famille pourtant totalement incapable de comprendre sa nouvelle vie, elle aime sans s’engager, elle est mère attentive sans être irréprochable, elle fait commerce d’art par passion mais sans idéalisme. La vie de cette femme inattendue se décline au rythme de rencontres, de victoires et de défaites qui ne le sont pas moins, ponctuée par les portraits de Juliet qui encombrent peu à peu la petite maison bourgeoise qu’elle a tenu à conserver, à la recherche dont ne sait quelle parcelle d’elle-même qu’elle parait avoir déjà trouvée mais qui se dissimule dans les replis de son enfance protégée et de son mariage évaporé. Remarquable !

La galerie des maris disparus – Natasha Solomons – 2014 – Calman-Levy – 2016 – Le livre de poche

Publié dans roman britanique | 22 commentaires

Tout dort paisiblement sauf l’amour

97823300605101855, la jeune épouse du gouverneur des Antilles Danoise, goûte les joies d’un heureux mariage et de la douceur du climat tropical loin des frimas et rigueurs de la puritaine Copenhague. Une ombre ternit cependant sa sérénité quand un courrier européen apporte la nouvelle de la mort de Soren Kierkegaard qui quinze ans plus tôt l’aima, la demanda en mariage et rompit un an plus tard sans avertissements ni explications. De l’autre côté du monde Régine songe, se souvient, relit les œuvres de Soren, et explore encore et encore ce que furent la vie et les sentiments de cet homme brillant mais difficile et ce qui l’amena à préférer la solitude à la femme qu’il ne cessa jamais d’aimer et dont il fit sa légataire universelle. Questions sans vraies réponses qu’elle ne cessera jamais de se poser au fil des décénnies alors que la renommée de son premier amour grandit et que bien d’autres se les posent…

J’aime les romans de Claude Pujade-Renaud, sa plume ciselée, ses rythmes sereins, ses personnages complexes et l’exploration tout en délicatesse qu’elle fait de leurs sentiments tout en respectant les mentalités du temps. Est-ce bien ici une biographie de Kierkegaard ? Disons plutôt une évocation – à travers les yeux de la femme qui fut toujours au centre de ses pensées  – d’un homme décalé, rejeton d’une famille éprouvée – peut être maudite – qui dérangea la bonne société de Copenhague avant de devenir une de ses gloires les plus fameuses, offrant à Régine l’étrange notoriété d’être à jamais associée à lui et de son vivant décortiquée comme une icône. Car ainsi que le Soren l’écrivait à Fritz Shlegel, son mari, et qu’elle ne lut que beaucoup plus tard : « Dans cette vie, elle vous appartient ; dans l’Histoire, elle sera à mes côtés.(…) Vous la rendez heureuse en cette vie – je veillerai à son immortalité. » Car tout dort paisiblement, sauf l’amour.

Tout dort paisiblement sauf l’amour – Claure Pujade Renaud – 2016 – Actes Sud

PS : Honte sur moi, je n’ai jamais écrit de billet sur le Désert de la grâce que j’ai pourtant adoré mais j’ai quand même rédigé des billets pour Belle-mère et La nuit, la neige, non mais….

 

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Tancrède

Tancrède1096, Tancrède de Hauteville, jeune chevalier normand du royaume de Sicile, suit son oncle Bohémond de Tarente sur les chemins de la Première Croisade. Aussi pieux que vertueux, Tancrède voit la guerre comme un acte de foi scellé dans le sang versée au nom de Dieu et garde les yeux fixés sur Jérusalem, but très officiel de la croisade. Malheureusement, il réalise vite que les motivations des autres croisés – son oncle en tête – sont bien loin d’être aussi pures. Par son obstination à trouver une voie en accord avec ses idéaux, Tancrède voit s’offrir à lui des choix imprévus et s’ouvrir une destinée vouée à changer le sort du monde…

Dans un premier temps, on se laisse embarquer par la reconstitution méticuleuse des débuts de la première croisade et les portraits psychologiques un brin dérangeants mais fort crédibles des personnages de l’époque. Puis peu à peu le propos se centre sur les divisions de l’islam – explorées en toute érudition mais fort clairement – et insensiblement, les dissonances s’installent, on s’interroge, on vérifie d’un œil quand même, oui c’est bien une uchronie, on le savait d’ailleurs mais la véracité des premiers chapitres nous l’avait fait oublier. Un beau roman, aussi passionnant que sanglant qui explore les ressorts complexes de l’idéalisme confronté aux stratégies politiques, aux compromissions, aux complots et à bien d’autres choses encore. Épique !

Tancrède – Ugo Bellagamba – 2009 –  Les moutons électriques

PS : De Ugo Bellagamba, j’ai également beaucoup aimé « L’Origine des Victoires », fort différent, décidément un auteur à suivre

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Vi

vi

Vi, la minuscule, la précieuse, voilà le nom qui fut donné à l’héroïne de ce court roman. Née à la fin de la guerre dans un Vietnam du sud qui n’allait pas tarder à étouffer dans l’étau d’une dictature brutale. Enfant plutôt gâtée, boat people, réfugiée dans un camp de Malaisie, puis installée au Québec. Il lui faudra trouver sa voie, elle la microscopique, l’invisible, entre sa famille – une mère attentive et des frères protecteurs mais encore tout pétris de tradition, une communauté figée par l’exil, un monde nouveau qui pourrait s’offrir à elle et lui ouvrir des perspectives inusitées, une acceptation de l’histoire enfin – un retour au Vietnam peut être – qui lui permettrait enfin d’être elle-même.

Comme toujours avec Kim Thuy, l’histoire, la petite comme la grande, se brode en points délicats ; courts chapitres s’entrelaçant comme autant de minuscules chroniques de la vie ordinaire d’un destin qui ne peut pas l’être. Une page, deux pages, trois au plus distillant un épisode, une image, une saveur et finalement des personnages vivants, parfois forts, parfois non, mais toujours admirablement dessinés – la mère de Vi notamment, être hors du commun à l’âme trempée – il est vrai que les portraits de femme tout en retenue et pudeur sont une des forces de Kim Thuy. J’aime ce talent de l’auteure de nous plonger dans une vie qui pourrait s’afficher pleine de fureur et de ruptures en la tournant toujours vers la vie avec cette incroyable douceur dans le style qui dit les choses – et fermement – sans jamais céder à la violence. Magique !

Vi – Kim Thuy – 2016 – Libres expressions (Montréal) – Liana Levy (Paris)

De la même auteur, je ne saurais trop conseiller les deux précédents – et délicieux – romans, Ru et Mãn.

L’avis de Yspaddaden de Tête de lecture qui a aimé elle-aussi

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